11'09'01 (COLLECTIF)
C'était une idée magnifique, qui a de fait donné lieu à un véritable chef-d'œuvre composite, et dont en plus personne ne pourra accuser les auteurs de se sucrer à bon compte sur le dos de la misère du monde, puisque tous les droits cinéma et DVD sont intégralement reversés à l'association Handicap International (en résumé, achetez-le plutôt que de le télécharger lâchement sur Emule, vous dormirez au moins UNE nuit l'âme en paix) !
Honneurs aux dames, donc, dans ce détail des onze petits chefs-d'œuvre que je vais m'efforcer de vous livrer maintenant, en précisant juste entre parenthèses (et en rouge) le décalage temporel - très variable - entre l'évènement proprement dit et le moment M où est censé se situer chacun de ces courts métrages...
1) Samira MAKHMALBAF (Iran)
(Le jour même)
Une entrée en matière particulièrement réussie, puisque signée d'une femme dans un pays où la condition féminine n'est pas vraiment super top, disons les choses comme elles sont, et en plus l'éternel ennemi du Grand Satan américain !
Surtout quand la tâche de cette femme est de vouloir à tout prix éduquer les enfants afghans réfugiés dans son pays - pas facile, quand il faut soi-même payer de sa personne et faire du chantage pour ramener tous les petits à l'école :

2) Claude LELOUCH (France)
(Le moment même)
Dois-je avouer que j'avais très peur, la première fois que j'ai visionné ce film, à la seule vue du nom de ce réalisateur (peu réputé pour ses chefs-d'œuvres) ? Et bien c'était très con de ma part : il s'agit bien au contraire de l'une des meilleures séquences de l'ensemble, avec cette extraordinaire actrice Emmanuelle Laborit, si émouvante que malgré son infirmité (elle milite depuis des siècles au nom des malentendants), on regrette de ne pas la voir plus souvent au cinéma :
3) Youssef CHAHINE (Égypte)
(Le lendemain)
Bon. Inutile de le cacher, vu que de toute façon, ça va se voir comme le nez au milieu de la figure : des onze, c'est très franchement le film que j'aime le moins (et apparemment, d'après les quelques critiques que j'ai pu lire, je ne suis pas le seul) ! D'une part, parce que Chahine n'y parle que de lui :
Sinon pour dire que dans le lot, c'est tout de même pour moi le seul qui ait quelque peu outrepassé les limites fixées par les producteurs. On l'a relativement pas mal taxé d'anti-américanisme à l'époque... Mais si vous lisez bien entre les lignes, vous verrez que c'est aussi très largement antisémite. Bref, à zapper absolument lors d'une relecture !
4) Danis TANOVIĆ (Bosnie)
(Le jour même)
Heureusement, tous les goûts sont dans la nature. Et s'il y a des films à zapper d'emblée, il y en a d'autres qui se méritent, et c'est le cas de celui-ci. De même qu'avec celui d'Imamura, je n'ai pas accroché du premier coup, mais plus je le vois, plus je le trouve renversant de beauté...
Il y a bien sûr la fameuse touche de ce que l'on nommait dans le passé l'humour yougoslave (assez proche de l'humour juif, quelque part) :
5) Idrissa OUEDRAOGO (Burkina Fasso)
(Le lendemain)
Alors celui-ci non plus, de prime abord, je n'aurais pas dit que c'était l'un des courts les plus géniaux de la série. Et d'ailleurs, je ne le pense toujours pas ! N'empêche que... C'est le seul du lot à traiter le sujet sur un mode humoristique mi-figue, mi-raisin (et rien que pour ça, cela mérite le respect le plus absolu !), mais en outre, il a été parfaitement positionné par les producteurs au milieu du film, offrant ainsi une sorte de respiration absolument bienvenue au cours de ce long métrage finalement éprouvant, qui nécessite presque autant de Kleenex que Titanic couplé avec Sur la Route de Madison.
L'histoire hilarante de cinq petits gamins alléchés par l'impensable - et indécente - manne des U.S.A :
6) Ken LOACH (Angleterre)
(Quelques jours après)
L'un des films les plus éprouvants de l'ensemble, certes, mais où l'on retrouve l'inimitable touche du maître anglais : nous faire voir de vrais documentaires sous le prétexte de vrais films (alors que ce sont de "vrais" films, justement, contrairement au soi-disant cinéma social que l'on peut produire dans notre beau pays, de la grosse daube, en résumé) !
L'argument en est simple, mais glacial : un chilien exilé à Londres (c'était ça ou la prison à vie du temps de Pinochet) écrit une lettre à tous ceux décédés dans l'attentat du World Trade, pleine de compassion d'un certain côté, mais aussi pleine d'amertume de l'autre. Car c'est aussi un mardi 11 septembre (1973) que le Chili, avec l'aide de Kissinger et de la CIA, a finalement basculé dans la dictature, avec les terribles conséquences que l'on sait. Un film tout en parallèles, mais subtil, et fort bien vu (belle musique, en plus) :
7) Alejandro González IÑÁRRITU (Mexique)
(Le moment même)
Alors là, pour moi, celui-ci, c'est le top du top de ce film, quoi, celui qui m'a complètement scotché dès la première vision... Pour tout dire, pour faire un truc aussi barré et provocateur, j'ai bien cru un moment que ce ne pouvait être que l'œuvre d'un verseau (tous renseignements pris, c'est un lion du 15 août, ce qui n'est pas si loin, en fait).
Raconter en quoi ces 11'09"01 sont aussi délirantes serait bien sûr gâcher totalement tout le plaisir de la découverte... Mais par un coup de chance absolument inouï, il se trouve justement que c'est pratiquement le seul extrait du film que l'on trouve facilement sous Youtube, adoncques : Enjoy !
Trois conseils afin d'apprécier l'objet dans toute sa splendeur : 1) Regardez-le dans le noir le plus absolu 2) Mettez le son au maximum (et ne trichez surtout pas en le baissant au fur et à mesure !) 3) Attendez au moins trois ou quatre minutes avant d'appeler le service après-vente si votre ordinateur n'affiche plus aucune image !
Minimaliste, mais parfait, brillant, intelligent, concis, bref, ça dit absolument tout à l'aide de deux seules images, PLUS la fameuse image "en plus" (mais la bonne, celle qu'il nous fallait, "La lumière de Dieu nous guide-t-elle, ou bien nous aveugle-t-elle ?") :
Ce qui, en revanche, est assez nouveau (mais là, il faut de vraies oreilles de musicien !), c'est la conception canonique de la bande son à son début - c'est exactement construit comme une fugue, mais avec de simples voix, expérience déjà tentée en son temps à la radio canadienne par le très regretté Glenn Gould -, et sa logique en même temps toute ravélienne dans son ensemble, comme le gigantesque crescendo du fameux Boléro (et voici pourquoi je disais qu'il ne fallait absolument pas tricher pour rectifier le volume en cours de route, ce qui gâche vraiment tout)...
Pour la petite histoire : 1) Ce court métrage (que pour ma part, je considère comme le plus géant du film) n'aurait jamais pu se faire sans l'amitié unissant Alain Brigand et Sean Pean - puisque c'est seulement grâce à la volonté de ce dernier que le réalisateur mexicain a finalement accepté de participer au projet 2) Apparemment, la pire galère sur ce petit film pratiquement sans image a été d'obtenir l'aval de tous les ayant-droits pour les quelques soixante extraits parlés, sonores, ou musicaux, qui composent cette BOF absolument magistrale !
8) Amos GITAÏ (Israël)
(Le jour même)
Alors celui-ci non plus, je ne l'avais pas trop aimé de prime abord (sans surprise, vu que j'avais détesté Kippour, pourtant encensé par la critique)... L'histoire d'une journaliste complètement infatuée de sa personne, en plein cœur d'un attentat à Jérusalem :
9) Mira NAIR (Inde)
(Quelques mois plus tard)
Très beau film, celui-ci, et dans une approche qu'aucun autre réalisateur n'a abordée : la vision des musulmans aux USA après cet attentat. Avec en outre une attention aux détails et aux couleurs qui est assez rafraîchissante (je ne sais pas dans quelle mesure ceci peut être lié à la culture pakistanaise ?) :
- Mais c'était un bon citoyen américain, regardez, il adorait les jeux vidéos et les films de science-fiction ... C'était un fan de Star Trek !
- Ah, non, Madame... Ça, c'est Star Wars !


10) Sean PENN (U.S.A)(Le moment même)
L'un des très grands moments du film... Pour tout dire, ça m'a complètement bluffé la première fois, et même à la quatrième, je trouve toujours ça aussi sublime ! Rien que sur le simple plan artistique : je crois ne jamais avoir vu de ma vie un court métrage exploitant pratiquement TOUTES les possibilités d'une caméra (de très loin, de très près, du haut, du bas, à l'envers, etc... Bref, quasiment du Scorsese, en seulement onze minutes !) :
11) Shohei IMAMURA (Japon)
(56 ans auparavant)
Si, comme je l'ai un peu avancé précédemment, ce film pourrait presque apparaître comme une métaphore zodiacale, il est clair que la contribution très déroutante d'Imamura ne pouvait pas mieux figurer qu'en dernière place de cet Opus. Le film entier est entièrement construit à partir de ce poème de Majusi Ibuse :
Ceci dit, Imamura sachant d'emblée qu'il s'adressait à un public mondial, je ne pense pas que cette dernière image soit innocente, finalement... "Il n'y a pas de guerre sainte", certes, vivons tant qu'on le peut dans le bonheur, l'opulence et la léthargie... N'empêche que le serpent, lui, ne dort jamais, et vous tient toujours un petit truc bien sympa derrière le coude !
J'aurais certes encore plein de choses à rajouter, notamment au niveau formel ou des rapports entre certains films, mais bon... Là, par contre, et vu qu'on est en plein festival de Cannes, je vais essayer de vous dresser mon propre palmarès :
1) Iñárritu (mais vous le saviez déjà) !
2) Penn
3) Loach
4) Lelouch
5) Imamura (Ex-aequo de 5 à 8, en fait)
6) Makhmalbaf
7) Tanović
8) Nair
9) Ouedraogo (Prix spécial du public) !
10) Gitaï
11) Chahine (Mais vous le saviez déjà aussi) !
Merci d'avance pour les commentaires !
Libellés : 11'09'2001, Chahine, Collectif, Gitaï, Imamura, Iñárritu, Lelouch, Loach, Makhmalbaf, Nair, Onze septembre, Ouedraogo, Penn, Tanović






































































