Tout d'abord, je vous présente mes excuses, d'avoir un petit peu laissé tomber ce site durant un bon mois - notamment afin d'améliorer son aspect global et son écriture, ce qu'il a fallu que je fasse également sur mes deux autres sites, mentionnés à droite...
Maintenant que ce travail est bien terminé, je reviens définitivement au cinéma avec ce film de 2017 dû à un réalisateur chilien que je ne connaissais absolument pas, Sebastian Lelio. Il s'intitule Una Mujer Fantastica, ce qui se traduit très facilement en français :
Cette femme qui porte tout le film sur le dos, Marina Vidal (Daniela Vega), s'avère en réalité être une véritable transgenre... Autrement dit, elle est née homme, puis a effectué la transition à l'âge de l'adolescence. Tout ceci avec la bonne volonté de ses parents, mais comme d'habitude, avec les frustrations que peut invoquer la société dans l'ensemble - particulièrement la police :
Au début de l'Opus, elle semble très bien avec Orlando Onetto (Francisco Reyes), même si celui-ci a vingt ans de plus qu'elle... Ils forment un véritable couple, près à voyager aux fameuses chutes d'Iguazù du Brésil - l'une des raisons qui l'empresse à l'inviter à un bon restaurant chinois de Santiago :
Tout se passe bien, ils sont éperdument amoureux l'un de l'autre... Jusqu'à ce que l'homme, pour une raison que l'on ignore, se sente très mal, finisse par tomber dans l'escalier, puis se retrouve accompagné de toute urgence en voiture à l'hôpital par Marina :
Mille fois hélas : celui-ci finit par mourir... Et c'est à ce moment que se manifeste assez fortement l'inspecteur de police vis-à-vis de Marina - heureusement sauvée de justesse par Gabo (Luis Gnecco), le frère d'Orlando :
En réalité, c'est le seul de toute la famille à la soutenir... Car même si le policier principal a pu être quelque temps écarté, une autre personne se présente de façon bien plus agressive, l'ex-femme d'Orlando, du même âge que lui, Sonia (Aline Küppenheim) :
En fait, tout ce que sa famille souhaite, c'est de l'écarter à tout prix de l'enterrement d'Orlando... Phénomène qui se traduit nettement par la visite agressive du fils d'Orlando, Bruno (Nicolas Saavedra), grâce à ses propres clefs, ensuite par une crise de conscience de Marina bien personnelle - à laquelle semble heureusement s'habituer la patronne du café où elle travaille :
Elle rend alors visite à son professeur de chant (Sergio Hernandez), qui la reçoit avec une grande affection, lui parle un petit peu de Saint François d'Assise et de ses textes révélateurs, puis la fait un petit peu s'exercer... Marina se sent alors bien mieux, et cela se voit sur ce plan hallucinant - où elle lutte avec succès contre un vent de plus en plus violent :
Je préfère vous le dire tout de suite, ce ne sont pas spécialement ses ankle boots qui m'attirent - encore que... Mais cette vue est très bien tournée, et révèle je crois le sens profond du film : quoi qu'il arrive, il y a toujours possibilité de résister, de s'en sortir, et d'aller de l'avant :
Marina décide alors de passer sa soirée en boîte de nuit... Où mine de rien, elle se révèle beaucoup mieux qu'auparavant. Même si du fait de l'amour toujours intact pour Orlando, elle ne s'engage pas du tout, elle ressort de là beaucoup mieux préparée envers tous ceux qui la détestent - et Dieu sait qu'ils sont nombreux :
C'est là que nous avons cet autre fameux plan du film, celui où Marina se contemple brièvement dans une glace... Comme s'il s'agissait de ce qui a déjà été accompli, et de tout ce qu'il reste à faire :
Cela est assez chargé, comme on dit... Je ne veux pas faire de spoiler, mais Marina se voit déjà refoulé de l'enterrement d'Orlando, juste un peu soutenue par son frère Gabo. Ensuite, elle se fait gravement agresser par trois jeunes en voiture qui la traitent de tous les noms, la frappent, lui entourent le visage d'un masque très humiliant - tout cela en plein jour :
C'est peut-être estimer la jeune fille incapable de réagir... Mais il en va tout autrement. Et après s'être tout simplement vengé de ce qui lui a été infligé, en sautant entre autres sur la voiture familiale, elle parvient finalement à assister toute seule à la crémation d'Orlando - scène évidemment tragique :
En guise de conclusion, et maintenant que tout se retrouve à sa place, nous assistons à un ultime concert de Marina... Bien plus classique que ce que nous entendions au tout début (l'opéra Serse de Haendel), mais qui se révèle d'autant plus beau :
En tous cas, ce film absolument magnifique a décroché deux prix lors de la Berlinale 2017... Tout d'abord, l'Ours d'argent du meilleur scénario, ensuite le Teddy Award de meilleur film - dont lors de sa création en 1987 furent récompensés Pedro Almodovar et Gus van Sant :
Vous souhaitez voir un court trailer ? Aucun problème :
Je ne sais pas si vous avez beaucoup aimé, mais personnellement, j'ai adoré ce film... Peut-être en déduirez-vous que je suis homosexuel, ou transgenre ? J'apprécie certes beaucoup plus que de coutume les vêtements feminins, mais ma vie et mes fantasmes restent totalement hétérosexuels - meilleure preuve avec mon mariage avec une japonaise, qui s'est poursuivi durant une bonne dizaine d'années !
Hormis ce point, il existe pour l'heure encore assez peu de films sur le sujet... Il y a bien sûr le bizarrement célèbre The Rocky Horror Picture Show, puis Madame Doubtfire, Priscilla, folle du désert, Tootsie, et aussi ceux dont j'ai déjà parlé ici, Switch et Ed Wood. Mais beaucoup de ces Opus traitent, avec humour, de la situation d'un homme déguisé en femme, plutôt que d'un véritable changement de personnalité, avec tout ce que cela implique. C'est pourquoi je prie pour que les années suivantes voient surgir de nouvelles œuvres à ce sujet, bien plus liées à la réalité... Et j'ose espérer que vous serez du même avis - quitte à laisser un petit commentaire !
L'Armée des douze singes, un film extraordinaire, c'est inutile de le préciser...
Je vais néanmoins commencer par ces trois anecdotes, qui aident à le situer : 1) Il fait partie des ces très rares films où l'on voyage dans le temps, non pas à des fins humoristiques, comme ce fût le cas de Un Jour sans Fin, Retour vers le Futur, Les Visiteurs, ou même Terminator (surtout le troisième)... 2) Bien au contraire, il parle du temps comme d'un système privé, indépendant, ignoré de la plupart des gens, comme le fit plus ou moins Alfred Hitchcock dans Vertigo, et à peine plus tard le français Chris Marker avec La Jetée, une œuvre onirique qui est l'inspiration prioritaire de ce film, et dont je reparlerai tout à la fin de cet article... 3) Daté de 1995, il est déjà chargé des questions concernant l'usage de la planète, les pratiques barbares de l'homme, sa condamnation à la disparition, etc... Et quand on voit que plus de vingt ans plus tard, pratiquement rien n'a changé, voire même s'est considérablement dégradé, l'on ne sait trop quoi dire au sujet de la vie ! Enfin bref, passons pour l'heure sur ce sujet, et parlons plus attentivement de ce film magnifique, juste après avoir contemplé sa couverture française :
Par quoi démarre le film ? Et bien, tout d'abord par le regard inquiet d'un jeune garçon, nommé James Cole :
Puis par une scène de meurtre dans un aéroport, au présent, en l'occurrence, en 1996 :
Mais les couleurs dans lesquelles elle est rendue laisse supposer qu'il s'agit d'un rêve, celui que fait sans arrêt le lui aussi nommé James Cole (Bruce Willis), pour l'heure dans sa "vraie" période, qui est celle de 2035 :
En fait, à cette époque, seul 1% de la planète survit sous la terre, pour éviter le contamination par un virus... C'est alors que James Cole, prisonnier pour de nombreux faits, est choisi par les scientifiques pour être envoyé vers le passé, avec pour but de ramener le virus intact, selon eux dû au groupe terroriste L'Armée des douze singes :
Malheureusement, la machine ne marche pas très bien, et au lieu de se retrouver comme prévu à Philadelphie en 1996, il atterrit à Baltimore en 1990... Dès lors, il va se trouver confronté avec la célèbre psychiatre Kathryn Railly (Madeleine Stowe), avec laquelle il n'est pas du tout d'accord concernant "le passé" ou "le futur" :
En gros, il se retrouve très vite dans un hôpital psychiatrique, où il a l'air d'être la seule personne sensée, face à ses nombreux colocataires :
Parmi lesquels nous retenons immédiatement Jeffrey Goines, très bien interprété par l'encore assez peu connu Brad Pitt, qui tient le rôle d'une sorte de fou assez ambigu, dont l'une des fonctions consiste à aider James Cole dans son évasion :
Regardez bien, c'est assez troublant :
C'est bel et bien ce qui va se passer… Mais pas du tout de la façon dont Kathryn Railly et nombre de ses collègues le supposent, mais au contraire dans une sorte de disparition subite, qui est complètement inconnue de la plupart des gens à cette époque :
Ainsi James Cole se trouve-t-il de nouveau rapatrié en 2035, où l'on va à nouveau lui confier la même mission, "remonter vers le passé" :
Mais comme d'habitude, une erreur va se produire, et une fois déroulé le plan hallucinant de Terry Gilliam :
Nous allons nous retrouver un petit peu au mauvais endroit, disons autour de la première guerre mondiale :
Juste avant que le système ne bascule à nouveau, et finisse enfin par se caler sur la bonne proposition d'origine, novembre 1996 :
C'est le moment où Kathryn Railly, entre-temps devenue célèbre grâce à l'un de ses livres consacré à Cassandre, effectue une sorte de conférence de presse à Baltimore, où hélas elle se fait enlever par James Cole lui-même :
Bien qu'elle ne soit pas du tout d'accord avec lui, elle n'a pas d'autre possibilité que de se conformer à ses ordres, qui lui semblent pour l'instant totalement incohérents :
La vérité, c'est qu'il ne cherche rien d'autre que L'Armée des douze singes, comme le lui ont laissé entendre les scientifiques responsables de lui :
Il la trouve finalement, mais nous ne sommes plus en 1990, comme au début du film… En réalité, il s'avère que son chef ne serait autre que le fameux Jeffrey Goines, avec lequel il se trouvait en 1990 dans l'hôpital psychiatrique, ce qui va l'inciter à refaire connaissance :
Mais tout va à nouveau se passer d'une manière relativement déconcertante… Car Kathryn Railly, une fois sortie du coffre où elle était provisoirement emprisonnée, va juste ouvrir les yeux au mauvais moment, celui où James Cole disparaît d'une façon quasiment instantanée :
Lui, pour sa part, il se retrouve aussi vite qu'il en est parti en 2035... Accompagné par toute une bande de scientifiques et de médecins, qui se trouvent enchantés de le gracier de ses peines à cette occasion unique :
Pendant tout ce temps-là, Kathryn Railly vit toujours au présent, en 1996... Et moins James Cole a confiance dans son propre état mental, plus elle croit en lui, notamment à cause d'une histoire de balle tirée en 1917, où elle finit par le retrouver parmi toutes ses photographies :
Pour ne rien arranger à cette histoire, c'est le moment où l'on découvre, nous seuls en tant que spectateurs, les deux véritables responsables de ce drame mondial, le docteur Leland Goines (le père de Jeffrey, interprété par Christopher Plummer), et surtout le docteur Peters (David Morse), qui va faire comme il l'entend le transfert de ce virus dans de nombreux pays :
C'est le moment où James Cole est renvoyé - du moins pour lui - vers le passé, où il retrouve enfin la seule qui peut le comprendre, Kathryn Railly… Sauf que plus il doute de lui-même et de sa propre santé mentale, davantage elle a envie de lui faire confiance, et de croire désormais à tout ce qu'il dira concernant l'avenir :
Particulièrement s'il se présente ainsi, annonçant 5 milliards de morts dans le futur :
Il ne leur reste plus qu'à se rendre tous les deux dans un hôtel, surveillés par la police pour différentes raisons, et ils ne trouvent que cette petite chambre bordélique :
Pendant que Kathryn Railly tente de lui expliquer pourquoi elle a foi en lui, notamment à cause de sa disparition instantanée, et de sa trace de balle de 1917 :
James Cole est sur le point de découvrir, sur les dents du parrain, ce en quoi il croit davantage, la présence d'un microphone caché destiné à ses supérieurs de l'an 2035 :
Bref, ils ne leur reste qu'à quitter le plus rapidement l'hôtel, si possible en ne laissant aucun indice à personne, surtout pas à la police… C'est ce dont Terry Gilliam s'inspire pour créer ce plan incroyable, où ils sont tous deux à leur insu filmés par une caméra :
Et c'est aussi le moment du film où l'on découvre l'allusion à Vertigo d'Alfred Hitchcock à l'aide d'un de ses plans, probablement afin de souligner la relation de plus en plus amoureuse qui lie James Cole et Kathryn Railly, tout autant que James Stewart et Kim Novak :
Sauf que contrairement à ce que je disais au début de cet article, Vertigo n'est pas un vrai film de voyage dans le temps, même si celui-ci sert de prétexte à Kim Novak durant une assez longue partie… Alors que pour Kathryn Railly et James Cole, surtout pour ce dernier qui cherche à se déconnecter du futur, c'est bel et bien réel, surtout lorsqu'ils décident de prendre l'avion, complètement remaquillés et perruqués :
On peut se dire qu'à ce moment du film, où viennent de se succéder le mur peint, le fameux plan de caméras, et l'allusion à Vertigo, c'est terminé… Mais c'est faire abstraction de la libération par Jeffrey Goines, le chef de L'Armée des douze singes, de tous les animaux du zoo de Philadelphie, ce qui donne lieu aux plus beaux plans du film réalisé par Terry Gilliam :
N'est-ce pas mieux en direct ?
Il ne reste plus qu'à mettre en place la scène finale, qui se déroule bien sûr dans l'aéroport, tout comme au début, ou lors du rêve récurrent… C'est là l'unique chance aux gens de 2035 de reprendre le contrôle, suite à un coup de fil de James Cole, qui a permis à José (Jon Seda), son ami de prison, également présent lors du court passage en 1917, de le retrouver quasiment instantanément :
Tout a l'air de se passer bien, mais c'est oublier un peu trop vite qui cherche en réalité Kathryn Railly, le docteur Peters, le seul vrai coupable :
Il est malheureusement trop tard pour stopper celui-ci, quelles que soient les tentatives menées par James Cole... Qui se fait abattre par la police, avant même qu'il ait pu toucher le docteur Peters :
Ce qui rend Kathryn Railly extrêmement triste, non seulement à cause de la mort future de 5 milliards d'individus, mais aussi à celle toute présente de James Cole… Jeu extrêmement parfait de Madeleine Stowe, soit dit en passant une excellente actrice qui a tourné curieusement dans assez peu de films (à part Le Dernier des Mohicans de Michael Mann) :
Il ne reste plus à James Cole qu' à reparaître sous les traits d'un enfant, ce que l'on a un certain mal à comprendre lorsqu'il s'agit de notre première vision :
Et à donner au triste docteur Peters (David Morse), réel survivant intouchable de cette action, les pleins pouvoirs :
Pour terminer le film tout comme il a commencé, sur les yeux fascinants du jeune James Cole… Tout à la fois accompagné par la belle musique au violoncelle solo de Paul Buckmaster, ou alors comme leitmotiv par le célèbre Punta del Este du bandonéoniste Astor Piazzolla :
Vous souhaitez que je me répète ? C'est un film magnifique, très bien joué, soigneusement tourné en 1995, et sur lequel se loge une musique magnifique ! Mais j'ai soigneusement réservé pour la fin cette explication encore plus intéressante, c'est qu'il s'agit en fait d'une interprétation par Terry Gilliam d'un film beaucoup plus court (26') et nettement plus ancien, daté de 1962, La Jetée du français Chris Marker… Si vous désirez en savoir plus sur cet homme étrange :
En attendant, laissez-moi conclure sur L'Armée des douze singes, absolument typique de Terry Gilliam… Vous savez sans doute que ce n'est pas un réalisateur très régulier, mais pourquoi ? Tout simplement parce qu'il est capable de laisser s'enchaîner des films totalement ratés (Les Frères Grimm) à de purs chefs-d'œuvre (Brazil, L'Armée des douze singes), ce qui est assez rare, mais peut très bien arriver à certaines personnalités (Francis Ford Coppola et Ridley Scott, entre autres)... Je vous laisse tout le temps qu'il vous faudra pour lire l'article de Wikipédia à son sujet, de même que tous les autres autour de Bruce Willis, Madeleine Stowe et Brad Pitt, pour ne citer qu'eux... En tous cas, il y a une chose que je vois hélas avec certitude, c'est que l'année future citée par Terry Gilliam, 2035, n'est plus très loin de la nôtre, 2026... Et sans doute va-t-il se passer exactement tout ce qu'il a décrit - sauf, bien sûr, la possibilité de voyager dans le temps !