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  • dimanche, juin 22, 2008

    VIDEODROME (CRONENBERG)

    Ne pas se fier aux apparences (lol) !
    Malgré sa couverture DVD digne des pires séries B (ce qui est d’ailleurs le cas de tous les premiers films du Maître, notamment Chromosome 3 et Scanners) :

    Ce sixième long-métrage de David Cronenberg, sorti en 1983, est en réalité un pur chef-d’œuvre – sinon même SON chef-d’œuvre absolu, au sens où s’y trouvent déjà présents pratiquement tous ses thèmes de prédilection, qu’il s’agisse de dédoublement (Scanners, Faux Semblants, Mr Butterfly, Spider, A History of Violence), de réalité virtuelle (eXistenZ), ou bien sûr de son obsession favorite : la transformation du corps humain grâce (ou à cause ?) de la technologie (La Mouche, eXistenZ, Crash, et même Le Festin Nu, d’une certaine façon).
    Pour faire une comparaison avec ce que je connais le mieux (le monde de la musique), il y a une infinité de façons de faire de l’Art, desquelles se détachent néanmoins ces deux tendances : d’un côté, les artistes jamais satisfaits qui passent leur vie à changer de style et de manière (Satie, Stravinsky) ; de l’autre, les artistes jamais satisfaits eux non plus (mais pour de toutes autres raisons), qui creusent et recreusent sans relâche le même sillon (Beethoven, Brahms, Bruckner, Mahler, etc.), et bien évidemment, je suis intimement persuadé que Cronenberg, tout comme Lynch, appartient à cette dernière catégorie, tant les éléments récurrents sont nombreux dans sa filmographie.
    Ne serait-ce que, par exemple, son horreur des transitions inutiles vides de sens, qui trouve sa parfaite contrepartie dans le surinvestissement de la plupart des plans, à commencer par le seul générique :

    Où déjà, quelque part, TOUT est dit (mais l'on ne s’en aperçoit vraiment qu’à la seconde vision du film) !
    Difficile de parler de ce film sans faire un gros SPOILER, mais je vais tout de même essayer… tout au moins en en décrivant ses deux scènes réellement fondatrices, à partir desquelles tout le reste se développe. La première, celle où Max Renn, directeur de Civic TV, une chaîne de télévision marginale essentiellement axée sur le porno (fantastique James Wood, de même que dans Cop, c’est même à se demander pourquoi les castings ne lui ont pas plus souvent confié des premiers rôles ???), découvre grâce à son "ami" pirate une terrible émission de Snuff Movies (N.B : films SM non simulés, où les victimes ne sont pas censées être consentantes), qui ne va pas tarder à l’obnubiler complètement :

    La seconde, où ce même Max Renn, lors d’un banal plateau TV, va se trouver confronté à deux des protagonistes les plus importants du film, le célèbre professeur et théoricien des médias, Brian O’Blivion (à noter, pour les latinistes, que ce nom n’a bien sûr pas été choisi au hasard, le verbe Obliviscor signifiant "oublier") :

    Et la très belle et très sulfureuse Nicki Brand (Deborah Harry, la chanteuse du groupe Blondie, pour ceux qui se souviennent encore de cette époque) :

    Si possible encore plus fascinée par le SM que lui, au point que leur première soirée au lit sera pimentée d’un certain nombre de choses qui, certes, n’amuseront pas forcément tout le monde :

    Bref ! À partir de ce moment (où Max Renn va finalement découvrir que la fameuse émission de Snuff Movies ne provenait pas de Malaisie, mais tout bêtement de Pittsburgh), il va en fin de compte décider de faire sa propre enquête, pour découvrir ce très étrange endroit, une sorte de "resto du cœur" pour STF ("Sans Télévision Fixe", lol !), supervisé – comme par hasard – par la propre fille du professeur O’Blivion elle-même :

    Là, c’est très exactement le moment précis où le spectateur lambda, qui jusqu’alors n’avait encore trop rien remarqué d’anormal dans la logique et la crédibilité du scénario, commence à se dire : "Mais putain, c’est quoi, ce film de ouf, avec des VHS qui semblent avoir une sorte de vie autonome ?" :

    Des interrogations pour le moins prémonitoires (en 1983, imaginez ! Même si le film reste très inspiré par les théories de McLuhan, alors très en vogue à l’époque) :

    Et surtout des télévisions qui vivent, qui parlent, et même qui séduisent :

    Même 25 ans après, cette scène reste toujours cultissime… Au point que c’est le moment tout à fait approprié pour balancer une petite bande annonce (à noter, toutefois, que tous les passages d’animation ne figurent absolument pas dans le film de Cronenberg, et ont donc dû être rajoutés par des fans en mal d’imagination !) :

    Incidemment, une influence dont j’ai très rarement entendu parler au sujet de Cronenberg (qui n’est d’ailleurs peut-être pas consciente, mais qui, pour ma part, me semble évidente), c’est celle de Salvador Dali, notamment concernant ces bizarres VHS molles et respirantes. Je me souviens pourtant parfaitement d’une expérience très étrange, que j’ai vécue en je ne sais plus quelle année (autour de 1984, je crois), lors d’une grande rétrospective Dali à Beaubourg, et où l’on pénétrait à un moment dans une pièce intitulée, justement, "salle molle et respirante", toute de noir tendue, et dont les murs oscillaient au gré du souffle, c’était génial, mais assez perturbant, en même temps…

    Mais bon. Revenons-en au film, qui commence à devenir de plus en plus "barré" (mais aussi de plus en plus symbolique, et même onirique, au vrai sens freudien du terme, à quelque niveau de lecture que ce soit), au moment où Max Renn réalise que le professeur O’Blivion, qu’il croyait réel, ne consiste en réalité qu’en des milliers de VHS sauvegardées par sa fille – et pose donc la question cruciale, de plus en plus vraie aujourd’hui, surtout avec Internet : qu’est-ce qui est réel, et qu’est-ce qui ne l’est pas ? Voire mieux (ou pire) : à quel genre de choses sommes-nous prêts à accorder le qualificatif de "réel" ?

    Bon. Très difficile de poursuivre (comme déjà dit au début) sans faire un énorme SPOILER. Je me bornerai donc à citer certaines des scènes les plus célèbres du film, à commencer par celle-ci, qui est bien sûr une préfiguration du pistolet en os qui tire des dents humaines que l’on découvrira avec stupeur dans eXistenZ (les deux seuls films, d’ailleurs, dont Cronenberg ait écrit intégralement le scénario, ce qui en explique sans doute les nombreux points communs) :

    La télévision de plus en plus "vivante", ainsi que les VHS molles et organiques de plus en plus inquiétantes :

    Et bien sûr, quelques scènes "Gore" absolues (just for fun, lol !), sans lesquelles un film de Cronenberg ne serait pas vraiment un film de Cronenberg, n’est-ce pas ?

    Quoi qu’il en soit, le film se termine sans surprise exactement de la même façon qu’eXistenZ, avec comme toujours le dilemme entre la chair réelle, et celle qu’on suppose irréelle, mais qui peut parfois sembler plus réelle que la vraie :

    Bon, voilà… J’arrive enfin au bout de cet article, que malgré tout j’estime tout de même un peu "léger", tellement il y aurait de choses à dire au sujet de ce film (de quoi ouvrir un Blog entier rien qu’à ce sujet, comme l’a d’ailleurs déjà fait quelqu’un que je connais, à propos du très complexe Mulholland Drive de David Lynch, avec carrément une analyse plan par plan, très subtile, en plus) !
    Juste deux choses, en guise de conclusion… Vu sa date de sortie (1983), date à laquelle la moitié au moins des foyers n’avaient pas de télévision, il est proprement incroyable de voir à quel point ce film s'avérait prémonitoire, sinon visionnaire, surtout maintenant que nous connaissons tous des mômes pour qui la télécommande semble désormais faire partie intégrante de leur main, à l’instar du pistolet de Max Renn. Sans même parler de cette phrase du professeur O’Blivion, à une époque où Internet n’existait même pas en tant que concept, et où bien sûr, personne (sauf Cronenberg, justement !) n'aurait pu prévoir cette habitude désormais courante, d'avoir souvent plusieurs "pseudos" différents, dont aucun ne correspond à son véritable nom :

    Et pour finir pour de bon : s’il y a une chose que David Cronenberg n’a pas (ou du moins assez peu, nul n’est parfait, n’est-ce pas ?), c’est le sens de l’humour. Mais j’ai beaucoup aimé ce joli petit passage (qui du reste m’a fait bêtement repenser à une phrase de Jacques Villeret dans Le Dîner de Cons : "Pour la grande lucarne, hein, pas pour la petite fenêtre !") :

    Bon. C’est de l’humour à la Cronenberg, certes : c'est-à-dire que malgré tout, c’est surinvesti au niveau du sens (et l’autre David, Lynch, veux-je dire, est en gros capable de la même chose, notamment lors de la scène totalement déjantée de Mulholland Drive, où le réalisateur inonde tous les bijoux de sa femme d’un énorme pot de peinture rose, lol) !
    En tout cas, achetez, louez, ou téléchargez ce film de toute urgence (tapez juste "videodrome vost" sur Emule, et c'est tout bon - j'ai vérifié) !
    Non seulement un chef-d’œuvre de Cronenberg, mais un pur chef-d’œuvre du cinéma tout court, si vous m’en croyez !!!

    Pour en savoir plus, je ne saurais trop vous recommander le magnifique livre de Serge Grünberg (Éditions des Cahiers du Cinéma), dont j'ai déjà parlé maintes fois en ces pages, non seulement pour la sublime qualité de ses photographies, mais aussi du fait qu'il s'agit essentiellement d'un livre d'entretiens avec le réalisateur lui-même - comme du reste tous les rares et splendides albums publiés dans cette collection (dont pour l'heure, je ne possède "que" Eastwood et Lynch, je ne sais pas vraiment s'il en existe beaucoup d'autres... Un Kubrick, peut-être) ???

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    9 Comments:

    Anonymous twain81 said...

    J'avoue ne jamais l'avoir vu et ton article me donnes envie de vite réparer mon erreur !

    mardi, 24 juin, 2008  
    Blogger Vincenttheone said...

    Merci bien, parce que c'est justement mon but lorsque je publie ces articles de cinéma (ce qui ne m'arrive pas si souvent, certes, vu que cela me prend un temps fou à chaque fois !) : donner aux gens une folle envie d'aller voir le film dont je viens de parler...
    Mais bon. Si ça marche, ne serait-ce que sur une seule personne, je suis déjà très heureux d'avoir été utile à quelqu'un en ce bas monde !

    mardi, 24 juin, 2008  
    Blogger Vincenttheone said...

    Quand je pense que l'un de mes meilleurs amis, après trois "relances" successives (mais oui !), est infoutu de comprendre comment laisser un COMMENT sur ce Blog (ou bien n'en a tout simplement pas envie ?), alors qu'il s'agit de l'un de ses films préférés, et bien je te remercie d'autant plus...
    Quand même, ça rend "vert", quelque part, non ?
    À voir ICI, bien sûr !!!

    mardi, 24 juin, 2008  
    Anonymous zoun said...

    Mission réussi, ça fait un moment que je veux voir ce film, que j'en ai entendu parler et que j'ai pas eu l'occasion! Ben je veux encore plus le voir! A quand un vidéo club avec des vieux films comme ça plutôt que de nouvelles merde?

    mercredi, 25 juin, 2008  
    Anonymous zoun said...

    Quand j'étais gamin, j'avais vu ces images, et elles font parties de celles qui reste gravés.. la main qui sort de la télé.

    mercredi, 25 juin, 2008  
    Blogger Vincenttheone said...

    Bon, alors voilà... Mis à part le site de la FNAC (toujours le plus cher de tous, en général, genre : VIDEODROME à près de 14 Euros), j'ai tout de même réussi à dégotter ça sur Ebay.fr, et après tout, il n'y a aucune raison que ces DVDS soient endommagés ou en piteux état...
    J'ai fait plus d'une centaine d'achats sur ce site (parfois même en envoyant en Allemagne de l'argent liquide sous enveloppe, tellement le prix des virements inter-européens s'avère proprement scandaleux), et je n'ai jamais eu le moindre problème !
    Donc là, des gens qui vendent VIDEODROME à 1 Euro (probablement parce que ça ne leur a pas plus du tout, lol !), et bien à ta place, je n'hésiterais pas une seule seconde !!!

    mercredi, 25 juin, 2008  
    Anonymous zoun said...

    merci pour l'info!

    mercredi, 25 juin, 2008  
    Anonymous Anonyme said...

    trois ans plus tard...

    Merci beaucoup de m'avoir fait voir ce film en première partie de la soirée "trucs bizarres qui sortent du bide" ; l'article ton article "léger" est très bien, effectivement c'est un peu dire de pas spoiler... Et pour le reste, effectivement, il faut de toute façon probablement revoir le film plusieurs fois... parce que ça fait cogiter sévère, tout ça... Par contre, pour les grosses images gore, merci de me les ressortir :p Ca n'était pas obligatoire XD En tout cas je confirme que c'est un film qui marque !

    Touille

    dimanche, 27 juillet, 2008  
    Blogger Vincenttheone said...

    Ah, voilà... Et bien c'est ce que je préfère (que ce soit en matière de musique, de peinture, ou de cinéma, en l'occurrence) : faire découvrir quelque chose d'inattendu à quelqu'un, et que la personne en question se trouve adorer, en plus !
    Parce qu'il faut bien le dire : VIDEODROME, ce n'est pas vraiment le film type de la "ménagère de moins de quarante ans", comme dirait TF1 !
    Très (très) loin de là !!!

    dimanche, 27 juillet, 2008  

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