ONNA BAKARI NO YORU (KINUYO TANAKA)
L'avant-dernier film de Kinuyo Tanaka (1961), la première réalisatrice japonaise, qui nous parle cette fois-ci d'un problème bien plus vaste, lié à l'interdiction absolue de toute forme de prostitution dès la fin des années 1950 - qui se traduisit immédiatement par la fermeture des maisons close, et par l'ouverture de centres de réinsertion :
En voici l'affiche originale faussement en couleur, où l'on y distingue les principales actrices... Il est à noter que le titre français, La Nuit des Femmes, diffère légèrement du titre original, 女 ばかり の 夜, La Nuit uniquement avec des Femmes :
L'on se retrouve dès le début avec Mme Nogami (Chikage Awashima), directrice d'un centre de réinsertion pour anciennes prostituées, qui lit les textes de loi à beaucoup de femmes hautes en couleur :
La plus motivée de toutes semble être Kuniko Sugimoto (Chisako Hara), voulant à tout prix retrouver une place honorable dans la société japonaise... Elle bénéficie pour cela de la grande attention de Mme Nogami, qui lui déniche un emploi dans une épicerie située à Tôkyô :
Dans un premier temps, tout se passe très bien pour elle dans cette famille - hormis l'aspect froid et agressif de la mère Yoshi Takagi (Chieko Nakakita), femme de l'épicier Tatsukichi Takagi.
Mais à l'occasion d'un voyage de celle-ci, Kuniko s'aperçoit très vite de la compréhension de Tatsukichi à son égard, de son respect vis-à-vis des prostituées - et au final, sa volonté de coucher avec elle s'avère finalement plus forte que la crainte de sa femme :
J'ai malheureusement trouvé très peu de photos à ce sujet - qui représente tout de même un tiers du film... Toujours est-il qu'aussitôt rentrée, la femme de l'épicier s'aperçoit immédiatement de ce qui s'est passé, ridiculise son mari, insulte froidement Kuniko sur son ancien métier, et lui ordonne aussitôt de quitter la maison.
Kuniko rentre donc froidement au centre de réinsertion, où Mme Nogami a grande pitié d'elle, et lui propose un nouveau poste au sein de l'usine Murata, au sein de laquelle exercent des jeunes filles - essentiellement d'anciennes prostituées :
C'est le second tiers de ce film, et les choses se passent beaucoup moins bien... Entre la propre volonté de Kuniko de se comporter le mieux possible et le désir des autres femmes, une agressivité de plus en plus tendue se révèle, qui va hélas mal se terminer - avec un passage à tabac et des marques sur le corps de cigarettes :
Même punies et mises en cage par le directeur, elles ont des mots toujours insultants - et Kuniko se sent d'autant plus abandonnée :
Une fois de plus, Mme Nogami s'occupe attentivement d'elle, et lui trouve cette fois-ci - pour le dernier tiers du film - un poste au sein d'une pépiniére de roses dirigée par la sympathique Mme Shima (Kyôko Kagawa) :
Là, elle fait la connaissance de Tsukasa Hayakawa (Yôsuke Natsuki), le principal jardinier... Au départ, celui-ci se montre relativement autoritaire, mais il finit vite par basculer de l'autre côté, celui d'un véritable amour. Phénomène que Kuniko partage très volontiers, au point de le demander en mariage :
Il y a certes des moments de liberté absolue, qui mettent Mme Shima un petit peu mal à l'aise - bien qu'elle connaisse le passé de Kuniko :
Mais elle parvient à s'en remettre... Jusqu'à ce pauvre Tsukasa, d'origine noble, adopte finalement la volonté de ses parents de le marier à quelqu'un de plus fiable. Kuniko voit alors, comme par hasard, son ancien proxénète, et refuse néanmoins toutes ses propositions, préférant s'enfuir à tout prix :
Dernière scène, donc, où on la voit exerçant ailleurs le métier d'Ama - pêcheuse sous-marine en apnée... C'est une des rares liberté qu'a prise Kinuyo Tanaka par rapport au livre initial de Masako Yana, où l'héroïne finissait par revenir à la prostitution :
Voici un petit résumé du film, sans aucun sous-titre :
Je sais, c'est relativement inadmissible que toute l'oeuvre de Kinuyo Tanaka soit ainsi résumée... Mais à mes yeux, c'est là son Opus le mieux réussi, ouvrant d'un côté la voie aux femmes fragiles, mais de l'autre montrant les difficultés sociales et politiques de parvenir à une fin plus positive. Rien que pour cela, je pense qu'il s'agit de l'un de ses meilleurs film - avec bien sûr mon attirance pour son tout premier, Koibumi.
Libellés : Amour, Féminisme, Japon, Prostitution, Tanaka














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