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  • samedi, mars 22, 2008

    LOST IN TRANSLATION (S.COPPOLA)

    Et bien voilà... Après avoir publié à la suite quatre articles sur des road-movies tous aussi excellents les uns que les autres, il était temps de passer à autre chose (si l'on peut dire, puisque le thème du voyage y est tout de même très présent), avec ce sublimissime film de Sofia Coppola, mais oui, la propre fille du mythique réalisateur d'Apocalypse Now (qui fort heureusement a dû hériter du physique de sa mère, lol !). Un pur joyau, tout en subtilité et en tendresse, narrant l'improbable rencontre entre un acteur sur le retour et une jeune femme délaissée par son mari, encouragés en cela par l'étrangeté absolue du lieu pour les occidentaux (Tokyo), ce qui autorise tous les débordements. Petite bande annonce (très bien faite, au demeurant) :

    Je dois dire ici que c'est un film qui me touche énormément, pour des tas de raisons : d'une part parce que pas très loin de la cinquantaine, j'ai moi-même beaucoup plus d'amies de moins de trente ans que de mon âge ; et surtout parce qu'étant allé cinq fois au Japon, j'ai connu et expérimenté à peu près toutes les sentations d'étrangeté que l'on peut ressentir dans ce pays complètement schizophrène, qu'il s'agisse de l'agression permanente des néons et de la publicité (et encore, vous n'avez pas le son !) :

    De la sentation subite d'être un géant :

    Ou encore des difficultés à se repérer dans cette ville immense et tentaculaire (la troisième du monde, je crois, après Mexico et Los Angeles), où en plus les gens n'écrivent même pas avec de VRAIES LETTRES bien de chez nous :

    Avec pour inévitable résultat la sentation, au bout d'un laps de temps plus ou moins long, de se retrouver d'un seul coup complètement largué (enfin, "déboussolé" serait encore plus exact), et ceci de façon d'autant plus certaine qu'en apparence, la plupart de nos repères de "citadins occidentaux" sont préservés :

    Là, il faut bien dire que Sofia Coppola a décrit cette très étrange sentation avec une rare justesse, surtout qu'elle a choisi de nous la faire vivre au travers de deux êtres en plein marasme, une jeune fille en pleine dérive amoureuse (fantastique Scarlett Johansson !) :

    Et un acteur en pleine dérive existentielle (non moins fantastique Bill Muray, relativement à contre-emploi), tout autant ennuyé par les lettres ou les coups de fil de sa femme sur des sujets dont il n'a rien à foutre :

    Que par sa présence au Japon à cause d'un job qui l'emmerde profondément (une pub pour le whisky Suntory) :

    Surfant, donc, sur la douce vague de l'ennui et du détachement (thème de très nombreux films des frères Coen), ces deux personnes pas tout à fait très bien dans leur peau vont finir, sans même se trouver des millions de points communs, par trouver plutôt sympa de passer du temps ensemble, et là encore, c'est très bien vu. Car sait-on jamais vraiment ce qui fait que l'on se sente bien (ou pas) à passer du temps avec telle ou telle personne plutôt que telle autre ?

    En tout cas, moi, je ne me ferais pas longtemps prier pour passer du temps avec ladite Scarlett (bon, il faut que j'arrête de rêver, un de ces jours, lol !)... Car très curieusement, cette fille qui n'est pas immensément photogénique sur les portraits fixes se révèle en "live" d'une stupéfiante beauté, qui plusieurs fois manque de nous tirer les larmes, tellement son expression semble sincère, naturelle, et pleine de vie :

    D'ailleurs, à propos de beauté, il est aussi assez rassurant de constater que Sofia Coppola n'a pas fait l'économie de quelques plans assez sublimes sur le Japon traditionnel, comme par exemple les "Omikujis" (御神籤, souhaits que l'on noue et que l'on attache ensuite à des branchages dans les temples shintô) :

    Ou encore ce joli mariage, qui par la pureté et la chasteté de ses gestes, semble comme une mise en abîme de la relation qui va unir Bill Murray à Scarlett Johansson :

    C'est bien pour cela que je parlais, dès le début, de schizophrénie (ou tout du moins, de ce qui nous semble tel à nos yeux d'occidentaux). Car ce fameux hiatus entre tradition et modernité - qui ne semble en être un que pour nous, d'ailleurs - apparaît présent tout au long du film, ne serait-ce qu'en alternant la séquence d'Ikebana :

    Avec ce qui est probablement la télévision la plus "trash" du monde, quand elle s'y met (et pourtant, j'ai été à bonne école avec la RAI !) :

    Bref, un film magnifique (ce n'est jamais que la dixième fois que je le dis), à louer ou à acheter de toute urgence !
    Et l'ultime séquence (là encore particulièrement bien vue, dans sa compréhension de la psychologie des personnages, tous deux suffisament intelligents pour comprendre que malgré toute l'attirance qu'ils éprouvent l'un envers l'autre, ce ne serait pas forcément une très bonne idée de pousser les choses un petit peu plus loin) :

    D'où ce très chaste baiser, l'acte "sexuel" le plus osé qu'ils finissent par s'autoriser de façon fugitive (quelque part, c'est donc aussi assez proche de In the Mood for Love de Wong Kar Wai) :

    Dans l'espoir que ceci ne soit pas, à long terme, censuré par Youtube (cela arrive souvent !), je ne résiste pas au plaisir de vous livrer la dernière scène dans son intégralité (préparez les Kleenex !) :

    Que dire de plus ? Ah si ! Cette jeune fille très douée (il faut dire qu'elle a de qui tenir, aussi, ne s'appelle pas Coppola qui veut !) a également à son actif le très intriguant Virgin Suicides, son tout premier film basé sur une histoire vraie, ainsi que l'assez controversé, mais tout aussi fascinant Marie-Antoinette.

    Et dans la foulée : merci à l'excellente flûtiste Isabelle, qui m'a régalé de ce joli cadeau pour mon anniversaire !

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    6 Comments:

    Anonymous adil said...

    Un article très bien fait sur un film très bien réalisé;
    j'ai vu le film dernièrement, il est plutôt calme, apaisant et les deux acteurs ont joué trop bien.

    lundi, 31 mars, 2008  
    Blogger Vincenttheone said...

    Merci beaucoup ! Et en plus, ça illustre à merveille le sujet de ta dernière conférence, n'est-ce pas ?
    C'est vrai que les deux acteurs sont remarquables... Et on peut en dire tout autant du couple royal dans Marie-Antoinette, le dernier film de Sofia Coppola, magistral, dont je vais parler très, très bientôt !!!

    mardi, 01 avril, 2008  
    Anonymous adil said...

    je n'ai pas encore vu ce film, mais si tu dis "magistral", je vais le voir. d'ailleurs tous les films que tu as cité dans le blog sont trop bien.alors je te fais confiance :-)

    mardi, 01 avril, 2008  
    Blogger Vincenttheone said...

    Tout d'abord, merci pour ce vote de confiance !!!
    Ah oui, non, vraiment, c'est à voir ! D'une part parce que c'est bien "déjanté" juste ce qu'il faut, à mon sens (ce qui est l'esprit du baroque, quelque part !), mais en même temps ultra-respectueux de l'histoire et des traditions... Pour tout tout dire, ce film rejoint, dans mon panthéon des films historiques (très majoritairement ratés, en général...), le très fameux Barry Lindon de Stanley Kubrick, et l'excellent Vatel de Roland Joffé !
    Point final, je n'en vois pas d'autres... Ah si, peut-être Tous les Matins du Monde de je ne sais plus qui, mais à partir du texte de Quignard, c'était également magnifique...

    Enfin bon... Rien ne peut remplacer une VRAIE visite de Versailles, le plus beau château du monde, comme chacun sait, lol !!!

    mardi, 01 avril, 2008  
    Anonymous Anonyme said...

    je ne l'avais pas vraiment apprécié lors de sa sortie mais avec le temps (et tes articles comme les tiens) je me dis que je devrais le revoir. Je suis sûre que je le comprendrais bien mieux (ça aide d'avoir 23 ans!!!)

    http://justarrived.canalblog.com/

    jeudi, 30 octobre, 2008  
    Blogger Vincenttheone said...

    C'est sûr, c'est un film auquel on n'accroche pas forcément du premier coup... Mais dans ce cas précis (de même qu'avec Eye's Wide Shut, de Kubrick), je ne suis pas du tout certain que cela aide d'avoir 23 ans, au contraire ! Mais peut-être que je me trompe ?

    vendredi, 22 juillet, 2011  

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