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  • dimanche, mai 06, 2007

    SCARFACE (DE PALMA)

    Un chef-d’œuvre absolu (1983) !
    Contrairement à la plupart des grands réalisateurs, souvent assez réguliers (encore que le récent plantage de M. Night Shyamalan avec La Fille de l’Eau m’ait littéralement atterré !), Brian de Palma présente cette étrange particularité protéique d’être véritablement capable du pire (Obsession, Mission to Mars) ou du "just Hollywood standard" (Outrages, Mission Impossible) comme du meilleur (Carrie, Body Double), voire de l’ultra génial (Blow Out, l’Impasse). Et bien évidemment – tout ceux qui connaissent ce film le savent déjà -, Scarface ("le balafré") appartient sans la moindre discussion possible à cette dernière catégorie.

    S’il y avait une journée en particulier pour voir et revoir ce chef d’œuvre inaltérable, c’était bel et bien aujourd’hui même en ce dimanche 6 mai 2007, date de l’accession de Nicolas Sarkozy aux plus hautes fonctions de l’état ; car malgré la multitude des thèmes brassés dans ce film (tellement riche que j’espère seulement - comme d’habitude - vous donner une furieuse envie de le voir !), qui s’ouvre d’ailleurs sur l’image de l’un des pires dictateurs du monde (800 millions de $, tout de même, d'après le magazine Forbes) :

    Scarface est avant tout une fable sur la folie du pouvoir, et même, n’ayons pas peur des mots, une sorte de Richard III moderne tel que Shakespeare aurait pu l’écrire s’il avait vécu de nos jours (et d’ailleurs, il n’est pas innocent qu’il s’agisse là de la pièce fétiche du principal acteur du film, Al Pacino, il suffit de voir son excellent Looking for Richard pour s’en convaincre).
    Une histoire de conquête et d’ambition sans limite, donc, qui va conduire le jeune réfugié cubain Tony Montana (Al Pacino) à se hisser aux plus hauts sommets de la hiérarchie maffieuse en faisant feu de tout bois, et ceci dès son premier meurtre, juste histoire d’obtenir en échange la fameuse "Green Card" :

    Certes, ce n’est guère au début que pour faire la plonge dans une gargote minable :

    Mais c’est en même temps pour Brian de Palma l’occasion d’installer l’un de ses (nombreux) jalons symboliques, qui reviendra de façon récurrente tout au long du film : l’image fallacieuse du paradis artificiel (au sens propre comme au sens baudelairien du terme), image tellement signifiante aux yeux de l’auteur qu’on la retrouvera même bien plus tard, avec une portée identique, dans le sublimissime l’Impasse (1993) – qui sera en quelque sorte une sorte de Scarface II (avec dix ans de maîtrise technique en plus).
    Premier test pour Tony Montana : faire ses preuves avec un gang de colombiens particulièrement retors, l’une des scènes mythiques du film (citée, entre autres, dans Tueurs Nés d’Oliver Stone, justement scénariste de ce même Scarface !), d’autant plus monstrueuse qu’on ne voit absolument rien, et que l’on imagine donc tout (comme dans le fameux Massacre à la Tronçonneuse de Tobe Hooper dont elle semble tirer son origine) :

    À noter dans les seconds rôles qui vont (très) mal finir : Paul Murray Abraham (le "fameux" Salieri qui a tué Mozart, lol !) et Robert Loggia, un acteur que David Lynch prend souvent plaisir à mentionner - l'ayant expérimenté lui-même lors d’un casting houleux – pour, je cite, "son immense capacité naturelle à se mettre en colère" !

    Qu'est-ce qui va bien pouvoir déclencher chez Tony cette soif démesurée d'ambition et de pouvoir, sinon la plus humaine des convoitises (la femme de son patron, la sculpturale Michelle Pfeiffer) ?

    Scène extrêmement troublante, elle aussi gorgée de symbolique, au sens où sortant de cet étrange ascenseur "phallique" qu'elle a l'air d'habiter "de l'intérieur", Elvira se dévoile d'emblée pour ce qu'elle est : une sorte de Diane/Lilith castratrice, dont la bouche ne s'ouvre que pour déverser son venin sur tous les protaganistes masculins du film (qui, il faut bien le dire, le méritent généralement bien).

    Éperdument amoureux dès le premier regard, Al Pacino n'aura dès lors de cesse de mettre tout en oeuvre pour s'affranchir de cet ultime challenge, conquérir la nana du boss, même s'il lui faut pour cela se séparer de sa sublime (lol !) voiture en vraie fausse peau de zèbre (il y a quand même des choses qui datent un peu, dans les vieux films, ça, c'est comme les "talonnettes" sur la photo suivante, ptdr !) :

    Bourré de défauts comme tout un chacun (enfin bon, je parle surtout pour moi, là, lol !), Tony a tout de même quelque chose qui le "sauve", quelque part : son amour des enfants - façon de parler, bien sûr, puisque c'est cet amour, et même, au-delà de l'amour, ce "respect" qui causera finalement sa perte :

    Et voici le moment où tout le film bascule, environ à sa moitié, lorsque victime conjointement d'une tentative de chantage de la part des flics et d'une fusillade commandité par son Boss, Tony Montana commence à péter les plombs pour de bon (admirons au passage la toujours extraordinaire virtuosité de De Palma dans cette scène bardée de miroirs, peut-être l'une choses les plus difficiles à filmer au monde) :

    Grand nettoyage par le vide : une fois de plus, l'engrenage de la lutte pour le pouvoir absolu est en marche, et ne reculera désormais plus devant aucun scrupule ni aucun sacrifice (à noter, lors de cette scène cruciale, la réapparition, si possible encore plus violente et criarde, du thème de l'enseigne initiale du restaurant, comme pour proclamer haut et fort les fameuses paroles de l'Écclésiaste : "Vanité des vanités... Tout n'est que vanité !") :

    Autre plan/raccourci totalement bluffant : ce moment magique où Tony vient, comme il dit, "chercher son dû", une fois tous les prétendants éliminés (mais oui, ce n'est pas seulement Shakespearien, c'en est même Homérique, par moments), et qui dans sa froide violence figée, semble presque une citation consciente et assumée de La Belle et la Bête de Jean Cocteau (1946), la main du diable sur les draps immaculés de "la belle" :

    Ponctué de cette apparition magique au petit matin, dont Tony fera bientôt sa devise (c'est curieux, ça me rappelle vaguement quelque chose, ça, une émission de télé, peut-être ?) :

    Quoi qu'il en soit, chaque médaille a son revers. Quand "le monde est à soi", on peut rapidement se retrouver à faire n'importe quoi... Et sans même en prendre conscience, Tony va bientôt très vite devenir esclave des deux aléas du pouvoir : la dépendance et la paranoïa :

    Au moins jusqu'à sa fictive arrestation - très provisoire - par le FBI, à l'occasion d'un autre plan bluffant du film, "l'oeil de Caïn" (la caméra est dans l'horloge, et les mains levées ne le sont encore qu'à titre de décontraction, alors que toute la suite des événements se trouve ainsi mise en abîme, presque comme dans ces tableaux qu'on appelait autrefois "Vanités") :

    D'où le chantage final avec ses "amis" des quartels colombiens : la liberté, oui, mais en échange d'un simple petit dynamitage de routine, que Tony se refusera à pratiquer (car au dernier moment, la "cible" s'entourera de façon tout à fait imprévue de sa femme et de ses deux filles), ce qui signera définitivement son arrêt de mort :

    C'est le début d'une lente mais certaine descente aux enfers, où non content d'avoir éliminé tous ses rivaux, il lui faudra encore - de même que dans Richard III - se débarrasser de ses meilleurs amis, et même de sa propre soeur, de plus en plus sous l'emprise d'une dépendance qu'il ne contrôle plus (arf, la célèbrissime scène, carrément par paquets d'un kilo, lol !) :

    Le fameux "point de non-retour", avec presque une citation textuelle de certaines des plus belles sculptures du Bernin :

    Et bien sûr, la magistrale scène finale, en grande partie filmée par un "obscur" assistant, Steven Spielberg (avec Oliver Stone au scénario, il y avait tout de même plutôt du beau linge sur ce film, on va dire) :

    Encore Richard III : le roi déchu rencontre sa Némésis, assassiné lâchement par une figure tutélaire sans visage, narguant l'orgueilleux symbole : "The world is yours" :

    En résumé : un chef d'oeuvre incomparable et sans une ride de la part du très virtuose Brian De Palma, qui confirmera encore ses qualités de technicien hors pair dans les fabuleux Blow Out (1981) et l'Impasse (1993), de nouveau avec Al Pacino. Ce faisant, il s'inscrit d'ailleurs parfaitement dans l'histoire du cinéma, puisque non content de se voir souvent désigné comme l'héritier légitime du grand Alfred Hitchcock, il signe en fait avec ce Scarface une reprise du film original de Howard Hawks (1932), ce même Howard Hawks qui servira de sujet central au fabuleux Aviator de Martin Scorcese (2005).

    Ouf ! Enfin, j'en vois le bout, de cet article ! Quoique... Non, pas tout à fait, finalement. Mais avant de reprendre le fil de mes disgressions "sérieuses", marquons une petite pause avec la scène la plus désopilante du film, celle où Manny explique à Tony sa recette magique pour séduire les filles de Miami (je vous aurais bien mis la version Youtube, mais elle est hélas dans une langue - c'est le cas de le dire - totalement inidentifiable !) :

    Et puis cet autre petit bijou également trouvé sur Youtube, un montage ultra serré de toutes les scènes où Tony prononce le mot "Fuck" - on se croirait dans le fameux sketch des Inconnus ("Do you know what it is ? It is a "phoque", man !"), XD ! :

    Pouf, pouf...

    Soyons (de nouveau) sérieux. Il y a bien sûr à ce film une infinité de "morales" possibles, mais pour ma part, j'en retiendrai trois principales. La première, bouddhiste, en quelque sorte :

    La seconde, glaçante, mais tellement vraie :

    Et la troisième, que je partage entièrement (peut-être bouddhiste, elle aussi, encore que ce soit assez proche du Carpe Diem des latins) :

    Voilà, c'est tout pour aujourd'hui (et c'est déjà pas mal) !

    Dernier petit détail : puisqu'on a beaucoup parlé du MONDE EST À VOUS dans ce Post, sauriez-vous reconnaître Vincenttheone sur cette photo souvenir (lol !) ?

    Bon, allez, je vous aide, là :

    Réponse dans les jours à venir (à moins que ce ne soit déjà dans les commentaires) !!!

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    7 Comments:

    Anonymous Jul said...

    Perso moi j'préfère carrément "L'impasse" à "Scarface".

    lundi, 07 mai, 2007  
    Blogger Vincenttheone said...

    Ah ben c'est clair : dix années de maturité en plus non seulement pour De Palma, mais aussi pour Pacino, ça se sent, finalement (mais alors, l'âge, ça aurait du bon, quelque part ?)
    Mais bon... De même que Beethoven n'a pas écrit la "Neuvième" tout de suite...

    lundi, 07 mai, 2007  
    Blogger Vincenttheone said...

    Bah alors... Personne me reconnaît, là ? J'ai changé à ce point-là, putain ???

    mercredi, 09 mai, 2007  
    Anonymous Lunapei said...

    muah ah ah ah je l'ai trouver !!!

    on voit bien les chaussures je crois ^^

    mais t'avais des cheveux ? (si je ne m'abuse)

    vendredi, 11 mai, 2007  
    Blogger Vincenttheone said...

    Mais j'ai TOUJOURS des cheveux, m'enfin !!!
    Et oui, c'est bien moi, complètement à droite, déjà en Freestyle (sauf qu'à l'époque, c'était la pleine mode) !

    vendredi, 11 mai, 2007  
    Anonymous Naim said...

    Bon, c'est encore. Je viens de laisser un commentaire sur un autre billet. Cette fois-ci c'est pour te féliciter des analyses/coups de coeur.

    Salutations du Maroc et à très bientôt.

    P.S: A corriger: dans la partie où tu écris "il signe en fait avec ce Scarface une reprise du film original de Howard Hawks (1932), ce même Howard Hawks qui servira de sujet central au fabuleux Aviator de Martin Scorcese (2005)" En fait, le personnage dont parle M. Scorsese dans The Aviator n'est pas Howard Hawks mais bien Howard Hughes, un aviateur et producteur cinématographique..

    Désolé de la longueur du commentaire.

    mercredi, 20 février, 2008  
    Blogger Vincenttheone said...

    Mais non, au contraire, pas de quoi être désolé du tout... C'est juste moi qui me suis planté comme un gros nul, arf, arf (mais bon, ça arrive, des fois, lol) !!!

    DSL !

    jeudi, 21 février, 2008  

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