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  • dimanche, mars 18, 2007

    UNE HISTOIRE VRAIE (LYNCH)

    Ou plus exactement, "A Straight Story".
    Ce qui est plus signifiant que la version française du titre, puisque "Straight" se trouve être l'authentique nom de famille du personnage principal (car il s'agit d'une histoire vraie, pour aussi incroyable que cela puisse paraître), mais signifie également "droit", "correct", "juste"...
    Une histoire toute simple, que l'on peut résumer en quelques lignes : Alvin Straight, sémillant vieillard de 73 ans, décide soudainement, en apprenant l'attaque cardiaque de son frère avec qui il est brouillé depuis plus de dix ans, de faire le voyage de l'Iowa jusqu'au Wisconsin afin de renouer avec lui. Sauf que : ne sachant pas conduire, étant très têtu et ne voulant ni prendre le car, ni être conduit par quelqu'un d'autre, il va décider d'entreprendre les quelques 6OO kms qui séparent les deux états en utilisant... sa tondeuse à gazon, attelée d'une sorte de roulotte-bivouac !

    Quelque part, après l'ultra génial Lost Highway, Lynch renoue une fois de plus avec l'univers rural de Twin Peaks (il possède lui-même une maison à Boise, Idaho), cet univers en apparence tout lisse de petites villes tranquilles, de paysans sympathiques, de plaines à perte de vue, à peine fréquentées par quelque moissonneuse batteuse :

    Univers qui peut cependant tout aussi bien la nuit abriter des forces maléfiques, au détour de quelques rares plans (qui d'ailleurs ne sont jamais vraiment aussi effrayants que dans Twin Peaks) :

    On y retrouve d'ailleurs l'un des acteurs emblématique de la série, Everett Mc Gill (Ed Hurley), toujours dans un (bref) rôle de garagiste, sans doute un petit clin d'oeil à tous les "fans" de cette série au succès planétaire :

    Plus deux monstres sacrés qui n'avaient plus tourné depuis assez longtemps : Richard Farnsworth (surtout connu pour son rôle dans Ben Hur), qui livre là une performance remarquable, un jeu tout en finesse et en sobriété - tout ce qu'on ne sait toujours pas faire dans un petit pays comme le nôtre -, qui lui a valu deux nominations justifiées aux Oscars et aux Golden Globe :

    Ainsi que la célèbre Sissi Spacek (mais oui, souvenez-vous, Carrie au Bal du Diable, de Brian de Palma, où ce n'était encore qu'une adolescente !), dans un rôle de composition tout à fait étonnant et certainement pas très facile à jouer (la fille d'Alvin Straight, qui souffre de troubles du langage et du comportement) :

    Et voilà, c'est parti. En voiture, Simone !

    Certes, je suis bien conscient que le résumé du film cité plus haut n'est pas forcément très alléchant (on croirait même relire la pub pour le fameux "glacier express", le petit train qui traverse toutes les montagnes suisses, "l'express le plus lent du monde", XD) ! Mais c'est oublier que David Lynch n'est pas le dernier des tâcherons, c'est même, bien au contraire, une étoile dans le ciel des réalisateurs de génie, l'un de ceux - comme Fellini, Kubrick ou Kurosawa - dont on parlera encore dans cent ans :

    Autrement dit (tiens, j'en profite pour saluer mes amies sagittaires, le signe du voyage par excellence, hi, Vinya !), plus que d'un voyage réellement "géographique", c'est avant tout d'un voyage intérieur, initiatique dont il s'agit ici, d'un délicat compromis à trouver entre les forces d'Eros et de Thanatos, la pulsion de vie et la pulsion de mort, afin de pouvoir faire la paix avec soi-même et ses propres démons - ce que Lynch a d'ailleurs magistralement réussi, puisqu'au sein d'une production tout de même très torturée, on peut dire que c'est pratiquement son unique film vraiment "sain", calme et apaisé (un peu comme la Quatrième de Mahler au milieu de ses autres symphonies).

    Il y a dans ce film six "rencontres" fondamentales. La toute première placée sous le signe de la jeunesse (une ado fugueuse qui, faute d'avoir été prise en stop, se retrouve finalement à passer la soirée avec Alvin, qui de façon très émouvante - sortez les Kleenex ! - trouve des mots très justes pour la confronter à ses problèmes familiaux) :

    Rien à voir avec la choucroute, mais je n'ai pas pu m'en empêcher... Spéciale dédicace à tous les lecteurs de mon autre Blog SNEAKERS & BUFFALOS (elles sont très belles, n'est-ce pas ?) :

    Bref ! Seconde confrontation, toujours sous le signe de la jeunesse, avec un certain humour assez typique de Lynch, qui peut parfois rappeler celui de Jacques Tati, curieusement :

    Sinon que là, la confrontation apparaît déjà plus sérieuse :

    La troisième rencontre, elle, est déjà sous le signe de Thanatos, avec cette conductrice complètement hystérique à force de buter au minimum un cerf par semaine (malgré qu'elle ait tout essayé, y compris, je cite, "mettre Public Ennemy à donf !") :

    Et suite à un accident heureusement sans gravité (mais où l'on retrouve le grand style de Lynch, dans le genre "panique à bord"), la quatrième rencontre, paisible, mais grave ; entre congénères du même âge, les deux hommes qui ont combattu en Europe lors de la seconde guerre mondiale évoquent tristement l'horreur de celle-ci, reviennent sur leurs erreurs, des erreurs qui peuvent hanter le coeur de l'homme durant toute une vie :

    (Et au passage, merci pour la petite pique, Mr Lynch... Arghhhh, on a vraiment mauvaise presse, dans ce pays, moi je vous le dis !).

    Cinquième rencontre, importante, au beau milieu de l'un des cimetières les plus anciens des États Unis, celle du pasteur, déjà une voie possible vers la réconciliation :

    Et bien sûr (je suis un peu musicien, aussi), n'oublions pas de mentionner cette prise de son très particulière (et en même temps typique de Lynch, notamment utilisée dans Sailor & Lula et Fire, Walk with me !) à très exactement 1h38'40'' du film : contrairement aux "standards" du cinéma classique américain, je pense là qu'il a placé les micros tout aussi loin que la caméra, ce qui donne une sorte de chuchotement presqu'inaudible mais extrêmement convaincant, qui donne vraiment l'impression "d'être là" :

    Il est à noter que Lynch, contrairement à beaucoup de réalisateurs, a une passion absolue pour le mixage son définitif, et qu'il est d'ailleurs presque toujours crédité en tant que tel au générique de la plupart de ses films. Ceci explique malheureusement en retour pourquoi presque toutes ses V.F sont absolument ignobles (et notamment celle de Sailor & Lula, à peine digne du doublage d'un mauvais porno, un véritable assassinat !).

    Et enfin, l'ultime rencontre, celle du frère (presque sans parole, la classe, quoi !... Là aussi, ressortez les Kleenex, XD !), le fameux Harry Dean Stanton, qui jouait déjà le rôle du détective Johnny Farragut dans Sailor & Lula, mais aussi (voir le post suivant) le rôle de l'un des mécaniciens du Nostromo dans Alien, le premier à se faire dévorer par la bête !

    Bref, un film somptueux, débordant d'optimisme, d'amour de la vie, et d'amour tout court, tout simplement...

    Que dire de plus ? Ah oui, n'oublions pas non plus la musique magique de Mr Angelo Badalamenti, le complice de longue date (de même que Cronenberg, Lynch travaille pratiquement toujours avec la même équipe), qui a livré pour l'occasion une BOF à mi-chemin entre Impitoyable de Clint Eastwood (pour les thèmes à la guitare acoustique) et Fargo des frères Coen (pour les passages au violon Country), un vrai "must", dans le genre...

    Ce soir, c'était mon option "films lents et méditatifs", vu qu'avant celui-ci, j'ai découvert le merveilleux Printemps, Été, Automne, Hiver... et Printemps de Kim Ki-Duk (coréen), j'essaierai de vous en parler la prochaine fois !

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    5 Comments:

    Anonymous vinya said...

    yes j'en ai entendu parler de ce film ! il parait très bien !!

    Yes ! Sagittaire XD !!!

    dimanche, 18 mars, 2007  
    Blogger Vincenttheone said...

    Oui, oui, c'est magique, tu peux le louer les yeux fermés, celui-ci !

    dimanche, 18 mars, 2007  
    Anonymous zoun said...

    J'ai fait mieux que le louer, je l'ai acheté (il y a déjà longtemps) tellement je l'avais trouvé génial!
    Il est d'une apparente simplicité que j'adore et qui est rare!
    Il y a plus de choses dites dans les silences que les non dits.
    Un jour, faudra vraiment que je m'essaie à faire un court dans le genre (à mon niveau evidemment)!
    Et les acteurs sont superbes de justesse!
    Un film très humain!
    Dans le style film "simple" et humain, regarde le film argentin Bombon el perro! L'acteur y joue aussi tout en finesse et sobriété

    à voir en V.O. aussi! Voilà le site

    http://www.tfmdistribution.com/bombonelperro/histoire.htm

    lundi, 19 mars, 2007  
    Blogger Vincenttheone said...

    Bah, j'irai voir ça dès que j'aurai plus de sommeil en retard... C'est que ça prend du temps, ces conneries de Blogs, LOL !!!

    lundi, 19 mars, 2007  
    Anonymous Cantabile said...

    Tu me donnes vraiment envie de le voir... et merci pour ton com qui m'amène ici !

    mardi, 08 juin, 2010  

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