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  • samedi, juillet 02, 2016

    PATHS OF GLORY (KUBRICK)

    Ou "les Sentiers de la Gloire", en bon Français...
    S'agit-il du premier film de Stanley Kubrick ? Certes non. Le soi-disant premier est, comme chacun le sait, Killer's Kiss (1955) - étant donné qu'il ne voulait pas lui-même admettre la présence de l'antérieur Fear and Desire (1953). Mais ce troisième film, Paths of Glory (1957), a pour la première fois un réel point commun avec ce dernier, celui de parler de guerre - en l'occurence, la première guerre mondiale de 1914-1918 :
    Il y aurait beaucoup de choses à dire, au sujet de ce film. Mais l'essentiel reste tout d'abord d'en voir les principaux rôles, à commencer par celui du général Mireau (George Macready), selon Wikipédia vaniteux, ambitieux et incompétent :
    Lequel se tape tout de suite une entrevue avec le fameux général Broulard (Adolphe Menjou) :
    Entrevue qui menace tout d'abord de mal se passer, mais qui se résoud finalement très bien, grâce au "personnage le plus machiavélique du film. Kubrick joue habilement avec la bonhomie du personnage rusé et raffiné mais s'avérant incroyablement amoral (il va détruire les dernières illusions du colonel et ruiner définitivement la carrière du général) et sans aucune pitié envers les hommes de troupe (citation de Wikipédia)." :
    Ce qui est bien sûr d'emblée à remarquer, c'est la sublime beauté du château dans lequel ces conversations se déroulent (Schleissheim, en fait, en Bavière), et son opposition avec le tout premier plan fixé sur les tranchées, qui est d'un cynisme absolu :
    Mais ce qui s'est peut-être un tout petit peu perdu, vu la date du film (1957), se notait tout de suite à cette époque - je veux bien sûr parler de Kirk Douglas (le colonel Dax), qui était déjà ultra-connu, et se pointait pour la première fois dans un film de Stanley Kubrick, avec tout bénéfice pour ce dernier :
    Il est du reste important de remarquer que dans ce film, l'on ne voit jamais les Allemands :
    Mais que par contre, l'on assiste sans aucune perdition à un filmage par la Dolly des grandes marches du colonel Dax dans ses tranchées - filmage certes antérieur à la Steadicam, vu que celle-ci ne sera inventée qu'en 1972, mais pas à la passion de Stanley Kubrick pour cette dernière, qui se révèlera fort bien dans Shining (1980) :
    L'on peut noter qu'à ce moment, qui dure à peu près vingt minutes, l'unique vue de ce film  d'environ 1h30 sur l'envahissement de ces tranchées reste proprement magique, à l'aide d'ailleurs du précieux dévouement des Allemands - je parle bien sûr de la réalisation du film, pas de son histoire vraie :
    Que se passe-t-il, en fait, lors de l'envahissement réel ? Laissons le colonel Dax s'exprimer, avec un désespoir de plus en plus compréhensible :
    Résultat immédiat : l'appelation du général Mireau à ordonner le bombardement de sa propre équipe. Ordre qui sera très mal reçu, non seulement du côté du colonel Dax, mais aussi du point de vue du général Broulard, comme nous le découvrirons vers la fin du film :
    N'empêche que tout ceci reste fort mal parti, et que cela conduira sans plus tarder à la mise à mort de trois soldats choisis "au hasard" - ce qui est, à proprement parler, le thème principal du film, et qui lui valut du reste d'être interdit en France jusqu'à 1975, soit 18 ans ! :
    L'on commence, bien sûr, par la seule nuit qui précède l'assassinat des trois soldats :
    Pour se retrouver quasi-instantanément projeté dans le très beau château, qui malgré son style baroque va surtout servir le clan des généraux, qui cherchent à n'importe quel prix à imposer leur vision des choses :
    C'est un assez long plan, certes... Mais bien moins long qu'il devait sembler en réalité, et surtout vis à vis des paroles du colonel Dax, qui sont d'une telle importance qu'elles n'intéressent en réalité absolument personne, particulièrement pas les généraux, d'autant plus pressés qu'ils savent à quel point leur acte pourrait facilement apparaître comme gratuit ou mis en scène :
    Nous allons ainsi voir l'unique nuit se dérouler. D'une part, avec l'idée assez imprévue de découvrir le prêtre unique, chargé des trois condamnés :
    Mais aussi d'autre part avec cette conversation assez étonnante entre le colonel Dax et le général Broulard, où celui-ci découvre le bombardement interdit du général Mireau, et semble en faire d'assez noirs projets :
    Malheureusement, une nuit ne dure qu'une nuit, n'est-ce pas ? Et dès le lendemain, il nous faudra assister sans dire un mot aux trois exécutions - enfin, disons plutôt, aux trois meurtres, même si ceux-ci se déroulent devant le magnifique château de Schlessheim :
    Moralité ? Et bien, aucune, en résumé - et c'est d'ailleurs pour cette bonne raison que la diffusion du film a été interdite en France jusqu'en 1975. Certes, le général Broulard prendra vis à vis du général Mireau les bonnes décisions, destinées à le faire payer pour de bon son acte de bombardement, mais inutile de le préciser, le colonel Dax fera tout pour rester loin de ces intrigues :
    Que restera-t-il, pour terminer ce film ? Et bien, juste cette scène, où nous verrons le titulaire du bar faire chanter sa jeune chanteuse capturée :
    Scène qui nous vaudra de nombreux contre-plans, centrés au départ sur le public de soldats Français :
    Mais de plus en plus axés sur la chanteuse Allemande Christiane Harlan :
    Laquelle va devenir, en 1958, la véritable épouse de Stanley Kubrick, et ceci - c'est plutôt rare, dans le milieu des acteurs et des réalisateurs - jusqu'à la fin de ses jours. Alors, assez logique que le film se termine par cette dernière phrase, dite en toute apparence par Kirk Douglas, mais certainement pensée par Stanley Kubrick lui-même :
    Que dire d'autre sur ce film ? Comme nous en informe Wikipédia, "le film est projeté à Munich le 18 septembre 1957. Il est perçu comme une critique directe de l'armée française, par la cruauté des scènes finales et la satire violente des états-majors français, même si le film souffre de nombreuses invraisemblances. Il reçoit plusieurs récompenses dont le prix Chevalier de la Barre. Sous la pression d'associations d'anciens combattants français et belges, le gouvernement français proteste auprès de la United Artists, mais ne demande pas la censure du film. Devant l'ampleur du mouvement contestataire, les producteurs du film décident de ne pas le distribuer. De nombreux pays en Europe, comme la Suisse, refusent également de le diffuser. C'est dix-huit ans plus tard, en 1975, que le film est finalement projeté en France."
    Un destin relativement étonnant, donc, suivant les pays... Un autre point qui n'a pas été abordé, c'est que Stanley Kubrick s'est entouré du très bon producteur James B. Harris pour au moins trois films : The Killing (1956), Paths of Glory (1957), et Lolita (1962). Inutile de dire que celui-ci a fait du très bon travail, et qu'il continuera du reste soit à produire d'autres films (notamment Le Dahlia Noir, de Brian De Palma), soit à en réaliser certains par lui-même (Cop, avec James Woods).
    Que dire de plus ? Je n'en sais rien... Mais ceci ne doit pas vous empêcher de laisser un Comment, sachant que j'y répondrais obligatoirement !

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    8 Comments:

    Anonymous Anonyme said...

    Ca m'a l'air bien dur comme film !...
    Cha

    jeudi, 16 mai, 2013  
    Blogger Vincenttheone said...

    Oui, ça l'est... Mais en grande partie parce qu'il correspond bien avec notre histoire, raison pour laquelle il fut interdit aussi longtemps !

    vendredi, 17 mai, 2013  
    Anonymous Chah said...

    Coucou M. Vincent,

    Je l'ai vu! En cours d'histoire-géo puis une autre fois: je l'avais trouvé très bien; une bonne illustration des "fusillés pour l'exemple". Et je me souvenais que la chanteuse dans ce film devient la femme de Kubrick: ça paraît complètement improbable cette rencontre...

    vendredi, 17 mai, 2013  
    Blogger Vincenttheone said...

    Coucou, Mlle Chah,
    Bien heureux que tu apportes ton soutien, même pour ce cas si dramatique ! En tous cas, tu as bien raison pour la future femme de Stanley Kubrick... C'est vrai que c'est, hélas, trop rare !

    samedi, 18 mai, 2013  
    Anonymous Elisa said...

    Cou cou Vincent,
    Revenue du long voyage en France, j´essaie de mettre à jour mes couriers. En fait, j´ai une longue liste de choses qui attendent! Mes visites sur mes blogs amis et les petits mots pour mes blogpotes aussi! C´est difficile de rattraper mon retard. Ouf!
    Quel film ce que tu nous amenes. C´est un classique, c´est dur, mais c´est l´histoire. On dit que ça va mieux de connaître l´histoire pour ne pas repeter certaines choses. Cela devrait se passer en Argentine. Oh la la!
    Mon mari aime ce type de films. L´histoire des guerres mondiales, il en connaît beaucoup. Moi, je connais mieu, mais j´aime m´informer par le biais des films et de la lecture bien sûr.
    Merci Vincent.
    J´espère que le printemps soit arrivé en fin à Paris!
    Bisous
    Elisa

    lundi, 20 mai, 2013  
    Blogger Vincenttheone said...

    Et bien non, le printemps n'est toujours pas arrivé à Paris... Bien triste, n'est-ce pas ?
    Sinon, bien sûr que tu as raison sur une chose : les films de guerre sont importants, et c'est mieux de connaître les faits pour éviter de les répéter !

    mardi, 21 mai, 2013  
    Anonymous Anonyme said...

    Excusez, M'sieur ! c'est quoi la Dolly et la Steadicam ?
    La scène des 3 exécutions de soldats m'a furieusement rappelé le mur des fusillés au Mont Valérien... Horrible impression même plus de cinquante ans plus tard.
    Merci bcp pour ce bel article.
    Sabichan

    mardi, 21 mai, 2013  
    Blogger Vincenttheone said...

    Tu as bien raison... Même près de cinquante ans plus tard, c'est toujours aussi dur de voir le mur des fusillés au Mont Valérien !
    Par contre, si tu ne sais pas bien à quoi correspondent Dolly et Steadicam, une seule solution : allez voir sur Wikipédia !

    mardi, 21 mai, 2013  

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