Il y a bien longtemps que je ne vous avais pas parlé d'un film japonais - surtout aussi remarquable que celui-ci, Lettre d'Amour en notre langue. C'est sans doute assez ancien (1953), mais c'est l'oeuvre de départ de cette femme incroyable, Kinuyo Tanaka, qui fut la toute première à oser passer de son métier bien rempli d'actrice à celui de réalisatrice. Elle en tournera six entre 1953 et 1962, sur des thèmes assez différents, mais souvent liés au féminisme s'imposant peu à peu au Japon :
Après avoir vu son portrait, accompagné de l'intégralité de ses films, nous en venons à l'affiche d'époque du tout premier d'entre eux, Koibumi. C'était le début de la couleur, mais celui-ci est encore en N&B, mettant en scène les deux acteurs principaux, Reikichi Mayumi (Masayuki Mori) et Michiko Kubota (Yoshiko Kuga) :
Il y a peu de vidéos disponibles, mais j'ai tout de même trouvé ce trailer - hélas uniquement en japonais :
Et surtout celui-ci, doublé en français, et qui nous résume en plus de plans l'intégralité de l'Opus :
En fait, l'intrigue a l'air relativement simple, au départ : il s'agit juste de deux frères vivant ensemble, l'un plutôt plein de vie et d'énergie, Hiroshi Mayumi (Jûzo Dôsan), l'autre au contraire taciturne et marqué par la guerre, Reikichi Mayumi... Sa véritable envie est de retrouver la femme qu'il aime depuis son enfance, Michiko Kubota, dont il conserve seulement une photo :
Ainsi qu'une lettre fatidique, où celle-ci lui confesse son amour réciproque, mais lui révèle en même temps la volonté de ses parents de la voir épouser au plus vite un américain - lequel va en outre lui donner un enfant :
Il n'en sait guère plus, mais il rencontre peu de temps après Naoto Yamaji (Jûkichi Uno), un ancien camarade de la marine de guerre, qui l'invite immédiatement à venir travailler avec lui... Que fait-il ? Il est écrivain public, et son travail consiste à traduire en anglais - destiné au GI américains - des textes de jeunes japonaises, qui cherchent à leur soutirer un peu d'argent :
Vu d'un côté intérieur, ceci marche plutôt bien pour les deux frères Mayumi... Mais d'un autre point de vue, les choses se dégradent petit à petit, car Reikichi reconnaît dans son demi-sommeil la voix de Michiko. qui évoque tout à la fois la mort de son enfant, le divorce de son mari, et sa grande misère depuis :
Ne l'ayant pas vu depuis 5 ans, il peine beaucoup à la retrouver, mais y parvient finalement - sur la rame de métro de Tôkyô, Shibuya (渋谷区) :
Au départ, tout a l'air de bien se passer :
Cependant, ceci ne dure guère, et vire peu de temps après au cauchemar absolu. Michiko est certes prête à avouer tous ses péchés, mais Reikichi ne digère pas le fait qu'elle n'ait pas cherché à le revoir après la mort de son mari américain, et surtout ses aveux de pauvreté - le tout se terminant par une vaste colère, qui les fait se quitter définitivement sur des paroles acerbes :
Fort heureusement, son jeune frère Hiroshi reste persuadé du contraire, de même que son employeur Naoto, le plus efficace des deux... Michiko se révèle alors prête à retrouver une nouvelle fois Reikichi, mais celui-ci ne va pas au rendez-vous.
Furieux, Naoto le rabroue par ses paroles, se montrant même un tantinet violent, et décide de le guider une dernière fois vers Michiko. Malheureusement, celle-ci désespérée se jette sous une voiture, et Reikichi et Naoto n'ont plus qu'à se rendre à l'hôpital pour la retrouver :
Celle-ci se trouve recouverte d'un masque, mais pas pour bien longtemps - d'après les dites du docteur... Résultat : le film se termine finalement bien, offrant une nouvelle base à tout le monde, et faisant à nouveau repartir Reikichi et Michiko sur de bons projets pour le futur, une fois cette absurde guerre terminée.
Je suis désolé d'avoir trouvé aussi peu d'images, mais il y a peu de temps que Kinuyo Tanaka est réellement reconnue en France - un grand merci, donc, à ARTE, qui diffuse pour la première fois ses six films !
Une seule chose que je voulais bien rappeler, et que l'on voit plusieurs fois dans le film : celle au pied de la statue du chien Hachikô, située devant la gare de Shibuya... Il était réputé pour attendre son maître à cet endroit durant de longues années - ce qui est bien sûr une façon subtile de décrire la passion de Reikichi et de Michiko :
En guise de conclusion, un court texte (en français) vous révélera la carrière splendide de Kinuyo Tanaka :
De ces six films, les deux que je préfère sont celui-ci, et La Nuit des Femmes (Onna bakari no yoru) - parlant de l'interdiction de la prostitution à la fin des années 1950. A part ça, les plus anciens dont j'ai parlé ici sont La Dame de Shangai d'Orson Welles (1947), En Quatrième Vitesse de Robert Aldrich (1955), et Les Désaxés de John Huston (1961).
Mais vous avez bien sûr six choix possibles vis-à-vis de Kinuyo Tanaka - y compris un autre, celui de laisser ici un commentaire, ce qui se fait hélas de plus en plus rare !
Sorti en 1992, soit 6 ans après Alienset 13 ans après le tout premier, ce troisième Opus de la série - à mon humble avis le meilleur des sequels - devait marquer l'entrée dans la cour d'un réalisateur promu à un grand avenir, David Fincher (Seven, The Game,Panic Room, The Curious Case of Benjamin Button, The Girl with the Dragon Tattoo), dont ce fut la première œuvre.
Quel est le seul point commun avec le second film de James Cameron ? Disons-le tout de suite, c'est uniquement le nombre de gens présents sur la nouvelle planète, Fiorina Fury 161, une sorte de prison où se trouve une colonie minière pénitentiaire...
Inversement, il se trouve extrêmement relié avec le tout premier Alien de Ridley Scott, d'une part parce que le lieutenant Ripley (Sigourney Weaver) apparaît comme la seule civile véritablement responsable, d'autre part car le xénomorphe est de nouveau tout seul - contrairement au grand nombre qu'il y en avait dans le second Opus, y compris la fameuse reine !
Rien que le début est totalement marqué sur cet Opus, notamment par cette vision très rapide que l'on a de l'œuf puis de son éclosion -, avant de débarquer sur la nouvelle planète à bord d'une capsule de sauvetage EEV, magistralement filmé :
Ce que l'on voit de prime abord, c'est quelques-uns des prisonniers s'efforçant de sortir le corps de Ripley... Sans oublier cette réaction haineuse vis-à-vis du chien - qui parait exagérée la toute première fois que l'on voit ce film, mais bien sûr évidente au cours de la seconde :
Malheureusement, à part Ripley, les trois autres à bord de la capsule de sauvetage n'ont pas survécu, et l'on ne sait pas encore pourquoi... Il y a l'androïde Bishop (Lance Henriksen), le caporal Hicks (Michael Biehn), et la toute jeune fille Newt (Carrie Henn) :
Alors a lieu l'enterrement - autrement dit, l'incinération dans le haut-fourneau des trois corps concernés... Nous ne voyons au départ que les trois personnes jouissant d'une certaine autorité sur les prisonniers, le lieutenant Ripley, qui n'a pas encore l'air complètement remise, et surtout Dillon (Charles S. Dutton), un prisonnier mentor, dont le discours marque tout le monde, où il dit entre autre "Chaque mort est toujours une nouvelle vie, un nouveau début" :
C'est le moment pour découvrir l'autre point commun de cet Opus avec le tout premier, la grande qualité de sa musique, due à Elliot Goldenthal... Certes pas tout aussi magique que celle de Jerry Goldsmith, mais en tous cas cent fois meilleure que l'inexistante du film de James Cameron, pourtant conduite par James Horner !
Quoi qu'il en soit, les deux principaux responsables du groupe - le superviseur Andrews (Brian Glover) et son adjoint Aaron (Ralph Brown) - sont au moins d'accord sur un point : envoyer Ripley à l'abri de tous ces prisonniers, en la plaçant dans une infirmerie :
Ce qu'elle fait en compagnie du seul médecin du groupe, le docteur Clemens (Charles Dance), à qui elle demande tout d'abord d'examiner le cadavre de Newt - voulant à tous prix vérifier l'absence d'œuf ou de xénomorphe (ce qui au passage a vidé 10% du cinéma !)...
Mais après qu'il se soit résolu à cet acte inutile, il est contraint de lui donner quelque chose de plus efficace pour sa santé - ainsi que l'exigence qu'elle se rase toute la tête, ne serait-ce que par précaution :
De même que les futurs films du réalisateur, celui-ci ne fait pas exception à la règle, et se déroule dans une atmosphère de huis-clos oppressante - toujours selon la technique du premier Alien de Ridley Scott, encore plus traumatisant parce que l'on n'y voit quasiment rien, que la bande son d'Elliot Goldenthal y est plutôt monstrueuse, et que l'on y suppose donc presque tout...
A commencer par ce pauvre prisonnier qui meurt dans une bouche d'aération, visiblement agressé par une étrange créature :
Pendant ce temps, Clemens et Ripley se rapproche de plus en plus, et finissent par développer des relations intimes... Cependant, lorsque Ripley demande au médecin de l'aider à faire ressusciter l'androïde Bishop abandonné dans les ordures, celui-ci se désiste provisoirement :
Pour tout dire, il est sommé de se rendre chez le superviseur Andrews, inquiet concernant un message direct avec Weiland - la compagnie au cœur du pouvoir concernant la plupart des planètes de la galaxie... Malheureusement, Clemens ne peut pas répondre encore à cette question, et Andrews reste encore plus figé :
Ripley part alors seule en direction des ordures, où elle récupère comme prévu le corps de Bishop :
Mais tout ne se passe pas comme prévu, et Ripley manque même de se faire violer par trois ou quatre prisonniers bien déjantés... Jusqu'à ce que Dillon arrive soudainement, et décide de rééduquer à sa façon ces hommes avec la religion appropriée :
C'est le moment où se produit ce second meurtre, qui lui aussi ne dure que quelques secondes, mais est vu par quelqu'un d'autre :
Pendant ce temps, Ripley ranime Bishop, afin de savoir comment Alien a pu survivre à tout ce qui s'est passé durant le second film, notamment au cours de la fin sur USS Sulaco... Mais Bishop n'a pas l'air bien, préfère être déconnecté, et lui dit simplement ce qu'il sait vis-à-vis de la transmission informatique à Weiland :
Une fois celui-ci abandonné, Dillon essaye d'en savoir plus au sujet de la seconde victime, en interrogeant celui qui a tout vu :
Hélas, il n'arrive à rien, pas plus que Ripley, qui a tout entendu derrière un rideau, notamment son terme de "dragon"... Mais le superviseur Andrews, accompagné de son adjoint Aaron - rebaptisé 85 par la plupart des prisonniers, en relation avec son QI -, ne croit toujours pas à la chose en question, et décide d'isoler cet unique témoin, afin de préserver ses détenus de la panique :
Dans la même optique, il tient une conversation avec Ripley, dans laquelle il ne prend pas du tout au sérieux la présence d'une bête sur leur vaisseau... Du coup, il l'envoie par précaution à l'infirmerie, où elle se retrouve face au docteur Clemens :
Lequel se trouve assailli à son tour par la bête en question, d'une façon si rapide qu'on ne peut absolument rien faire.. Ripley est alors poursuivie puis épargnée curieusement par un xénomorphe étrange, ressemblant davantage à un chien que ceux d'auparavant :
Elle se lance alors dans une course insensée, afin de prévenir au plus vite Andrews et ses prisonniers de la présence de cet être maléfique... Contrairement aux deux précédents films, la gamme chromatique est nettement plus accentuée sur les couleurs chaudes que sur les froides, et son rythme est beaucoup plus rapide, ce qui va encore s'accentuer au fur et à mesure qu'on se rapproche de la fin :
Justement, le superviseur est en train de tenir un discours très sérieux... Mais il sera absorbé au plafond en l'espace de moins d'une seconde, ce qui mettra les prisonniers face à la réalité :
Que faire alors ? N'ayant pas d'arme, Ripley ne voit pour l'instant que le feu - tout en s'inquiétant du superviseur adjoint Aaron, dont le surnom de 85 lui paraît de plus en plus adapté :
Et de fait, le feu se répand de plus en plus :
Le tout magistralement filmé par David Fincher, qui maîtrise déjà parfaitement l'usage de sa caméra, et travaille fort bien avec l'équipe chargée de la lumière... Quoi qu'il en soit, le rythme s'accélère nettement, et on en est désormais à dix morts :
Ripley décide alors d'utiliser le scanner présent sur la capsule EEV, afin de vérifier si elle n'est pas porteuse d'une de ces bêtes... Aaron l'accompagne, et constate avec elle la même réalité tragique :
Toutefois, étant père de famille, Aaron refuse d'en parler à la compagnie Weyland... Ripley décide alors de se livrer elle-même au xénomorphe, mais une fois de plus, celui-ci la laisse curieusement en vie. Elle n'a plus dès lors que Dillon qui est prêt à tout afin de l'aider :
Et contrairement à ce que l'on pourrait croire, les prisonniers passent assez vite sur l'option d'Aaron d'attendre la navette de sauvetage de Weyland, et se rattachent sur celle de Dillon, attirer la bête dans la fonderie, afin de l'y noyer dans du plomb en fusion :
Commence alors cette poursuite infernale, superbement filmée :
Y compris lorsque l'un des rares prisonniers encore en vie se trouve à son tour piégé, dans l'impossibilité absolue de se défendre :
Ripley court de plus en plus vite, mais c'est durant cette poursuite que Dillon est à son tour mangé, sans qu'il puisse rien faire :
Il lui reste alors une seule possibilité, avec l'aide de l'unique survivant de ce massacre, le prisonnier Morse (Danny Webb)... Celui-ci déclenche soudainement la coulée de plomb, qui semble éliminer pour de bon le xénomorphe :
Entretemps, la navette de sauvetage Weyland est arrivé, avec à son bord le créateur de l'androïde Bishop, Michael Weyland (le même acteur Lance Henriksen)... Il essaye de convaincre Ripley de sa bonne volonté, mais celle-ci doute de ses véritables intentions :
Elle demande à Morse de l'amener au sommet de la cuve en fusion du haut-fourneau, puis décide de se sacrifier - en empêchant la reine de se retirer de son corps :
Fin de la transmission :
Vous pensez que c'est un excellent film ? Vous avez bien raison, d'autant que l'œuvre avait récolté trois fois le budget initial, malgré sa sortie assez mitigée... Mais sa création fit l'objet de problèmes monstrueux, une absence de scénario, l'attachement de différents réalisateurs, et un manque de confiance de la 20th Century Studios envers David Fincher - scandaleux, non ?.
Il y a une description de ce phénomène sur l'article de Wikipédia, mais pour une fois, je vous ai trouvé une bien meilleure explication de François Theurel, qui en l'espace de 10' nous offre une vision complète et raffinée de l'écriture de ce film - en français, en plus :