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  • mercredi, janvier 22, 2025

    AMANDA (CAROLINA CAVALLI)

    Vous trouvez normal que je publie un article à cette date ? En tous cas, je viens tout juste de terminer le concours ArteKino Festival 2024, où l'un d'entre eux m'a particulièrement touché :

    C'est l'histoire assez simple d'une jeune bourgeoise fort belle désespérée par sa famille, Amanda (Benedetta Porcaroli), toujours habillée de la même façon, et marchant sans arrêt vers des amis potentiels - que bien sûr elle ne rencontre jamais :
    Jusqu'à ce qu'un jour, elle découvre une relation de sa mère, Viola (Giovanna Mezzogiorno), qui malgré son discours soi-disant amical et ses étranges habitudes, s'avère très importante :
    Notamment car elle l'encourage à tisser des liens avec sa propre fille, Rebecca (Galatéa Bellugi), qui malgré son autrefois longue pratique du sport, reste depuis des mois enfermée dans sa chambre, refusant systématiquement de voir quelqu'un :
    Au début, cela se passe assez mal - et Amanda se trouve à la fois rejetée par la psychanalyste de Rebecca, ainsi que par l'homme qu'elle est censée avoir rencontré... Mais tout se finit bien, et les deux quittent l'écran pleine de joie, accompagné du cheval qu'Amanda adore :
    Vous souhaitez voir le trailer ? No problem, et en plus c'est sous-titré :
    Dans le cas probable où vous ne connaissiez pas encore la réalisatrice, la voici à la Mostra de Venise 2022, où son Opus a remporté le premier prix de Orizzonti Extra :
    Et encore mieux, l'interview en compagnie de Benedetta Porcaroli, de Michele Bravi, et bien sûr de Carolina Cavalli, qui nous dévoile les phases essentielles de son film :
    Dans le cas où cela peut vous paraître exagéré, parlant de situations improbables et de solutions radicales tournant souvent au conflit, je ne peux vous dire qu'une chose : ce film m'est apparu comme le meilleur de ses onze concurrents, et bien que parfois volontairement surjoué et doté de scènes chaotiques, il est entièrement au deuxième degré, y compris pour la radicale musique de Niccolò Contessa.
    Voilà, nous avons largement dépassé le 1er janvier, et devinez quoi ? Et bien oui, c'est bel et bien ce film qui a remporté le concours présenté sur ARTE au Festival 2024...
    En attendant, vous pouvez bien sûr laisser un commentaire, cela me fera très plaisir !

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    lundi, avril 16, 2007

    PROVA D'ORCHESTRA (FEDERICO FELLINI)

    Mais non, vous ne rêvez pas : il fut un temps lointain (1978) où la RAI, bien avant d’appartenir à Berlusconi, ne produisait pas que d’infâmes crétineries, auprès desquelles même les pires émissions de TF1 pourraient encore passer pour des sommets d’intellectualisme.
    Coincé entre ces deux monuments que sont le Casanova (1976) et la Cité des Femmes (1980), Prova d’Orchestra fut donc tout d’abord un téléfilm, avant son effective sortie en salle, et marque l’ultime collaboration de Federico Fellini avec son complice de toujours, le musicien Nino Rota, qui devait décéder l’année suivante :
    Malgré sa durée réduite (70 minutes) et son budget forcément modeste, Prova d’Orchestra apparaît comme un film extrêmement riche, complexe, et même ambigu à bien des égards, un film qui à tout moment évoque en nous de multiples résonances, à commencer par celle-ci, la toute primale, celle sur laquelle s’ouvre le film :
    Après un générique uniquement sonore hallucinant, basé sur des sonneries, des sirènes de police, des klaxons de plus en plus nombreux et insupportables, le spectateur se retrouve soudainement plongé dans le silence d’une crypte souterraine, une sorte de lieu fœtal, au sein duquel seule la voix du copiste tente de faire vibrer le silence ambiant :
    Bref. Trois minutes du film se sont à peine écoulées, que déjà le génie du Maître suinte de partout, et ma foi, ce n’est pas désagréable, étant donné tout ce qu’on peut voir à la même époque comme navets.
    Suivant une structure assez limpide, le film apparaît clairement divisé en quatre parties...
    L’arrivée de l’orchestre, tout d’abord (la plus longue de toutes, 20’), suivie de trois sections de durée à peu près équivalentes : la première répétition, la pause, et la seconde répétition, la révolution. Avec à la clef une série de savoureux portraits extrêmement bien vus, qui même en 2007 n’ont pas bougés d’un iota, allant des instrumentistes à vent surtout préoccupés d’écouter le match de foot sur leur radio portable, jusqu'à la parfaite musicienne arborant en toute circonstance le même sourire niais :
    En passant bien sûr, comme toujours, par ceux qui se la pètent, et ceux avec lesquels il est toujours agréable de boire de bons coups :
    Sauf qu’un élément perturbateur va bientôt intervenir pour fausser toutes les perspectives : une équipe de télévision présente sur les lieux, dont l’œil inquisiteur va très vite contribuer à monter les musiciens les uns contre les autres, puis contre le chef.. Sans parler des fameux syndicalistes épinglés au passage, y compris en ce qui concerne leur goût vestimentaire toujours assez particulier :
    Enfin, le chef arrive ! Et pas n’importe quel chef : un chef allemand, exigeant, dictatorial, et pourtant pas forcément par mauvaise volonté, plutôt par un amour de la musique qui le pousse parfois à des exigences quelque peu démesurées (au point qu’au bout d’un moment, traumatisés par un tempo d’enfer, la plupart des musiciens commencent joyeusement à se déshabiller) :
    On peut dire que c’est à peu près à cet instant, juste avant la pause d’orchestre, que le film commence à basculer dans une douce folie. Durant cette longue pause en effet (16’), tandis que les musiciens aiguisent de plus en plus leur rancœur et leur individualisme, sous la pression croissante, bien sûr, des interviewers de la télévision :
    Le chef, en proie dans sa loge à la déprime la plus totale, finit certes lui aussi par céder aux sirènes des médias, mais contrairement à toute attente, non pas pour se mettre lui-même en avant, mais pour rappeler une époque déjà lointaine et révolue en évoquant son maître, du temps où il n'était que premier violon, un maître sans doute exigeant et impitoyable, mais - comme il le dit dans son mauvais italien...
    Et lorsque après la pause, le chef retrouve son orchestre dans une crypte seulement éclairée à la bougie pour cause de panne de courant, ce n’est que pour constater l’ampleur du désastre, une révolution généralisée où plus personne ne veut de dirigeant, pas même le métronome géant envisagé à un moment :
    La fin du film, d’une absolue ambiguïté, illustre de la façon la plus subtile possible l’ambivalence politique du film, qui d’ailleurs n’a pas toujours été justement comprise par les critiques de l’époque. Car après l’essoufflement inhérent et consécutif à toute révolution, vient bien sûr l’inévitable tentative de réconciliation nationale :
    Sinon que… Toutes ces belles idées une fois exprimées, le chef ne va pas tarder à les oublier aussi sec pour en revenir, hors champ, à son comportement initial ! On y entend juste, sur fond noir, la voix du chef qui s’énerve de plus en plus en italien, jusqu’à ce qu’il craque complètement et rebascule sur son allemand natal, avec une diction et des intonations qui rappellent, à s’y méprendre, certains accents d’une certaine cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques dans un certain pays à une certaine époque… Heil !
    Ce que n’ont pas saisi la plupart des critiques de l’époque dans cette vision politique subtile de la part de Federico Fellini, c’est à mon humble avis l’extension du microcosme extrêmement subtil de l’orchestre à la société dans son ensemble.
    Dans un orchestre, il existe en effet environ quatre-vingt individus de très haut niveau, extrêmement susceptibles en ce qui concerne leurs compétences, quatre-vingt individus tous suffisamment musiciens pour avoir chacun leur avis bien personnel sur l’œuvre à créer en commun. Et en même temps, ça ne peut pas marcher comme ça...
    Ce que tente de nous apprendre ce film, finalement, même d’une façon plutôt provocante, c’est peut-être l’essence même de la démocratie : comment maintenir, au sein des sociétés humaines, cet équilibre miraculeux et extrêmement fragile entre d’une part, le besoin d’expression et de liberté inaliénable de chaque individu, et d’autre part le respect consenti d’un certain nombre de règles, pas forcément toujours agréables, dans l’intérêt de la stabilité du système. Ou encore : à quel point la plus petite erreur de dosage, d’un côté ou de l’autre, va pouvoir nous conduire tout droit soit au chaos, soit à la dictature !

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