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  • vendredi, mars 20, 2009

    LA MORT AUX TROUSSES (HITCHCOCK)

    Bien sûr, loin de moi l'idée de vous livrer ici un résumé, un synopsis, ou encore une critique de ce film mythique, vu que tout le monde le connaît absolument par coeur, étant donné que toutes chaînes confondues, il doit passer régulièrement 3 ou 4 fois par an depuis des décennies...
    Non. Je voulais plutôt en profiter pour illustrer cette phrase d'Alfred Hitchcock (Le Monde, 1955) : "Je ne veux pas que l'intrigue suive la technique. J'adapte la technique à l'intrigue. Un bel angle de prise de vues peut causer un effet qui satisfait le le chef-opérateur, ou même le metteur en scène. Mais la question est de savoir si, dramatiquement, ce plan est la meilleure façon de raconter l'histoire" (sentence que pas mal de réalisateurs actuels feraient bien de méditer, au demeurant)...
    Peut-être est-ce dû à mon métier de musicien, mais de même que je n'aime pas trop aller au concert (je préfère les faire, lol !), je ne raffole pas non plus du cinéma, alors que la technologie du DVD me permet d'explorer sans relâche, à l'instar d'une Sonate ou d'une Symphonie, les oeuvres que j'apprécie vraiment. Et ce soir (DSL pour cette longue introduction, mais patience, les photos vont venir !), à la lumière de cette phrase du maître, j'ai remarqué dans North by Northwest nombre de petits "détails" qui ne m'avaient jamais vraiment frappé, et que je tenais à vous faire partager, à commencer par ce très énigmatique générique tout en lignes animées :

    Qui finit par déboucher sur ceci, le bâtiment de l'UNESCO, le moment-clef du film (voir photo N°5), à partir duquel Cary Grant, jusqu'alors considéré au pire comme un simple alcoolique ou un affabulateur, va d'un seul coup se retrouver propulsé au rang de meurtrier recherché par toutes les polices :

    Comme tout le monde le sait (du moins, je l'espère... que l'on ne m'accuse pas de faire un "Spoiler" sur une oeuvre datant de 50 ans !), ce film s'articule autour de trois thèmes majeurs : 1) l'innocence (et l'amour impossible) 2) la "raison d'état", contre laquelle même la police s'avère impuissante 3) le monde du secret et de l'espionnage. Autant de raisons d'admirer, à l'aide de deux seuls plans "muets", cette parfaite mise en abyme du film dans son ensemble, dès le tout début, Cary Grant embouti par la police, elle-même emboutie par une voiture non-identifiée, tandis qu'une voiture encore plus mystérieuse se dissout dans le noir le plus complet :

    Brillantissime, n'est-ce pas ? De même que ce plan très audacieux, où l'on voit Cary Grant fuir l'UNESCO suite au meurtre dont il est supposé être l'auteur, et qui à mon sens est la plus parfaite illustration des propos d'Alfred Hitchcock cités au début de cet article, autrement dit un plan absolument sans la moindre gratuité, qui laisse par son seul cadrage deviner l'immense pression étatique face à un homme isolé (mais oui, Cary Grant est la minuscule tache noire en train de se ruer vers la station de taxis, cliquez pour agrandir !) :

    Bon. Je pense qu'il est inutile de revenir sur la scène suivante, tellement connue et tellement mythique qu'elle a été maintes fois parodiée ou citée, notamment dans le fameux Arizona Dream d'Emir Kusturica (film que j'adore, mais ce n'est pas l'avis de tout le monde, en général !), ainsi que dans l'atroce final de Seven, de David Fincher :

    Quelques gouttes d'angoisse distillées dans le silence le plus total, avec des cadrages à couper au couteau, la grande classe, quoi...

    D'après ses propres dires, Hitchcock aurait ici essayé de prendre le contrepied absolu des scènes typiques d'attaques de gangsters, qui à l'époque se passaient toujours dans le noir, dans des usines désaffectées, avec une bande-son apocalyptique... D'où cette agression en plein désert, filmée en plein soleil, et sans la moindre musique :

    Mais l'un de mes amis avait une autre théorie, tout aussi valable, je trouve, selon laquelle Hitchcock aurait eu cette idée de génie comme une véritable inspiration, ou une sorte de "révélation", disons, la fameuse explication "logique" ne venant en réalité qu'a posteriori :

    Tel que je connais le monde de la musique, je dirais que les deux hypothèses sont possibles (et en plus, pas forcément contradictoires). Il y a certes d'un côté les artistes qui composent "comme ils pissent" (Mozart, Schubert, Schumann, entre autres), au point de ne parfois même plus se souvenir de ce qu'ils avaient écrit auparavant, et de l'autre, les "laborieux", qui sans cesse sur leur métier remettent leur ouvrage (Beethoven, Bruckner, etc.)... Et alors ? La seule chose importante, c'est ce qu'il veulent donner à entendre, ou à voir - en tant qu'oeuvre achevée - vis-à-vis du public, et il n'y a que ceci qui devrait nous intéresser !

    Bref ! Revenons à nos moutons avec cet autre plan ultra-symbolique de la fameuse "raison d'état", l'innocent Cary Grant et le chef même des services secrets tous deux écrasés par encore plus forts qu'eux deux :

    Ainsi que cet autre plan magique, où la forêt de pins semble véritablement une métaphore de tous les obstacles qui empêchent Cary Grant et Eva Marie Saint de s'aimer librement :

    Encore plus fort, vers la fin du film, lorsque James Mason commence à comprendre la traîtrise de sa maîtresse Eva Marie Saint, un mouvement de caméra proprement hallucinant qui correspond exactement aux paroles (je ne sais pas comment il a pu faire ça, une sorte de grue circulaire, peut-être ?) :

    Bien sûr, tout le monde connaît la sublime fin sur le Mont Rushmore par coeur ! Mais encore une fois, la façon dont sont cadrés les (tout petits) personnages face aux (très grands) présidents des États-Unis, est à elle seule une magnifique illustration de la théorie du maître citée en début de Blog, selon laquelle aucun plan ne doit être fait à la légère (théorie dont Cronenberg, inutile de le préciser, fera son "petit lait", lui chez qui le moindre plan est presque toujours "sur-signifié", et qui déteste les "inutiles" plans de transition) :

    Bon. Juste pour la route, petit rappel des deux ellipses finales, tellement célèbres qu'elles doivent être enseignées dans toutes les écoles de cinéma du monde... La première, ou l'on passe sans transition de Cary Grant attrapant in extremis la main de Eva Marie Saint en grande difficulté sur le Mont Rushmore :

    Pour d'un seul coup se retrouver sans transition propulsée dans la même cabine de wagon-lits qui avait vu leurs premiers ébats :

    Et bien évidemment la seconde, où même les gens qui ne se prénomment pas Sigmund et ne s'appellent pas Freud verront tout de suite ce dont il s'agit, lol !

    Ou alors, c'est qu'il y a de grosses lacunes dans leur éducation, XD !

    P.S : Rien à voir, mais grace à Lunapei, je viens tout juste de rajouter un nouveau lien dans ma colonne de droite, The Yodablog... Si vous êtes un fan de la saga STAR WARS, n'hésitez pas à y faire un petit tour, vous n'allez pas le regretter, c'est excellent !

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    12 Comments:

    Anonymous Anonyme said...

    aaah mais quel film génial ! Et dieu sait que j'aurais eu des raisons d'en être dégoûtée, vu comme c'est un film-mythique-allez-les-mioches-on-ressort-la-vhs par chez moi.

    Merci pour tes petites analyses... j'avoue, tout ne m'était pas forcément venu à l'idée !

    Touille

    dimanche, 22 mars, 2009  
    Blogger Vincenttheone said...

    C'est bien pour ça que j'aime bien revoir les oeuvres plusieurs fois !
    Certes, la première fois, on est bien sûr bluffé par l'attaque de l'avion et par le final dans le mont Rushmore, mais finalement, on s'aperçoit que tout participe dans ce film de l'écrasante "raison d'état", face à la vulnérabilité d'un homme seul, prêt à être sacrifié sans remords si les circonstances l'exigent... Et de ce point de vue, il est vrai qu'aucun plan n'est gratuit !

    dimanche, 22 mars, 2009  
    Anonymous zoun said...

    Passionnant tout ça!

    Et en ce qui e concerne, je vais plus que méditer sur cette phrase:

    "Je ne veux pas que l'intrigue suive la technique. J'adapte la technique à l'intrigue. Un bel angle de prise de vues peut causer un effet qui satisfait le chef-opérateur, ou même le metteur en scène. Mais la question est de savoir si, dramatiquement, ce plan est la meilleure façon de raconter l'histoire"

    Beaucoup trop de gens l'oublient!
    Merci de le rappeler!


    ps: Bach, il est du clan des laborieux ou pas?

    dimanche, 22 mars, 2009  
    Blogger Vincenttheone said...

    Pour ce qui est de Bach, je ne l'ai pas connu personnellement (pour diverses raisons, du reste), mais vu sa rapidité et son abondance de production, je pencherais plutôt pour l'hypothèse inverse... Quand on songe qu'à la fin de sa vie, aveugle et malade, il a dicté de mémoire à son gendre les 14 fugues de DIE KUNST DER FUGE, peut-être l'oeuvre musicale la plus complexe jamais conçue au monde, cela laisse sans voix, je dois dire...
    Mais la phrase du grand Alfred donne effectivement à méditer, surtout en cette période d'esbrouffe où l'on a tendance à multiplier les plans juste parce qu'ils sont "bluffants" ou spectaculaires. Rien qu'hier soir, je me suis regardé une fois de plus le très sobre REAR WINDOW ("Fenêtre sur Cour"), et là encore, à l'opposé total de NORTH BY NORTHWEST, la fluidité de la caméra et de la bande son (un véritable massacre en V.F) font qu'au bout d'un certain moment, on a presque l'impression d'être à la place de James Stewart lui-même. Très impressionnant, comme effet !
    En résumé : de même que Beethoven s'inspirait de Bach, Brahms de Beethoven, Schönberg de Brahms, etc.. inutile de faire dans la demi-mesure, et toujours prendre exemple sur les plus grands (Hitchcock, Kubrick, Cronenberg, Lynch, et bien sûr, j'en oublie beaucoup) !!!

    lundi, 23 mars, 2009  
    Anonymous Zoun said...

    Ben oui t'as oublié Zoun! ^_^

    Ah bon, t'as pas connu Bach?
    J'suis trop déçu là! ^_^

    Toi qui l'a pas connu, Bach, il s'est inspiré de qui?

    mardi, 24 mars, 2009  
    Blogger Vincenttheone said...

    Pour autant que l'on puisse le savoir, Bach s'est tout d'abord usé les yeux, durant toute son enfance, en passant son temps à recopier à la lumière de la bougie les oeuvres des Maîtres italiens (Pergolèse, Vivaldi, etc.) ! Mais par la suite, ayant su qu'un organiste du nord de l'Allemagne nommé Buxtehude était particulièrement réputé pour son jeu de pédalier, il fit le voyage AR à pied aux seules fins d'entendre ce grand Maître, voyage généralement seulement gratifié de quelques brèves lignes dans la plupart des prétendues "Histoire de la Musique", mais qui représente tout de même, il faut bien le savoir, presque 800 kms dans sa totalité !
    Adoncques : Maximal Respect !

    mercredi, 25 mars, 2009  
    Anonymous Tietie007 said...

    Un Hitchcock qui résiste bien au temps, ce qui n'est pas le cas de tous ses films. Et puis je suis un grand fan de James Mason.

    samedi, 30 mai, 2009  
    Blogger Vincenttheone said...

    Donc, ça ne doit pas être pour rien que c'est finalement son film le plus connu !

    samedi, 30 mai, 2009  
    Blogger Al Capitaine said...

    Hitchcock, "La mort aux trousses" je ne connais bien que je l'ai en dvd! Je le regarderai pour bientôt :) Et tu auras mon avis!

    Hier soir je me suis tapé "Les Oiseaux", c'est vraiment excellent! Vois-tu Hitchcock est mon réalisateur favori. Pareil pour son actrice fétiche, Grace Kelly est l'actrice que je préfère. Bien que j'en ai vu peu. J'aimerais voir Mogambo, Le Cygne, ou Une fille de la province.

    Bonne journée à toi! Al'

    jeudi, 17 juin, 2010  
    Blogger Vincenttheone said...

    Hola, je ne connais même pas le titre des trois derniers dont tu parles, lol !
    Mais par contre, La Mort aux Trousses et Les Oiseaux, je les ai depuis très longtemps en DVD, et les ai donc vus plusieurs dizaines de fois... Alors attention : ne jamais regarder les archi-nulles VF !!!

    vendredi, 18 juin, 2010  
    Blogger RS said...

    Salut Vincent ! Comment vas-tu ? Je viens de regarder "Fenêtre sur cour" et j'ai pensé à toi ! Je l'ai regardé obligatoirement en VO... Car en VF la musique quasi-permanent à été bousillée par les doublages. C'est toi qui m'avait dit ça.

    Et en plus en VO j'ai passé un grand moment de cinéma !!! Un pur chef-d'oeuvre...! Quel grand film avec un suspense génial !!!

    mardi, 08 mai, 2012  
    Blogger Vincenttheone said...

    RS@ : Hélas, je ne vais pas trop bien, mais c'est connu, désormais...
    Toujours est-il que je vois, deux ans après (il n'est jamais trop tard), ton point de vue rendu au mien, et c'est très positif !

    mercredi, 09 mai, 2012  

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