Bon anniversaire au principal acteur de ce film, Christopher Walken - qui vient d'atteindre ses 83 ans !
Et oui, encore du David Cronenberg... Vous pensez sans doute qu'il s'agit d'un film déjà ancien (1983), mais celui-ci était le premier a être tourné aux Etats-Unis au lieu du Canada avec une masse d'effets spéciaux quasiment invisibles, à commencer par celui du générique :
Rien qu'à voir comme ceci, cela ne touche pas énormément, mais il faut savoir que ce plan dure plusieurs minutes, et que durant tout ce temps, la fameuse Dead Zone se révèle de plus en plus réelle :
Laissant du reste deviner le nom de l'auteur de la nouvelle (basée, soit dit en passant, sur une histoire vraie !), Stephen King, qui a servi à nombre de films pour la plupart fort connus, dont le plus célèbre reste Shining de Stanley Kubrick :
Attention : vu la quarantaine de photos du film, on va sûrement m'accuser de faire un spoiler ! Ce dont vous n'aurions pas tort, mais qu'il est plutôt préférable de dire au début de l'histoire qu'à sa fin, afin de vous laisser à l'abri si vous n'avez pas encore vu ce film. Commençons donc par le début, qui reste certes quelques minutes confiné dans une histoire normale, basée sur l'amour de deux profs et leur futur mariage :
Mais qui ne tarde pas à basculer très vite à cause d'un grave accident de la route :
Accident qui va valoir à Christopher Walken, l'acteur principal de ce film, de rester cinq années dans le coma :
Et de récupérer pour le compte la fameuse Dead Zone, qui va lui donner le don de percevoir par toucher les choses à venir, surtout quand celles-ci ne sont pas bonnes :
Bien évidemment, il reste navré de voir que sa future femme (Brooke Adams) s'est mariée avec quelqu'un d'autre, cinq ans obligent :
Mais sa notoriété attire de plus en plus de gens, dont le fameux inspecteur de police Bannerman, joué par le célèbre Tom Skerritt :
Inspecteur qu'il va de prime abord contraindre au silence, mais il va finir par se décider à lui donner un coup de main fort précieux - et là, il me semble que c'est à proprement parler remarquable, le contraste entre les rôles réels dans un tunnel bien noir, et les rôles irréels joués dans un arsenal en plein jour :
Il se trouve qu'est aussi remarquable la capacité Dead Zone de Christopher Walken, qui se dévoile capable de traquer l'auteur du meurtre, l'adjoint Dodd de Bannermann (Nicholas Campbell), qui du coup met immédiatement fin à ses jours dans un suicide lui aussi très impressionnant niveau caméra :
C'est de fait le moment durant lequel le film marque une petite pause, au cours de laquelle se développe non seulement la reprise - en privé - de ses propres cours par Christopher Walken, mais aussi son engagement par l'un des hommes les plus riches du comté pour s'occuper de son fils, Roger Stuart (Anthony Zerbe) :
Pendant peu de temps, ceci se passe très bien, n'était-ce l'apparition de Greg Stillson (Martin Sheen), futur président des Etats-Unis, tandis que pour l'heure Christopher Walken se comporte encore de façon assez potable, ou bien celle de son ex-femme (Brooke Adams) :
Mais très vite, cela dégénère, tout d'abord en l'image de la mort du garçon :
Mort qui ne va pas avoir lieu, en raison du Dead Zone de Christopher Walken, bien que laissant le père du garçon dans un état déplorable :
Mais mort qui va réapparaître de façon fort curieuse en touchant les mains de Greg Stillson (Martin Sheen), personnage qui va du coup se révéler comme un président américain complètement fou, que bien sûr il va falloir abattre quoi qu'il arrive :
Ni une, ni deux, Christopher Walken va bien sûr se montrer présent dans le show, en repassant dans sa tête l'histoire de son professeur (Sam Weizak) vis à vis de Hitler, qu'il aurait tué sans hésiter, même s'il savait qu'il allait ainsi mourir lui-même :
Il y aura alors deux meurtres, dont l'un se révèlera totalement inoffensif, celui du fils de son ex-femme sous les mains de Greg Stillson, mais dont l'autre sera bien réel, le sien :
Sans parler, bien sûr, d'un troisième suicide, celui vu dans le futur d'un impossible Greg Stillson, dont on admirera au passage la fausse couverture de Newsweek fabriquée pour l'occasion :
Ainsi le film se termine de façon parfaite, avec certes la propre mort de Christopher Walken, mais qui est la seule façon de mener Greg Stillson (Martin Sheen) vers la sienne propre, de la pure morale :
J'ai utilisé le terme de pure morale parce que je trouve que ce film, indépendamment de sa puissante maîtrise d'acteurs et la grande beauté de ses plans, représente une pure croyance dans ce concept, qu'il provienne de David Cronenberg, de Stephen King, ou plus vraisemblablement de tous les deux réunis pour cette seule occasion. Il y a néanmoins quelque chose de totalement immoral dans ce film, sans doute dû à sa première origine américaine, c'est que sa musique ne soit pas confiée à ce très fidèle Howard Shore, mais à Michael Kamen - soit dit en passant, autre très bon compositeur de musique de film. Bon, ne serait-ce que pour une fois, et au profit d'un tel musicien, passe encore... Mais David Cronenberg a toujours bien su se tenir, et que l'on compare du reste les noms des costumiers, des monteurs, des musiciens ou des photographes, l'on retrouve régulièrement les mêmes. Il est, dans ce genre, très proche ainsi de David Lynch, et c'est peut-être pour cela que tous deux font partie de mes réalisateurs préférés : ce sont de vrais génies du cinéma, et rien que pour cela, ils valent tous deux que j'investisse une partie de mon argent dans leurs DVD... Je ne regrette rien de tout ceci, et j'espère que vous non plus !
Pour une fois, le titre français L'Homme des hautes plaines s'adapte fort bien à l'original - sinon que "Drifter" signifie en fait tout simplement "Vagabond".
Il s'agit du deuxième film réalisé en 1973 par Clint Eastwood, où il joue également le personnage principal sans être jamais nommé - tout comme dans La Trilogie de l'homme sans nom (1964-1966) de Sergio Leone, à laquelle il avait participé, et qui l'inspire sans doute de façon remarquable. Nous en avons la meilleure preuve avec le premier plan, n'est-ce pas ?
Une fois arrivé dans ce village, il commence à s'adapter à l'essentiel en allant voir le barbier (William O'Connell) :
Mais il se trouve très vite dérangé par trois hommes, qui veulent rapidement en venir à bout... Pas de chance pour eux, le voyageur inconnu se révèle terriblement efficace, et se débarrasse de tous les trois en à peine une minute :
Juste avant de sortir plein soleil se détendre un petit peu :
Vient alors vers lui le fameux nain souffre-douleur du village, Mordecai (Billy Curtis), qui lui pose la grande question, celle sur son nom... Mais l'homme des hautes plaines n'y répondra jamais :
Ensuite, c'est au tour d'une femme de l'agresser, Callie Travers (Mariana Hill)... Elle est assez insultante, mais Clint Eastwood fait de même, et finalement ? Et bien, Callie Travers, quoique selon toute apparence violée (ce qui a même fait passer selon certains le film pour "fasciste"), semble plutôt contente, à vrai dire :
Voici donc la fin de la première journée, et l'homme des hautes plaines finit par s'endormir, visiblement sans grande sérénité :
Il voit en rêve une scène à laquelle il a peut-être assisté, le meurtre violent par trois personnes du marshal Jim Duncan - et il est possible que celui-ci ait été son frère, en fait... Ceci, petit détail, est dit sur les doublages français, allemand et italien, mais cela reste beaucoup plus sobre dans la version originale - comme vous le verrez à la fin :
L'actuel shérif Sam Shaw (Walter Barnes) le voit le lendemain lors de son bain, et hormis la mort de ces trois premiers hommes - dont il a l'air plutôt content -, il cherche avant tout à l'engager contre trois autres hommes qui sortent de prison aujourd'hui, et s'avèrent particulièrement dangereux pour ce village
Tous réunis, les membres importants du village se disent la même chose, avec au final la totale approbation du shérif Sam Shaw :
Résultat final ? L'homme des hautes plaines accepte, mais pas à n'importe quel prix... Il se fait payer en bottes, en armes, en selle pour le cheval, décide d''offrir à boire à tout le mode, et surtout, il enlève le badge du shérif Sam Shaw pour l'offrir à son nouvel ami, le nain Mordecai :
Le même jour, les trois gangsters sortent de prison, Stacey Bridges (Geoffrey Lewis), Dan Carlin (Dan Vadis) et Cole Carlin (Anthony James), pour un très court moment sans chevaux... Ce qu'ils vont rapidement rattraper par l'assassinat de quelques personnes :
Pendant ce temps, l'homme des hautes plaines entraîne tous les hommes du village à lutter contre eux, via leur position sur le toit des maisons, et le défilé de mannequins sur un chariot conduit par Sam Shaw :
Mais hélas, il est peu satisfait de leur prestation... Sauf de sa propre part, évidemment :
Du coup, il refait son rêve encore une fois :
Puis il mange avec Callie Travers, qui selon toute apparence a l'air cette fois-ci fort satisfaite :
Mais qui en réalité s'esquive au petit matin, laissant la place à son amant Morgan Allen (Jack Ging), qui va tenter d'assassiner l'homme des hautes plaines à l'aide de gourdins, avec trois autres personnes...
Encore une fois, cela va très mal se passer pour tous les quatre, puisque l'homme des hautes plaines n'est pas en train de dormir, mais décide de riposter à la dynamite... Seul Morgan Allen parvient à s'échapper à cheval, le laissant discuter avec Sam Shaw :
L'homme des hautes plaines n'a donc plus qu'une idée... Transformer toute la ville à l'aide de peinture rouge, ce qui lui donne un aspect bien particulier :
Et il se livre déjà à une attaque soigneusement cachée envers les trois hommes... Ce qui n'a pas beaucoup d'effet sur eux, mais les rend nettement plus craintifs :
Et il fait bien... Car à peine rentré de sa petite expédition, il voit très vite les gangsters attaquer sans scrupule le village, tuant au passage quelques hommes sans hésiter :
Ceci dit, il avait bien raison de sous-estimer son travail de préparation, à l'aide des mannequins... Car les trois hommes pénètrent sans problème dans le café, menacent tous les gens présents, et semblent près à tout pour faire se dévoiler l'homme des hautes plaines :
Mais le premier se fait déjà avoir à coup de fouet, par un inconnu que l'on devine plus qu'on ne le reconnaît :
Le second se retrouve - comme par hasard - pendu :
Quand au troisième, Stacey Bridges, il aura tout juste le temps de l'entrevoir, avant de se faire à son tour tirer dessus :
Génial, non, cette scène assez courte, qui se dévoile durant les dix dernières minutes ?
Quoiqu'il en soit, l'homme des hautes plaines peut cette fois-ci s'en aller définitivement - sans avoir répondu à la dernière question de Mordecai sur son nom :
Dans la version américaine, il répond simplement : "Tu le sais !"... Alors que dans les doublages étranger, il dit beaucoup plus clairement : "C'est celui que tu graves, celui de mon frère. Prends-en soin !". Je préfère l'interprétation d'origine, où il nous suffit de lire le nom que Mordecai gravait sur la tombe en question, avant de le voir quitter le lieu sur le même plan qu'à l'ouverture :
Un film prestigieux, je trouve, surtout qu'il ne s'agissait que du deuxième qu'il réalisait, juste après Play Misty for Me (1971)... On peut certes y voir une certaine ironie sur La Trilogie de l'homme sans nom de Sergio Leone, à laquelle il a participé, mais à mes yeux, il s'agit surtout d'un condensé en un seul personnage des trois présents dans Le Bon, la Brute et le Truand (1966), sans oublier le fameux baroquisme de Don Siegel, avec qui il venait de tourner le célèbre Dirty Harry (1971).
L'œuvre a surtout été filmée au lac Mono, en Californie, et s'est en outre terminée deux jours avant la date prévue - un record, pour lequel Clint Eastwood sera toujours efficace... De plus, la firme Universal Pictures voulait au départ que l'Opus soit entièrement faite en backlot (décors artificiels permanents), ce que l'auteur a complètement refusé, préférant se tourner vers ce site jugé "hautement photogénique".
Aimez-vous ce film, selon Motion Pictures Guide l'un des meilleurs westerns des années 1970 ? En tous cas, je l'ai pour ma part beaucoup apprécié, et j'espère qu'il en ira de même pour vous !