Une œuvre de 1986, située près de dix ans après le totalement déjanté Eraserhead (1977), à la suite du bien plus raisonnable Elephant Man (1980), et enfin avec l'expérimental Dune (1984). Contrairement à ce dernier, qui fut tellement dénié que même David Lynch faillit sortir du projet, Blue Velvet devint avec le temps l'un des plus respecté film noir de l'époque, allant même jusqu'à parvenir à la seconde place de l'Oscar du meilleur réalisateur en 1987.
Joué par Kyle MacLachlan (pratiquement à ses débuts après Dune), l'acteur principal interprète ici le rôle de Jeffrey Beaumont, un jeune étudiant rentrant chez lui à Lumberton, et apprenant le grave accident dont a souffert son père :
Il trouve par hasard une oreille, et s'empresse d'aller voir l'inspecteur de police John Williams (George Dickerson), afin de vérifier sa provenance... Et c'est là que nous voyons la synopsis de cette oreille, qui va de plus en plus basculer vers ce que nous ne savons pas encore :
Comme par coïncidence, il retrouve sa fille Sandy (Laura Dern, une actrice fétiche de David Lynch), dont la chambre se trouve juste au-dessus du bureau de John Williams... Elle lui explique que l'oreille a peut-être un lien avec la chanteuse Dorothy Vallens (Isabella Rossellini), et lui donne son adresse sans hésiter :
Sans se décourager le moins du monde, Jeffrey s'y rend en tant que désinsectiseur, et va se servir de ce prétexte pour en savoir un petit peu plus... Mais il voit au dernier moment apparaître "l'homme en jaune" (Fred Pickler), suffisamment mystérieux pour l'inciter à ne pas rester plus longtemps en place :
A la suite de cette opération ratée, Jeffrey et Sandy vont dans la boîte de nuit où Dorothy Vallens chante de façon extrêmement sensuelle - en particulier le fameux morceau Blue Velvet de Bernie Wayne, repris cette fois-ci par Bobby Vinton :
Peu de temps après, Jeffrey se rend dans l'appartement de Dorothy Vallens, qu'il entend tout d'abord téléphoner plutôt angoissée à son mari Don... Juste avant qu'elle ne s'aperçoive de sa présence, et qu'elle le maintienne à terre à l'aide d'un couteau :
Soudain débarque un homme très bizarre et violent, Frank Booth (Dennis Hopper), un gangster psychopathe baron de la drogue - qui joue différents rôles dans leur couple, allant du père au bébé :
Après toute ceci, Jeffrey fait part à Sandy de ces étranges sensations sur le couple, qui lui laisse supposer que Frank Booth a enlevé le mari et l'enfant de la chanteuse, pour pouvoir mieux la forcer à de l'esclavage sexuel... Ce qui laisse Sandy sans voix :
Une nouvelle fois, Jeffrey retourne une nouvelle fois dans la boîte de nuit, et y voit simultanément Dorothy Vallens et Frank Booth, en train de s'observer comme si de rien n'était :
Jeffrey se glisse une fois de plus dans l'appartement de Dorothy Vallens, où celle-ci est d'un seul coup beaucoup plus détendue, ne serait-ce que par l'absence de Frank Booth... Elle tente même de l'attirer vers le masochisme, qui fait partie d'elle-même, puisqu'elle lui demande de le frapper sans relâche :
Hélas, cela tourne assez mal, un soir où Frank Booth débarque comme par hasard, et décide avec tous ses amis d'enlever Jeffrey, n'hésitant pas à parler vulgairement, comme il en a l'habitude :
Pour le conduire dans une maison très spéciale, où il retrouve - en dehors des nombreuses prostituées - son ami Ben (Dean Stockwell), associé criminel qui retient dans une petite pièce le mari et le fils de Dorothy Vallens, Don et Donnie :
Et celui-ci va se faire un vaste plaisir de lui chanter quelque chose d'un peu maniéré, avec sa grande élégance naturelle :
Peu après, Frank Booth décide d'emmener tout le monde en voiture jusqu'à une scierie, où il tente d'abuser encore une fois sexuellement de Dorothy Vallens... Cette fois-ci, c'est trop pour Jeffrey, qui décide de lui donner un coup à la tête. Mais c'est mal estimer Frank Booth, qui s'enduit le visage de rouge à lèvres, puis bat sauvagement Jeffrey, avant de le laisser comme mort face à l'usine :
Alors qu'il est enfin rentré chez lui, et a finalement retrouvé Sandy, ils sont de nouveau pourchassé par une voiture, qu'ils croient avant tout (exactement comme nous) être de celle de Frank Booth. Mais en fait, il s'agit seulement de l'ancien petit ami de Sandy, Mike Shaw (Ken Stovitz)... Celui-ci est au départ très menaçant, mais il se calme subitement lorsqu'il découvre Dorothy Vallens dehors complètement nue, et fait même ses excuses à Jeffrey :
Jeffrey retourne, cette fois seul, à l'appartement de Dorothy Vallens, mais il y découvre deux corps, ceux de son mari Dan, et celui mystérieux de "l'homme en jaune" :
Dès qu'il perçoit la présence de Frank Booth, il téléphone à John Williams, quelque peu paniqué :
Mais l'inspecteur ne pourra pas intervenir à bon moment, ce qui laisse à Jeffrey une unique solution... Tirer avec la seule balle qu'il possède dans la tête de Frank Booth, avec une rapidité hallucinante :
Enfin retournée à l'option initiale - de même qu'à la phrase similaire -, Sandy revient à l'amour qu'elle portait à Jeffrey, et lui pardonne ses errances vis-à-vis de Dorothy Vallens, en compagnie de sa tante Barbara (Frances Bay) :
Et de la même façon, Dorothy Vallens se montre une nouvelle fois heureuse avec son fils Donnie, totalement délivrée de l'engouement qu'elle avait auparavant pour Jeffrey... S'offre alors subitement un délicieux rouge-gorge, qui se montre gentil avec tout le monde, Sandy, Jeffrey, et son père bien rétabli :
Après Dune, qui rendait David Lynch tellement abattu que n'importe quel projet l'aurait remonté, Blue Velvet ne pouvait pas mieux tomber. Et cela lui fut inspiré tout d'abord par l'histoire de l'oreille, "qui est accrochée à la tête, et débouche directement sur l'esprit... Donc, ça m'a semblé parfait".
Ensuite, c'est la chanson Blue Velvet, interprétée par Bobby Vinton, qui s'est totalement imposée, tant elle était typique de son ambiance et de son époque - et sa grandiose interprète, Isabella Rossellini.
Inutile de vous dire que les scores furent assez bas au box-office original, mas cela a bien changé de nos jours, où le film dispose de 95% sur Rotten Tomatoes, et de 76% sur Metacritic. Tous récolterons en 1987, où David Lynch remportera l'Oscar du meilleur réalisateur, Dennis Hopper le Golden Globe du meilleur second rôle, et Isabella Rossellini l'Independent Spirit Award.
Pas mal, non ? Vous pouvez si vous le souhaitez me laisser un commentaire, cela me fera - comme toujours - très plaisir !
Sorti en 2011, un film assez étrange en apparence, qui est la première version américaine de l'Opus suédois dû au cinéaste Niels Arden Oplev (2009), et vient surtout du livre de Stieg Larsson (2005), dont il respecte beaucoup plus les données, ne serait-ce que - pour une fois - grâce à sa traduction quasiment exacte en français, Millénium : Les Hommes qui n'aimaient pas les femmes. Je vous conseille vivement de bien regarder le trailer fondamental, qui vous donnera tout de suite une idée plus précise de ce dont il s'agit :
Au départ, nous sommes confrontés aux difficultés dans son métier de Mikael Blomkvist (Daniel Craig), un journaliste économique qui écrit dans le magazine Millénium, et est confronté à de graves soucis avec un article publié récemment sur le multimillionnaire Hans-Erik Wennerström (Ulf Friberg), qui risque de lui coûter énormément :
Résultat ? Il tente sa chance au grand nord de Stockholm afin de rencontrer Henrik Vanger (Christopher Plummer) - un personnage bien particulier à la tête d'une grande famille de soixante personnes, qui semblent cacher bien des haines et des secrets :
Officiellement, Mikael Blomkvist a pour tâche de se consacrer à la biographie de tous ces gens... Mais en réalité, son rôle sera d'enquêter sur la disparition il y a 40 ans de la petite-nièce préférée de Henrik Vanger (Harriet), correspondant peut-être à un pur et simple assassinat - ce que semble démontrer cette étrange fleur qu'il reçoit tous les ans, durant un premier temps due à Harriet, mais dans un second à un mystérieux expéditeur :
C'est alors que nous voyons apparaître pour la première fois Lisbeth Salander (Rooney Mara), une brillante enquêteuse asociale et hacker âgée de 24 ans, qui se trouve confrontée à une grave hémorragie de son tuteur habituel :
Avec Daniel Craig, Rooney Mara occupe le rôle le plus important du film, et ceci ne fût pas un choix évident de David Fincher au départ... Il n'empêche : il l'a fait passer devant Anne Hathaway, Scarlett Johansson, Natalie Portman, Léa Seydoux - pour ne citer que les plus connues -, et cela est tout à son honneur, car cette jeune fille est absolument parfaite dans son interprétation délicate !
Quoi qu'il en soit, le tuteur de Lisbeth Salander actuellement à l'hôpital dans un état critique est provisoirement remplacé par Nils Bjurman (Yorik van Wageningen), un homme nettement plus profiteur et pervers, qui axe sa première rencontre autour de son sexe, puis immédiatement sa seconde sur un acte sadomasochiste porté sur la sodomie - ce qui lui déplaît bien sûr profondément :
Mais elle résout tout lors de la troisième et dernière fois, où elle le piège instantanément en utilisant en premier lieu un taser, puis ensuite un gode - dont elle se sert avec autant de violence que Nils Bjurman l'avait fait auparavant :
En outre, elle lui tatoue sur la poitrine la phrase "Je suis un cochon violeur", puis obtient tout ce qu'elle veut grâce à un enregistrement secret - avec lequel elle parvient à obtenir tout son argent et de nouveau sa grande capacité à enquêter :
Raison pour laquelle elle conclut sa dernière entrevue par cette phrase cynique qu'elle semble prendre au second degré, "Je suis folle" :
Peu de temps après, Lisbeth Salander est d'ailleurs recrutée par Mikael Blomkvist, qui la convainc assez rapidement de faire des recherches sur un tas de jeunes filles assassinées entre 1947 et 1967, qui en plus portent presque toutes des noms juifs - ce qui laisse penser à de l'antisémitisme, dont une partie de la famille Vanger ne se cache pas :
Ils reprennent toute la liste qu'ils possèdent, et tentent de découvrir les relations qui existent entre ces personnes et la bible - qui apparaît mentionnée à chaque fois sous forme de numéros :
Mais hélas, lors d'un matin, Mikael Blomkvist découvre sur la porte le cadavre mutilé de son chat... Et une autre nuit, il manque de se faire tuer par une balle qui lui effleure le front - acte qu'il juge aussitôt délibéré, et qu'heureusement Lisbeth Salander va au mieux tenter de réparer :
On découvre alors plus amplement Martin Vanger (Stellan Skarsgard), le fils de Gottfried et le frère de Harriet, dont les implications dans tous ces meurtres sont vaguement marquées - comme le découvre en travaillant sur son ordinateur Lisbeth Salander :
Néanmoins, cela n'est pas encore sûr... Raison pour laquelle Martin Vanger n'éprouve guère de difficultés à manipuler Mikael Blomkvist, sous le simple prétexte qu'il aurait quelque chose à lui montrer :
Une fois descendu à la cave, il lui montre enfin l'aménagement spécial du lieu, puis le capture, le rend provisoirement inconscient, et l'enchaîne inexorablement... Petit détail au passage : Daniel Craig a réellement perdu connaissance au cours de l'enregistrement de cette scène de torture, ce qui la rend particulièrement éprouvante !
Martin Vangler se vante alors d'avoir tué des femmes durant des décennies, tout comme son père Gottfried... Mais contrairement à ce qu'avance Mikael Blomkvist, il dénie totalement le meurtre d'Harriet, et se prépare à le tuer rien que pour ce mensonge :
Par chance, Lisbeth Salander arrive dans le sous-sol au dernier moment, et faute de le maîtriser, elle le force à s'enfuir en voiture - et Mikael Blomkvist lui désigne au dernier moment la place d'une arme :
Magnifiquement filmée par David Fincher, Lisbeth Salander prend sa moto pour le poursuivre sur la route... Mais allant trop vite, il finit par se tuer seul en heurtant un réservoir de propane - ce qui débarrasse enfin tout le monde de la présence de Martin Vanger :
Une fois tout ceci passé, Lisbeth Salander en profite pour soigner au mieux Mikael Blomkvist, lequel a l'air fort content de la direction que prend cette relation... Raison de plus pour laisser la jeune fille lui raconter un tas de choses qui l'on forcée à prendre un tuteur - dont le fait qu'elle ait tenté de brûler vif son propre père :
Mais cela n'empêche pas Mikael Blomkvist d'avoir ses propres idées, qui finissent également par la séduire :
Au bout du compte, ils prennent tout deux un avion pour Londres, où ils finissent par retrouver enfin la jeune femme qu'ils recherchaient depuis le début, Harriet Vanger - qui s'est depuis renommée Erika Berger (Robin Wright) :
Elle se remémore un tas de choses, entre autres que Gottfried Vanger a abusé d'elle durant une année quand elle avait 14 ans, qu'elle a fini par le tuer, mais que laissant son fils Martin à sa propre place, elle courait d'autant plus de dangers...
Elle a fini par s'enfuir à Londres, aidé par sa cousine Anita, et finalement, Mikael Blomkvist l'informe de la mort de Martin Vanger et de la grande sécurité qu'elle connaît désormais :
C'est alors que Harriet Vanger retourne en Suède, et retrouve enfin Henrik Vanger, son grand-oncle favori :
Conformément à ce qu'il avait promis, Henrik Vanger donne à Mikael Blomkvist les informations prévues sur Hans-Erik Wennerström, mais celles-ci s'avèrent obsolètes... Jusqu'à ce que Lisbeth Salander propose une autre idée, plutôt étonnante :
Elle se déguise en effet en blonde absolument parfaite, totalement opposée à son image habituelle, et se rend quelques jours en Suisse, retirant mine de rien deux milliards d'euros sur les comptes secrets de Hans-Erik Wennerström :
Rien que pour assister à ceci, son changement inhabituel de style et même de voix, n'hésitez pas à regarder ce court extrait :
Aussitôt cela fait, elle rend à Mikael Blomkvist l'argent qu'il lui avait prêté dans cet unique but - et ceci réussit d'ailleurs si bien qu'il publie sans tarder un éditorial cinglant sur Hans-Erik Wennerström, ce qui ruine celui-ci immédiatement :
Dans un premier temps, une réaction totalement positive de Lisbeth Salander se marque bien :
Hélas subitement envolée lorsqu'elle voit Mikael Blomkvist de nouveau avec sa femme Erika Berger (Robin Wright), visiblement très heureux ainsi... Du coup, elle jette à la poubelle le cadeau qu'elle avait prévu de lui offrir pour Noël, puis s'éclipse de nuit en moto, marquant ainsi la - triste ? - fin du film.
Que dire d'autre vis-à-vis de cet Opus ? Certes, il a largement remporté sa mise initiale, de 90 millions de dollars, mais s'est surtout reposé sur la prestation remarquable de Rooney Mara, qui a reçu à cette occasion de nombreux prix - entre autres, le Golden Globe et les Oscars 2012. Elle continue fort bien dans cette voie, de même d'ailleurs que David Fincher, dont je tiens presque chacun de ses films pour absolument génial !