AVIATOR (SCORCESE)
On vient de me prêter AVIATOR de Martin Scorcese, basé sur la vie assez délirante de Howard Hughes, et je dois dire que vu l'heure assez tardive, j'écris cet article dans la foulée, pour essayer de ne pas perdre l'énergie et l'émotion communicative que dégage ce film grandiose, encore une épopée (comme LAWRENCE D'ARABIE ou PATTON) où l'on ne voit guère le temps passer... Il est certain que quand un génie tente un film sur un autre génie, tautologie oblige, ça ne peut-être que... génial ! (à comparer avec le remarquable CHASSEUR BLANC, COEUR NOIR de Clint Eastwood, lui aussi consacré au destin de l'un des réalisateurs les plus "allumés" des années 50, John Huston).
Il faut dire que ce Howard Hughes était quand même quelqu'un. Complètement autodidacte et héritier d'une fortune colossale liée au pétrole texan, amoureux du cinéma comme de l'aviation alors naissante, il mise à 25 ans une énorme part de sa fortune sur un coup de poker : HELL'S ANGEL, à l'époque le film le plus cher de toute l'histoire du cinéma, une centaine d'avions, presque une quarantaine de caméras (sic !), plusieurs dizaines de jours de "weather days" (le cauchemar des producteurs, lorsqu'un réalisateur attend une météo bien précise pour filmer, et qu'il faut néanmoins pendant ce temps payer toute l'équipe) :
Mais non content de réaliser ou de produire (entre autres, le premier SCARFACE), toujours plus ou moins persécuté par la censure, il s'avère en outre un ingénieur et un visionnaire de génie, concevant certains des avions les plus révolutionnaires de son temps, fondant la TWA, assumant presque toujours le rôle de "pilote d'essai", parfois à ses plus grands risques et périls, notamment lors de ce "crash" spectaculaire en plein sur Beverly Hills qui lui valut d'être brûlé à 70%, y compris une centaine de fractures et même, chose rare à laquelle on ne survit normalement pas, un déplacement du coeur de la gauche vers la droite :

Ce qui, précisons-le, ne l'a pas empêché de fréquenter à l'époque les plus belles femmes du monde (c'est comme ça que je vois que je ne suis pas vraiment un génie, LOL !), notamment Jean Harlow, Katherine Hepburn et (RHAAAAH !) Ava Gardner.
On pourrait donc en déduire qu'il existe un "Dieu", ou au moins des "Anges Gardiens" pour les génies, mais c'est faux ; car tout se gâte hélas assez fâcheusement dans la seconde partie du film, où nous assistons consternés à l'acharnement de tous les pouvoirs "bien pensants" envers ce visionnaire, qui plus est pour de mauvaises raisons... Et notre pauvre "Chèvre" (Di Caprio, veux-je dire) incarne à vrai dire magistralement cet ultime Howard Hughes quasi ruiné, accablé de toutes parts, et de plus en plus en proie à ses folies obsessionnelles, curieusement les mêmes que cet autre grand génie du piano, Glenn Gould, phobie irrationnelle des microbes, et sentation permanente de paranoïa : Même si ce film regorge d'énergies positives et pleines d'espoir, il laisse néanmoins transparaître en toile de fond ce qui, malheureusement, semble être l'une des lois des sociétés humaines.Quelque part, tous les pouvoirs, tous les pays, et autrefois toutes les royautés, ont besoin de génies... Cela les valorise, à peu de frais pour eux, et comme l'on dirait aujourd'hui, avec une immense publicité à la clef pour pas un sou, ou presque. Qui pourrait nier, encore aujourd'hui, que Shakespeare soit la vitrine de l'Angleterre, de même que Michelangelo celle de l'Italie et Mozart celle de l'Autriche ? Le seul problème, c'est que le vrai génie ne connaît pas de lois (déjà divines) , et n'a a fortiori aucune envie de se laisser "emmerder" par les lois humaines... De là le "broyage" de Mozart, de Beethoven, de Vauban, de Rembrandt et de tant d'autres par le pouvoir absolu, mécanisme qui s'avère magnifiquement démontré dans ce film magistral de Martin Scorcese, qui fort heureusement nous a toujours habitué à l'excellence, et ne nous a que très rarement déçu (à vrai dire, je serais bien en peine de citer un "mauvais" film de Scorcese, c'est plutôt bon signe) ! Si vous avez un vidéo-club attitré, louez ce film de toute urgence ! Et sinon... et bien, si vous n'avez pas de télévision, comme je suis consterné de l'apprendre de la part de certains d'entre vous, et bien : lisez mon Blog !!! Ça vous donnera peut-être envie d'en acheter une , qui sait ??? Libellés : Biographie, Drame, Scorsese
DOLLS (KITANO)
Un film magique, au même titre que HANABI ou ZATOICHI (voir, à ce sujet, l'article BEAT), mais articulé cette fois autour d'un principe cher à Robert Altman - notamment dans les très brillants THE PLAYER et SHORT CUTS -, la coexistence fluide et aérienne de trois histoires d'amour simultanées, qui bien sûr, on connaît le bonhomme, à force, vont toutes finir de façon tragique. Et pourtant, la plupart de ses films ne sont pas dépourvus d'optimisme, bien au contraire ; mais leurs fins désespérées laissent à penser que l'auteur, tout comme Shakespeare ("It's a tale told by an idiot, and signifing nothing...", MACBETH, si je me souviens bien), semble considérer l'être humain dans son ensemble comme une sorte de marionnette balayée au gré du destin, telles ces poupées du Bunraku qui ouvrent magistralement le film (N.B : le Bunraku est une forme de théâtre très prisée à Osaka, proche du Kabuki, sinon que les acteurs en sont des marionnettes - avec les manipulateurs non cachés, mais ceci s'oublie très vite ! - et qu'un unique chanteur récitant interprète à lui seul tous les rôles, à ne pas manquer dès que la troupe repasse par Paris, retenez donc bien ce mot, Bunraku) :

Les amants réunis par la "corde rouge des clochards" (kojiki no nawa, 乞食の縄, désolé, j'ai investi 99$ dans mon traitement de texte japonais, il faut bien que je le rentabilise, maintenant, lol !) sont en route vers leur destin :

Comme toujours chez Kitano (qui à ses heures, outre acteur, présentateur, réalisateur, manie également très bien le pinceau, souvenons-nous des tableaux de HANABI), le film n'est pas avare de séquences sompteuses, magistralement cadrées, et souvent aux limites de l'onirisme :

  Il est vrai que ce n'est pas tous les jours que l'on peut voir un poisson s'habiller en kimono, lol !

Et pour conclure, les fameux érables de Takao à l'automne, recensés parmi les "merveilles" du Japon au même titre que la floraison des cerisiers (Sakura, 桜) au printemps, et ceci dès la littérature médiévale (par ex : 清少納言,枕の草子 : Sei Shônagon, NOTES DE CHEVET (1183), éditions Gallimard / Unesco). L'une des choses qui m'a frappé dans ce film (à nouveau, devrais-je dire, car la même idée m'était déjà venue à l'esprit dans certains plans de HANABI et de ZATOICHI), c'est la filiation avec la grande tradition chinoise, puis japonaise, de la peinture "sansuiga" (山水画, littéralement : peinture d'eau et de montagnes), dans laquelle l'homme, bien que souvent présent, occupe toujours une place microscopique au sein de la nature (le moine minuscule, dans la maison en bas à gauche) : 
Il est clair que là, c'est la nature elle-même qui est le principal acteur du film. En même temps, la filiation peut être double, puisque ce genre de plans existait déjà chez un pionner du cinéma, Sergueï Einsenstein (notamment dans IVAN LE TERRIBLE, 1944).
Bref, du cinéma brillant, inventif, audacieux, sublime visuellement, remarquablement interprété... du cinéma sans grands moyens ni gros budgets, en résumé : du cinéma comme on aimerait en voir plus souvent dans un petit pays comme le nôtre, qui après en avoir inventé le concept (cocorico !) semble depuis longtemps en avoir oublié l'esprit. BUY THIS DVD !!! この DVD 買いてくださいよ !!! Libellés : Drame, Japon, Kitano
CHARLIE ET... (BURTON)
On vient de m'offrir un DVD trop génial, malgré son titre innocent, CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE, probablement l'un des plus grands Opus de Tim Burton, un régal absolu d'un bout à l'autre... Ayez pour moi une pensée émue (voire même de gratitude), car trop frustré d'avoir perdu mon logiciel WinDVD Creator en changeant de PC, j'ai tout de même dépensé la modique somme de 50€ pour me le réapproprier sur Télécharger.com, et je vais vous dire : je ne regrette rien, car c'est vraiment le plus puissant de tous les lecteurs existants, paramétrable dans tous les sens, et permettant en outre de faire des dizaines de captures d'écran "à la volée", ce que je n'ai jamais vu sur aucun des soi-disants "fabuleux" lecteurs multimédias disponibles gratuitement sur ce site (d'où mon investissement). Mais revenons à nos moutons : CHARLIE, c'est tout d'abord, au premier degré, l'histoire d'un pauvre petit gamin des faubourgs qui, contre toute attente, finit par concrétiser son rêve : faire partie des cinq heureux élus conviés à visiter la mystérieuse et très secrète chocolaterie de Willy Wonka (Johnny Depp), une usine tout à fait farfelue où, entre autres exemples, ce sont des centaines d'écureils dressés qui s'occupent du tri des noix :
À lui seul, cet aspect des choses suffirait déjà à rendre le film intéressant et suffisament attractif pour nos chères têtes blondes toujours avides de friandises. Seulement voilà, ce n'est pas du Walt Disney, c'est du Tim Burton (BETTLEJUICE, MARS ATTACK, SLEEPY HOLLOW); et comme l'on pouvait s'y attendre, le film regorge de bonus cachés pour les adultes qui vont lire entre les lignes, à commencer par les quatres gamins qui vont accompagner Charlie dans son périple, stigmatisant à eux seuls les pires tares de l'Amérique (l'obésité, les concours de lolitas, les enfants gâtés, et les fondus de TV et de jeux vidéos) :



Sans être à proprement parler une comédie musicale, ce film brille également par de savoureux intermèdes chantés et dansés (Danny Elfmann), revisitant de façon totalement déjantée un certain nombre de styles musicaux pour, à chaque fois, épingler et commenter l'une des quatre tares en question : 
Quant aux citations, elles sont nombreuses et réjouissantes. La plus savoureuse, celle de 2001 (je ne vous en dis pas plus, car elle vaut son pesant d'or) : En résumé : avec ou sans enfants, un film à voir absolument !
Dans le Post suivant, et dans un genre radicalement différent, je vous parlerai d'un autre DVD totalement génial (comme le sont souvent les premiers films d'un auteur), SAW de James Wan. Là, par contre, il sera très fortement recommandé d'écarter résolument les enfants (voire même certains adultes un peu émotifs)... Libellés : Burton, Comédie, S.F
SAW (WAN)
Après Tim Burton, et (comme annoncé) dans un tout autre genre, l’arrivée d’un nouveau petit génie du cinéma indépendant, James Wan (né en 1977), qui avec son premier film SAW fait la preuve d’une maîtrise et d’une inventivité époustouflantes, puisque ce huis clos oppressant a été tourné en seulement dix-huit jours (j’hallucine, là !). Dans la digne lignée de premiers films célèbres tels que ERASER HEAD (David Lynch), PI (Daren Aranofsky) ou CUBE (Vincenzo Natali), le huis clos semble d’ailleurs être l’une des formes de prédilection des réalisateurs faisant leurs premiers pas dans le long métrage, bien sûr pour des raisons budgétaires évidentes, mais aussi probablement parce que cette forme resserrée et épurée permet de travailler le style en profondeur et sans effets inutiles (un peu comme le quatuor à cordes en musique, finalement).
Postulat initial proche de celui de CUBE (les deux films d’ailleurs primés au festival de Gérardmer, et connaissant un succès populaire totalement inespéré au départ par les distributeurs) : deux hommes se réveillent dans une salle de bain, enchaînés chacun par le pied aux deux murs opposés de la pièce. Lemme (j’adore ce mot, d’une part parce que je crois ne l’avoir jamais lu ailleurs que chez Spinoza, d’autre part car il va obliger des tas de paresseux à sortir leurs dictionnaires, et ça, ça me plaît, lol !) : l’un des deux dispose de six heures pour tuer l’autre, Adam (N.B : Leigh Whannell, le co-scénariste du film), faute de quoi sa femme et sa fille seront exécutées.

Sympa, non ? Car le "tueur", surnommé le "tueur au puzzle", n’en est techniquement pas un, selon les mots mêmes de l’un des personnages, puisqu’il ne se borne finalement qu’à placer des personnes soigneusement choisies dans des situations intenables, dont on peut se faire une petite idée avec les deux extraits suivants : 
Quelques "come-back" inattendus : celui de l’excellent Danny Glover, qui je crois n’avait plus tourné depuis sa dernière ARME FATALE, et encore plus surprenant, celui du masque du tueur, emprunté à un film déjà ancien de l’un des rois du "gothique" italien, j’ai nommé Dario Argento (LES FRISSONS DE L’ANGOISSE, 1975). 
Un film puissant sur la manipulation, le voyeurisme et la perversité de l’être humain… Certes, film d’horreur à n’en point douter, mais dans lequel le "thrill" (provoquer des frissons), contrairement à tant d’autres récents (THE RING, THE GRUDGE) s’avère moins une fin en soi que la conséquence de la démonstration presque philosophique d’une réalité humaine intangible, dans la digne lignée de films cultissimes comme LA MOUCHE ou ALIEN (celui de Ridley Scott, bien entendu). La fin du film, parfaitement imprévisible, mais d’une logique imparable, vous laissera totalement sans voix, ça, je peux vous le garantir… (mais ne vous précipitez pas sur les suites, car j’ai ouï dire que les "sequels" SAW2 & SAW3, d’un autre réalisateur, étaient en l’occurrence de la pure daube, tout comme le CUBE2, d’ailleurs) ! 
Attention, Warning, Achtung, Kiotsukete : à moins de vouloir en faire des névrosés à vie, ne laissez jamais traîner ce DVD dans la maison à portée de vos enfants ! Le film était d’ailleurs interdit – à juste titre - aux moins de seize ans (ce qui est devenu très rare). Pour situer, disons qu’il faut au moins être capable d’encaisser de l’horreur visuelle à hauteur de SEVEN, et de l’horreur psychologique (pire !) au niveau de DOGVILLE – ce qui place tout de même la barre assez haut, mdr ! Vous pourrez d’ailleurs vous en faire une petite idée en regardant la bande annonce sur Allociné (SAW) ou tout autre site similaire, presque plus terrifiante que le film lui-même, par la place que le peu de "donné à voir" laisse à votre imagination.
Dernière petite digression, autour du titre, triplement significatif : SAW, le passé du verbe "voir" (allusion au voyeurisme du principal protagoniste du film), (JIG)SAW, le "puzzle", surnom du tueur, mais aussi parfaite métaphore du puzzle scénaristique auxquels les spectateurs sont confrontés, et pour finir, SAW, la "scie", instrument providentiel et indispensable, sinon que, comme se le demande l’un des deux enchaînés : "Est-ce qu’il veut que l’on scie nos chaînes… ou veut-il que l’on scie nos pieds ?"...Incidemment, c’est du reste l’occasion de remarquer ce qui distingue les vrais "génies" créatifs des simples tâcherons, tout comme en musique : l’économie de moyen d’une part, l’ultra pouvoir signifiant de chaque cellule, le sens de la variation (les trois phénomènes étant presque, comme la Sainte Trinité, "un et indivisibles"). Pour preuve la petite variation sémantique suscitée sur SAW, mais aussi sa déclinaison visuelle : 
Ce dernier plan (l’un des tout premiers du film, en fait, lorsque Adam, s’éveillant de sa torpeur, demande à l’autre d’allumer la lumière) ne PEUT tout simplement pas avoir été tourné par hasard, tellement c’est brillant : le premier néon, abîmé, sur lequel Adam lève les yeux, se trouve justement affecter la forme d’une scie !
Bref ! À la suite de Daren Aranofsky et Vincenzo Natali (dont les seconds films REQUIEM FOR A DREAM et CYPHER n’ont absolument pas déçu), un nouveau petit génie à suivre de très près : Monsieur James Wan, de Malaisie (SAW en DVD : moins de 10 Euros sur Cinéstore) ! Libellés : Drame, First Movie, Horreur, Thriller, Wan
2001 (KUBRICK)
Comme je suis en ce moment en train de dévorer un livre un peu ardu, mais des plus passionnants, sur Stanley Kubrick (Films & Fictions de Stanley Kubrick, Jordi Vidal, éditions Allia), que m'a offert une petite princesse syrienne de mes amies, ça m'a donné subitement une furieuse envie de revoir ce chef d'oeuvre absolu que représente 2001 ODYSSÉE DE L'ESPACE, et bien que ça soit (au bas mot) la dixième fois, l'émotion de la première vision s'avère toujours intacte, et l'on ne ressort jamais complètement indemne de ce film d'une beauté hallucinante du premier jusqu'au dernier plan, qui plus qu'un film, d'ailleurs, est en réalité une "expérience", de même que lorsque l'on découvre pour la première fois une symhonie de Mozart ou de Mahler. On ne peut mieux dire que le maître lui-même, qui adorait la musique classique à un point inimaginable : "J'ai essayé de créer une expérience visuelle, qui contourne l'entendement et ses constructions verbales, pour pénétrer directement l'inconscient avec son contenu émotionnel et philosophique. J'ai voulu que le film soit une expérience intensément subjective qui atteigne le spectateur à un niveau profond de conscience, juste comme la musique ; "expliquer" une symphonie de Beethoven, ce serait l'émasculer en érigeant une barrière artificielle entre la conception et l'appréciation. Vous êtes libre de spéculer à votre gré sur la signification philosophique et allégorique du film, mais je ne veux pas établir une carte routière verbale pour 2001 que tout spectateur se sentirait obligé de suivre sous peine de passer à côté de l'essentiel".
On y retrouve bien sûr le perfectionnisme du maître dans les moindres détails, que certains taxent de maniaquerie ou d'intellectualisme (mais comme le disait déjà Schönberg à qui l'on faisait le même reproche : "j'aime autant composer comme un intellectuel que comme un imbécile" !). Un exemple au hasard, ce plan parfait de la panthère, que Kubrick a certainement dû tourner un nombre incalculable de fois, jusqu'à ce que les yeux reflètent au moment précis "M" la lumière du soleil dans l'axe de la caméra : Le fameux monolithe, qui a fait couler tant d'encre... Est-ce Dieu ? Ou non ? Ou peut-être un peu ? (Kubrick lui-même n'a d'ailleurs jamais souhaité souhaiter donner d'interprétation très claire à ce sujet, et on peut supposer qu'il préférait lui aussi laisser la porte ouverte à une multitude d'interprétations). Quoi qu'il en soit, c'est bien suite à l'apparition du fameux monolithe que les singes découvrent la "technologie", autrement dit, l'art d'utiliser un objet - pas anodin, du reste, l'os - pour un autre usage que sa destination initiale. Encore un exemple de la "maniaquerie" de Kubrick : en accompagnant cette scène extraordinaire par le non moins extraordinaire ALSO SPRACH ZARATHOUSTRA de Richard Strauss, il s'est débrouillé pour que le moment crucial de cette "découverte" révolutionnaire coïncide avec la première modulation en Fa Majeur du thème, en décuplant pour ainsi dire l'effet sur le spectateur (il utilisera par la suite cette technique dans la scène finale de BARRY LINDON, en la poussant à son degré de perfection absolu). Et bien évidemment, surtout à l'échelle de l'univers, il n'y a qu'un pas pour passer du silex à l'internet, comme le démontre Kubrick par le raccourci sans doute le plus célèbre (et le plus génial, il faut bien l'admettre) de toute l'histoire du cinéma : lancé vers l'espace, l'os amorçant sa descente se transforme subitement en un vaisseau spatial de même taille apparente sur l'écran : 
Une des choses les plus hallucinantes, dans ce film qui a tout de même presque quarante ans (1968), c'est qu'absolument RIEN n'a vieilli, qu'il s'agisse de la conception des vaisseaux, des voyages dans l'espace et même, plus rare, des ordinateurs (pour tout dire, même celui d'un de mes films préférés, ALIEN (1979), "Mother", fait carrément rigoler à côté, avec ses petites lumières qui clignotent dans tous les sens). À noter pour la petite histoire : cet ordinateur (si dangereux qu'il est même capable de lire sur les lèvres !) se prénomme HAL, lettres qui correspondent étrangement à un géant de l'informatique si on les déplace d'un cran dans l'ordre de l'alphabet.
Même les effets spéciaux de la phase visuellement la plus bluffante du film (l'arrivée sur Jupiter) n'ont pas vieilli d'un iota, alors qu'ils reposent presque uniquement sur des trucages à base de flaques d'huiles, de solarisations, et surtout d'un montage extrêment rusé et nerveux. Voilà, c'est le génie à l'état pur, il n'y a pas de mot pour décrire cette séquence magique, dont l'impact est tel que l'on a encore les yeux qui clignotent en sortant du cinéma, alors qu'elle ne représente que cinq minutes de ce film de deux heures vingt : 




Pour conclure avec les deux scènes les plus déroutantes du film, celles qui ont découragé dès le départ même les spectateurs les plus assidus, les scènes "au-delà de l'univers", et qui donc, selon une logique Einsteinienne, n'obéissent plus aux mêmes lois temporelles. Voici pourquoi le cosmonaute se voit, dans le même instant, adulte, vieillard, puis foetus, le fameux "foetus astral" qui a donné son titre à un livre entier consacré à ce film (Jean-Paul Dumont et Jean Monod, Christian Bourgeois éditeur, très ardu, car très orienté sémiologie comme c'était la mode à l'époque, mais tout aussi passionnant que le premier sus-cité). On peut même voir ces ultimes scènes comme une "Cène" à proprement parler (comme le suggère l'étonnant site The space odyssey explained), avec toute la symbolique implicite des plans montrant longuement le verre qui se brise, alors que le vin demeure (le contenant - le corps - disparaît, alors que le contenu - l'esprit - demeure à jamais). On rejoint ici des thèmes rarement abordés au cinéma, et pour cause : l'absence de temporalité, les univers parallèles et coexistants, l'analogie de structures entre l'infiniment petit et l'infiniment grand.  
Bref, je suis HEU-REUX ! Deux heures et demi de pur bonheur visuel, musical et intellectuel, ce n'est pas tous les jours qu'on a droit à ça au cinéma ! Plus deux bonnes heures pour extraire les photos, les compresser en jpeg, les charger sur le site, écrire le texte (vous avez vu, c'est moins bâclé que d'habitude, je vous épate, là, lol !)... bref, au total, pas loin de cinq heures dans la navette spatiale, un vrai voyage sans bouger de chez soi !Kubrick reconnaissait par ailleurs que la plupart des cinéates se souciaient très peu de la forme, en n'essayant presque jamais de sortir de la structure narrative habituelle. Et il est vrai qu'à part Cronenberg, Lynch et Tarentino, bien rares sont les exemples de tentatives novatrices en ce domaine (mais c'est un art jeune, comparativement à la musique : il faut donc peut-être tout simplement laisser du temps au temps, avant qu'apparaissent les futurs Beethoven, Berlioz, Liszt ou Schönberg du cinéma)... Dernier exemple de cette modernité : le film débute par trois "vraies" minutes d'écran noir, seulement accompagnées par le REQUIEM de Ligeti, phénomène qui se reproduit par la suite exactement à l'identique à 1h24' (entracte), on imagine le "flip" dans un vrai cinéma ! Et le meilleur critère de cette modernité, c'est que ces six minutes sont toujours systématiquement (et sauvagement, il faut bien appeler les choses par leur nom) coupées lors des rares diffusions TV de ce film, sauf par ARTE, inutile de le préciser... Un film qui fait encore peur près de quarante ans après sa sortie, et bien moi, je dis (comme Schumann à l'égard de Chopin) : "Chapeaux bas, messieurs. Un génie !". Quelques (bons) liens pour en savoir plus : trois descriptions et analyses assez fouillées sur SF Story, sur DvdClassik et sur Objectif cinéma, ainsi qu'un quatrième site tout à fait surprenant (The space odyssey explained), qui nous résume en dessin animé les quatre grandes parties du film, avec de petites explications qu'on peut trouver anodines au début, mais qui en réalité sonnent souvent juste et pointent pas mal de pistes intéressantes, notamment en ce qui concerne l'évolution de l'homme, l'outil et la technologie (avec en plus, un bon choix de langues à la clef, y compris le japonais). Si j'ai pu donner envie, ne serait-ce qu'à une seule personne, d'aller de toute urgence louer ou acheter ce chef d'oeuvre absolu... et bien voilà, c'est toute la justification du temps passé sur ma petite machine chérie (faudra que je pense à lui donner un prénom, un de ces jours...). LOOOOL !!! Libellés : Drame, Inclassable, Kubrick, S.F
DOGVILLE (VON TRIERS)
Un vrai chef-d’œuvre en perspective... DOGVILLE de Lars von Triers avec Nicole Kidman (2003, Palme d’Or à Cannes), film de presque trois heures, mais que l'on ne sent absolument pas passer. Attention, malgré sa (quasi) absence de scènes de violence ou d’horreur, ce film est l’un des plus traumatisants que je n’ai jamais vu, pour tout dire, j’ai acheté le DVD il y a un an, et je n’ai toujours pas osé le remettre dans le lecteur, lol ! L’histoire d’une pauvre fille qui, fuyant l'on ne sait trop quoi (au début), se réfugie dans un petit village, où elle est admirablement accueillie, sans que personne ne lui demande rien en échange. Du coup, culpabilisant peu à peu, elle commence à proposer son aide, ça et là, à différents membres de la communauté, qui au début acceptent un peu à contrecoeur, mais finissent vite par y prendre goût… de sorte qu’insidieusement, les rapports de forces s’inversent pour faire peu à peu de Nicole Kidman une sorte d’esclave corvéable à merci, situation qu’au bout d’un moment elle va bien sûr tenter de fuir, avec des conséquences encore plus désastreuses, je ne peux pas vous en dire plus, hélas, ce serait trop déflorer du mystère de ce film étonnant, étrange et dérangeant… L’un des étranges parti pris de ce film réside en outre dans l’absence de vrai décor : les maisons du village sont seulement matérialisées par des traits de craie au sol, de sorte que lorsque quelqu’un pénètre dans l’une de ces maisons, on entend bien le bruit du pêne dans la serrure, mais l’on ne voit qu’un acteur mimant le geste d’ouvrir une porte. Cela peut certes paraître un peu artificiel au début (encore que l’on s’y habitue très vite), mais au fond, c’est une puissante métaphore de la vie de village : tout le monde sait tout au sujet de tout le monde, mais tout le monde fait comme s’il ne savait rien. Ceci apparaît de façon très nette dans la scène du viol, qui est l’une des plus éprouvante du film : à l’écran, tout le monde voit le viol s’accomplir réellement (puisque les maisons n’ont pas de murs), mais les autres villageois passent tout autour sans y porter la moindre attention, BRRRR… Glaçant. Et en même temps dans la digne lignée du génial DANCER IN THE DARK (ben oui, forcément, c’est avec Björk, et en plus, elle a fait toute la bande son), avec cette terrible morale à la clef : il y a certes des bourreaux en ce bas monde, mais pourraient-ils seulement même exister s’il n’y avait, peut-être préalablement, des victimes quasi consentantes ??? Big, big, big question… Libellés : Drame, Inclassable, Von Trier
EYE'S WIDE SHUT (KUBRICK)
Une fois n'est pas coutume : un article sans la moindre photo (bien que ce ne soit pas l'envie qui m'en manque), au sujet du film le plus génial de Stanley Kubrick, que m'a fait parvenir le célèbrissime ténor Marco A*** (que je remercie pour ce précieux don) : Considéré par Sigmund Freud comme son alter ego, ou son "jumeau psychique" , Arthur Schnitzler, lui-même ancien médecin, fut l'écrivain du refoulement, le romancier-psychanalyste, l'explorateur audacieux des désirs subconscients, des connexions entre la vie éveillée et le songe, des liens qui unissent l'éros et la pulsion de mort. On trouve dans son oeuvre (pièces, nouvelles) de nombreux portraits de femmes jouets des libertins dans la Vienne crépusculaire des Habsbourg, jeunes filles des faubourgs à l'âme innocente et considérées par leur amant comme des amourettes sans lendemain, Liebelei bafouées, comtesses ou artistes renvoyées à la grisaille de leur vie quotidienne, épouses ou maîtresses soumises et résignées. Il serait erroné d'en faire un auteur féministe. Proies des séducteurs, ces héroïnes demeurent cantonnées à leur rôle d'objet sexuel, partenaires de jeux éphémères, invitées à porter le masque du plaisir par intermittence. Schnitzler détestait les écrivains qui mettent à nu leur vie privée dans leurs écrits. On sait néanmoins, parce qu'il a rédigé un journal dans lequel il tenait scrupuleusement la chronique de ses rapports sexuels, que cet homme à femmes était un amant jaloux, "tourmenté par le besoin de connaître tous les détails de la vie antérieure de ses conquêtes" , dit Jacques Le Rider, qui ajoute : "Il note sans indulgence les interrogatoires pénibles auxquels il soumet ses maîtresses, et sa correspondance amoureuse contient plusieurs lettres qui sont des torrents de reproches et d'imprécations à l'adresse d'une amante prise en flagrant délit d'infidélité. Tous ces documents permettent d'affirmer le caractère autobiographique de ces représentations d'hommes dominateurs, à la fois donjuanesques et incapables de concéder à la femme la moindre parcelle de liberté des moeurs qu'ils considèrent comme toute naturelle pour eux-mêmes" (1). Comme ses contemporains, les dramaturges Ibsen et Strindberg, Schnitzler était otage de ce douloureux paradoxe qui nourrit nombre de toiles du peintre Edvard Munch, où des hommes souffrent de voir des femmes (fausses madones au visage de cadavre) "marcher comme les hommes" , sans interdits. En salon, ces messieurs exaltaient le droit des insoumises à pratiquer l'amour libre ; en privé, ils les identifiaient aux vampires. "Schnitzler n'est pas un défenseur de l'institution patriarcale d'époque victorienne. Mais il ne croit pas aux couples libérés, ni aux femmes émanci pées." (Le Rider). Cet instinct rétrograde est sensible dans l'une de ses plus célèbres nouvelles, Mademoiselle Else . Pour obtenir le prêt d'une somme considérable dont son père a besoin pour s'épargner scandale et prison, une jeune fille accepte le vil marché que lui propose un vieux bailleur de fonds à monocle ; elle descend dans la salle de musique d'un grand hôtel, nue sous son manteau, qu'elle laisse tomber devant le "salaud vibrionnant" , avant de s'empoisonner au véronal. Cette vierge otage d'une famille abusive, Schnitzler la dépeint comme une hystérique troublée par des désirs obscurs. On retrouve l'équivalent de ce personnage de vieux libidineux usant de son pouvoir pour "voir" une fille nue dans Eyes Wide Shut ("Les Yeux grand fermés"), le film que Stanley Kubrick voulait adapter depuis 1963 de Traumnovelle ("La Nouvelle rêvée", 1925), envisageant d'abord d'en faire un film en costumes transposé à Londres, et qu'il finit par porter à l'écran en 1999 en la transposant à New York de nos jours. Il s'agit de Ziegler, un millionnaire qui s'offre de mirifiques prostituées droguées (victime d'une overdose, l'une est filmée comme une chose affalée sur un fauteuil), participe à des orgies organisées pour une élite, et qui menace le héros (Tom Cruise) de représailles s'il s'obstinait à en savoir plus sur ces cérémonies rituelles. Kubrick partage avec Schnitzler le goût du secret, la hantise de se livrer. Il a prouvé qu'il était sensible aux valses viennoises (dans Les Sentiers de la gloire et 2001). Or, s'il a maintes fois montré de tels mâles affamés de chair fraîche, c'est, comme ici, pour les opposer à la virilité inquiète du jeune premier, mais aussi pour souligner le cynisme des prédateurs : un vieux truand harcelant une hôtesse de dancing dans Le Baiser du tueur, un quinquagénaire convoitant une nymphette de 14 ans dans Lolita , un général couchant avec sa secrétaire dans Docteur Folamour , un vieillard paralysé marié à une belle Lady dans Barry Lyndon . Ziegler n'existe pas dans la nouvelle de Schnitzler, où prime le refoulement du désir : image repoussoir du démiurge (manipulateur, metteur en scène), il est désigné par Kubrick comme représentant d'une classe qui impose des stéréotypes de domination sexuelle, des fantasmes pervers, des vices bourgeois. Que raconte l'histoire de "La Nouvelle rêvée", à laquelle Kubrick a voulu rester fidèle ? Comment un couple se retrouve-t-il contraint de gérer le conflit entre un désir de sécurité, d'ordre, de respect des codes sociaux, et un désir d'aventures, de transgression ? Schnitzler étant pétri de morale traditionnelle, il n'octroie à l'épouse que des aventures oniriques, tandis qu'il lance le mari dans des aventures tangibles. Albertine (Alice chez Kubrick) avoue à Fridolin (Bill) qu'elle a eu le fantasme de l'infidélité, et lui reproche de ne pas confesser qu'il ait pu en avoir eu autant. Troublé, ce dernier erre, le temps d'une nuit (rêve ou réalité ?), rencontre une femme qui, au chevet de son père récemment décédé, lui fait des avances (éros et thanatos), une prostituée atteinte du sida (idem), une nymphette aux poses aguicheuses, un ancien camarade qui l'intronise dans une orgie. Sans jamais passer à l'acte. Ses pérégrinations ont irrité les libertins (Bill résiste à la transgression), les féministes (Bill est la proie de tentatrices). On a reproché à Kubrick sa morale conservatrice : il se demande s'il "y a une différence entre rêver une aventure sexuelle et en avoir une" , pour conclure à la nécessité de survie du couple, de l'ordre sexuel domestique. Ce qui ne veut pas dire qu'il plaide pour la répression des pulsions. Comme dans Docteur Folamour, 2001 ou Shining, Kubrick explore le labyrinthe mental et sonde les arcanes du cerveau. Eyes Wide Shut ne veut pas dire qu'il faut fermer les yeux pour sauvegarder son couple, mais qu'il convient de savoir assumer ses songes et résister à l'hypnose insidieuse qu'exerce la société du spectacle. Critiquée par certains à cause de son caractère stylisé, bateau, grotesque, l'orgie est représentée comme une mascarade indigente, fruit des médiocres fantasmes des maîtres du monde. A partir de l'invitation d'une femme suggérant un passage de l'autre côté du miroir (face à sa glace, elle se prénomme Alice dans le film), Schnitzler et Kubrick s'interrogent tous deux sur le bien-fondé de l'échange de confessions du surmoi, et sur l'acte de regarder. Quoi d'étonnant, chez un cinéaste dont l'oeuvre est hantée par les masques (ruse d'auteur de hold-up dans L'Ultime Razzia , faux visage de carnaval aux grimaces sardoniques pour Alex et ses droogs (amis) dans Orange mécanique , mines de spectres blafards dans Barry Lyndon ), que cette fascination pour un récit sur la façon dont la réalité occulte le rêve et dont le rêve ronge le réel ? A la fin d'Eyes Wide Shut , Bill trouve le masque dont il avait dû faire usage pour pénétrer dans le château des maléfices, posé sur l'oreiller conjugal : il n'en a plus besoin, sa femme sait ses affres intimes, "on n'est vraiment bien que chez soi" , dit-elle, citant Le Magicien d'Oz . Ce qui a été dit n'a pas besoin d'être montré. Les voilà "éveillés, pour longtemps, espérons-le". Il sait sa femme susceptible d'être courtisée par un vieux beau à la Lubitsch et d'avoir des pensées impures ; elle sait désormais qu'il s'est égaré hors des désirs codifiés. Ils n'ont plus qu'à "baiser". Il aura fallu que Bill réapprenne à poser les yeux sur une épouse qu'il avait désérotisée. "Tu ne m'as même pas regardée" , lui dit-elle après lui avoir demandé si sa coiffure était "OK" pour la soirée qu'ils s'apprêtent à rejoindre. Et pourquoi celle-ci fut-elle envahie par le désir de faire l'amour avec un bel officier rencontré jadis ? "Il a juste posé un regard sur moi." Il aura aussi fallu qu'il apprenne à scruter ce que Freud décrit comme un abîme inquiétant : son subconscient. Et que, lors de la fameuse cérémonie orgiaque où il s'introduisit grâce à un mot de passe erroné ("Fidelio" , titre de l'opéra de la fidélité conjugale), il fasse un apprentissage : à la fois ôter le masque qui lui servait de paravent aux affects, l'écran qui lui cachait les désirs illégitimes ; et refuser de s'en servir comme les adeptes de cette partouze pour voyeurs. Symbole d'un refus de voir les images que lui projette sa libido, le masque est aussi l'artifice dont usent ceux qui veulent voir sans être vus, épier les coïts d'hommes et de femmes eux-mêmes sans visages. On se souvient du chapitre que Freud consacre dans L'Interprétation des rêves au "Rêve de confusion à cause de la nudité" : pour un ancien officier, porter un costume contraire aux règlements équivaut à se promener nu dans la rue. Intrus dans un univers de débauchés, Bill est invité, pour expier, à se déshabiller. Il refuse d'obtempérer. Séducteur révélant une capacité d'autocritique, Schnitzler paraphrase Freud, mais pour montrer que son héros doit, d'une part, se débarrasser du signe de sa culpabilité, de son hypocrisie, et, d'autre part, résister aux simulacres "réglementaires". Kubrick, lui, a voulu que les femmes livrées aux convoitises de la secte évoquent les clichés érotiques d'Helmut Newton : pin-up nues en talons aiguilles observées par des richards en tenue de soirée. Il se désolidarise de ce type de mise en scène machiste. Il y a là, peut-être, un aveu commun de l'écrivain (ancien médecin) et du cinéaste (féru de photographie), tous deux moralistes, d'obéir à une éthique. (1) Arthur Schnitzler ou la Belle Epoque viennoise , Berlin, "Voix allemandes", 2003.
(Article paru dans l'édition du 15.07.05, LE MONDE DES LIVRES) Libellés : Drame, Inclassable, Kubrick
ZATOICHI (KITANO)
RHOOH, m'enfin c'est les vacances, quel pied !!!
Outre le fait qu'un très bon ami à moi m'ait amené hier un extraordinaire Moulis (Château Maucaillou 2001, la grande classe, en vérité !), j'ai aussi fêté ça à ma façon en me faisant une petite "razzia" chez mon soldeur de DVD favori, m'offrant dans la foulée quatre titres : BROKEN ARROW de John Woo (bof, bof !), L'EFFET PAPILLON (pas mal, et pour une fois avec des bonus sur la "théorie du chaos" assez intéressants, de même que les bonus de CUBE2 sur l'hypercube et la quatrième dimension), OUTLAND de Peter Hyams avec Sean Connery, mais bon, ça, je savais déjà que c'était un chef-d'oeuvre absolu, et pour finir, "last but not the least", ZATOÏCHI de Takeshi ("Beat") Kitano, sur les recommandations récentes de mon bon ami Frédéric.
Alors voilà, bon, c'est du 100% Kitano tout craché, il faut au moins le voir deux fois pour s'y repérer, vu sa conception extrême du montage "cut" : jamais de transition, aucun enchaînement entre les plans, aucun indice de temporalité ne renseignant sur la nature (passée, présente ou future/fantasmée) du "donné à voir", de sorte que la première lecture s'avère toujours extrêmement déroutante - de même que dans HANABI, l'un des ses films les plus accomplis (palme d'or à Cannes), ou encore ANIKI, MON FRÈRE.
L'histoire : celle du mythique Zatoïchi, samouraï aveugle officiellement masseur et joueur professionnel, mais que sa cécité n'empêche absolument pas de se révéler (pratiquement) imbattable au sabre. Un héros absolument mythique du cinéma japonais (tout comme Godzilla et Mothra), puisque pas moins de quatorze moutures de ce Zatoïchi ont été tournées avant cette version de Kitano, la plupart datant de l'époque du noir & blanc.
Ce que j'adore chez Kitano : son air d'être là sans être là, inimitable... Chaque plan sur son visage bourré de tics semble toujours voulours dire en contrepoint : "Bon, je suis là et je fais ça, mais je pourrais aussi bien être ailleurs et faire autre chose...", avec une espèce de façon de s'en contrefoutre qui n'appartient qu'à lui. Du coup, il s'avère totalement génial dans le rôle de Zatoïchi, alternant les scènes calmes et méditatives :

... avec d'autres bien plus violentes, dignes de KILL BILL de Tarentino, et d'une violence d'autant plus efficace qu'elle succède généralement, sans la moindre transition, à de longues plages de calme (c'est le style Kitano, en résumé, on aime ou on n'aime pas, mais c'est vraiment SA signature) :


Et bien sûr, comme toujours - encore une fois - chez Kitano, toute une galerie de personnages secondaires aussi farfelus qu'improbables, tel ce voisin débile ("baka") qui rêve à tout prix de devenir samouraï :
... ou encore ces deux belles geishas, dont l'une (je dis bien) est le "frère" de l'autre, et d'ailleurs pas forcément la moins jolie (mais je reste toujours 100% hétéro, rassurez-vous !), référence étant faite en cela au rôle traditionnel des "Onnagata" dans le théâtre Kabuki (N.B : hommes jouant les personnages de femmes) :

Bref ! En résumé : c'est inventif, brillant, novateur, fascinant, visible plusieurs fois à différents niveaux, et bien sûr, le charisme absolu de Kitano, pour tous ceux qui aiment (j'adore !), fait toujours son petit effet, lol !S'il vous reste 10€ dont vous ne savez pas quoi faire ce mois-ci, et bien, n'hésitez pas ! Et merci à toi, Frédo, pour m'avoir chaudement recommandé ce film. Bien que pris (un peu) de panique à la première vision, je n'ai vraiment pas regretté !!! Libellés : Action, Drame, Japon, Kitano
TAMPOPO (ITAMI)
Un véritable chef-d'oeuvre, TAMPOPO ("Pissenlit", en japonais) de Jûzo Itami, une réflexion sur la nourriture encore dix fois plus puissante que le bien connu FESTIN DE BABETTE... Film irracontable, extrêmement brillant formellement, car on pourrait presque le qualifier de film à "sketches", n'était la construction extrêmement fluide et rigoureuse qui fait que tous les (nombreux) épisodes, tous dédiés à la nourriture dans ses aspects formels, rituels, sexuels, s'enchaînent de façon quasiment magique en abordant absolument TOUTES les connotations possibles de cet acte quotidien, mais pas forcément toujours simple : manger. Le grand style de Itami, qu'on pourrait peut-être un peu comparer à celui de Woody Allen : c'est à la fois très (très) drôle, et extrêmement profond. Ne surtout pas rater la scène d'ouverture, où un vieillard "briefe" son disciple sur l'ordre et la bonne façon d'attaquer un plat de Ramen ("Tout d'abord, tu touches le porc... mais attention : pas pour le manger ! Tu l'effleures avec amour, comme pour lui murmurer : "à tout à l'heure"... Ensuite, regarde bien ce bouillon", etc.) :
Mais il y en a vraiment pour tous les goûts, et toutes les cuisines du monde sont épinglées tour à tour (la scène à hurler de rire dans le grand restaurant français), ou encore la "professeur" de cuisine italienne qui enseigne à ses élèves comment manger les nouilles sans faire de bruit - alors qu'au Japon, il s'agit d'une atttitude normale et même plutôt "polie".
Vraiment à ne pas manquer... Pour moi, il s'agit vraiment d'un film "culte", tout ce qu'il y a à dire sur le sujet y est dit et bien dit, la réalisation est brillante, les acteurs sont excellents, et formellement, c'est très innovant, avec de nombreuses "mises en abîmes", et un paquet de citations cinématographiques célèbres (notamment MORT À VENISE de Visconti)... Et que dire du générique de fin (surtout, ne coupez pas à ce moment-là), l'immensément lent travelling avant sur le petit bébé en train de téter le sein de sa mère ! RHOOOOH, c'est trop génial, ce film, je l'adore, et donc je vous le conseille à 200% (vu que ça ne passe pas vraiment très souvent) !!!
Libellés : Comédie, Itami, Japon
A PERFECT DAY (JOREIGE)
Le film A PERFECT DAY ("Yawmon Akhar", en libanais) vient de sortir en France le 1er Mars 2006 dans une vingtaine de salles de cinéma. C'est le second long métrage des cinéastes libanais Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, après le bien connu AUTOUR DE LA MAISON ROSE ("Al bayt al zaher", comme je le dis souvent). Ce film a fait le tour des plus grands festivals internationaux et récolté près d'une dizaine de prix.

Il est rare qu'un film libanais puisse être projeté dans les salles en France. La concurrence est impitoyable, notamment face aux "Blockbusters" américains et aux navets français, donc allez-y le plus vite possible, car ces "petits" films de pays à priori peu producteurs (Iran, Corée, etc...) sont souvent de vrais petits bijoux, comme l'on a de temps en temps l'occasion de s'en apercevoir sur ARTE, et ce sont souvent les tous premiers jours d'un film en salle qui décident de son maintien pour une semaine supplémentaire ! (Juste pour illustrer, quelques photos de Beyrouth prises par Vincenttheone myself cet été).
Comme le souligne judicieusement le docte et néanmoins charmant Mr Basile Choueri : "Le film ne pourra pas bénéficier d'une grande campagne publicitaire, mais nous comptons sur la communauté libanaise et ses amis pour faire circuler l'information et montrer aux acteurs du cinéma en France que les films libanais peuvent intéresser un public de plus en plus large !". Voici quelques informations sur le film A PERFECT DAY : Résumé : 24 heures dans le Beyrouth d'aujourd'hui, une disparition non résolue, un amour qui s'échappe, un "jour parfait" pour retrouver ceux que l'on a perdus. L'histoire : 24 heures de la vie de Malek. Le jeune homme qui vit avec sa mère, Claudia, est victime du syndrome de l'apnée du sommeil, et s'endort sitôt qu'il ne bouge pas. En ce jour, Malek a réussi à convaincre Claudia de se rendre chez un avocat pour déclarer officiellement la mort du père, disparu 15 ans plus tôt. Il va alors tenter de retrouver un rythme plus synchrone avec les autres, la ville et surtout Zeina, la femme qu'il aime mais qui ne veut plus le voir. Il se fond dans Beyrouth, ses rues, ses bars, à la recherche de Zeina, dans l'espoir qu'elle lui offre une seconde chance. Et si aujourd'hui était "le jour parfait" pour échapper à ses fantômes et retrouver ceux que l'on a perdus ? (P.S : En outre, Beyrouth, avec sa cohabition de nombreuses religions, son passé très ancien et les meurtrissures de la guerre récente lisibles à chaque coin de rue, est une ville suffisament étrange et fascinante pour que ce seul aspect mérite déjà, à lui tout seul, votre intérêt. Croyez-moi sur parole !).Soutenons nos amis Libanais, ils le méritent !!! Libellés : Drame, Joreige
CAPRICORN ONE (HYAMS)
Un vrai chef-d'oeuvre, pour le coup ! Qu'il s'agisse de la photo, de la direction d'acteurs, du montage, et bien sûr du scénario totalement machiavélique, rien à dire : c'était vraiment du très grand Peter Hyams (malgré le doublage calamiteux, pourtant sur ARTE), et j'espère pour vous que vous n'avez pas loupé ce petit bijou, dont la diffusion sur le petit écran est plutôt très rare. En tous cas, moi, je ne regrette pas de me l'être conseillé à moi-même, c'est déjà ça, et comme on dit : c'est mon avis, et je le partage ! Argument pour mémoire : afin d'assurer le succès à 100% d'une mission spatiale (faute de quoi le Congrès ne reconduira pas le budget de la NASA), quelques-uns des responsables de la mission décident en secret de mettre toutes les chances de leur côté en extrayant in extremis les trois cosmonautes de la capsule de lancement (qui du coup est envoyée "vide" dans l'espace !) pour les transférer dans une base militaire ultra-secrète en plein désert, où il pourront en toute sécurité filmer un "faux" débarquement sur Mars. Mais bien sûr, l'un des ingénieurs de la NASA commence à trouver cela un peu louche, car les signaux vidéos lui parviennent légèrement avant les signaux de la "vraie" fusée, et bien sûr, il ne tarde pas à disparaître dans des circonstances obscures, et bien sûr encore, son meilleur ami (Eliott Gould) n'est autre qu'un journaliste particulièrement entêté et tenace... Je pense vous avoir suffisament mis l'eau à la bouche, non ?
Libellés : Drame, Hyams, S.F, Thriller
LA RELÈVE (EASTWOOD)
LE film qui marque véritablement l'entrée dans la cour des grands de Clint Eastwood réalisateur (1990), film après lequel il n'y aura qu'une avalanche ininterrompue de chefs-d'oeuvre, de IMPITOYABLE jusqu'à MILLION DOLLARS BABY. La "classe" absolue, en vérité... Il faut bien le dire ! Une fois de plus, comme j'ai ce DVD depuis longtemps, n'hésitons pas à en livrer quelques extraits alléchants, à commencer par la bonne vieille tronche du bonhomme à peine sorti des Inspecteurs Harry, et jamais avare d'une bonne réplique, lol : 
Avec en vedette Martin Sheen, et aussi l'excellent Raul Julia, qu'on est certes plus habitué à voir dans le rôle savoureux du Mister Gomez de ADAM'S FAMILY :
Plus inattendue, cette séquence SM hallucinante d'au moins quinze minutes, à croire que notre grand Clint serait presque client de la chose, puisque responsable du script et du scénario (strange, isn'it, pour un vrai "macho" de base tel que lui, non ?) :


En tout cas, les amateurs d'action en auront pour leur argent, 88 cascadeurs ayant été mobilisés pour ce tournage spectaculaire :

Mais attention : il ne s'agit pas là du tout d'un énième volet des DIRTY HARRY, et c'est bien toute la différence. Car au-delà des scènes d'actions (toujours bienvenues, certes), il s'agit surtout d'un film initiatique, un film qui parle de paternité et de transmission comme on l'a rarement vu à l'écran, et c'est bien sûr à ce titre qu'il mérite au plus haut degré de retenir votre attention ! Libellés : Action, Drame, Eastwood
EASTWOOD-ALDRICH
Bon. J'ai beau ne pas être tout à fait à la pointe de l'actualité, je ne suis quand même pas trop en retard pour vous conseiller deux DVD absolument géniaux, qui personnellement m'ont totalement "scotché"...
1) À commencer par MILLION DOLLAR BABY, l'ultime Opus de notre grand Clint, un film véritablement magnifique avec les plus grands acteurs du monde, à commencer par Clint lui-même (qui a pris un sacré coup de vieux, certes, mais à 76 ans, quoi de plus normal, finalement...), la superbe Hillary Swank qui s'était déjà imposée avec brio dans le génial INSOMNIA de Christopher Nolan, avec Al Pacino, et bien sûr le grandiose Morgan Freeman, avec son air d'être toujours revenu de tout... Un film magnifique et terrible, qui parle de volonté, d'espoir, d'amour, mais comme personne n'en parle jamais. Bref, c'est d'une beauté absolue, et ça vaut très largement les 15 ou 20€ que j'ai pu le payer (je ne me souviens plus, en fait)...
En plus, je déteste le monde de la boxe, donc pour que ça ait pu m'accrocher, c'est que ça parle en fait de tout autre chose. Entre autre d'un vieillard coupé de sa fille, qui se voit d'un coup interpellé par une boxeuse beaucoup plus jeune que lui, qui ne souhaite que lui comme entraîneur :
"I don't train girls" , c'est au début sa réplique favorite. Mais finalement, Clint finit par céder à l'attraction, et finalement, certaines des scènes des plus drôles de ce film (qui ne l'est pas du tout) résident dans ces moments, où Clint tente de se la jouer gros "macho" méchant de base, et devient tout d'un coup "liquide" face à la candeur et la gentillesse de son élève... Le trio d'acteurs est absolument parfait, et notamment Morgan Freeman qui, de même que dans SEVEN, semble ici traîner toute la tristesse et le désabusement du monde :
La fin n'est pas vraiment ce qu'on appelle une "Happy End", mais encore une fois, trop en dévoiler serait absolument criminel... En tout cas, tout comme pour SUR LA ROUTE DE MADISON ou TITANIC, prévoyez un certain nombre de mouchoirs, c'est assez prudent...
2) L'autre DVD qui vient d'être réédité, et qui est sans aucun doute ce que l'on peut appeler LE chef-d'oeuvre absolu du film noir, EN QUATRIÈME VITESSE (en anglais: KISS ME DEADLY) de Robert Aldrich (1955), un film tellement célèbre et mythique que la plupart des grands réalisateurs passent leur temps à le citer, directement ou indirectement. Par exemple, ce plan totalement halluciné du générique : ...repris par Lynch pour l'ouverture de LOST HIGHWAY :
Le fameux plan de l'ouverture de la mystérieuse boîte :
...cité avec complaisance dans PULP FICTION de Tarentino (et également à la vingt-deuxième minute - pour être précis - de PAYCHECK de John Woo, sauf que je ne l'ai pas en DVD, donc adieu la copie d'écran) :
Le personnage truculent du garagiste grec Nick ("Vavavoum !"), repris encore une fois par Lynch dans LOST HIGHWAY :

Et pour finir, l'image finale de la maison sur piloti en feu, encore l'un des grands moments de LOST HYGHWAY qui tire son origine de KISS ME DEADLY :

Bref... Un chef d'oeuvre absolu des années 50, ne loupez jamais ce film si vous avez l'occasion de le voir programmé (vraisemblablement, ce sera sur ARTE, un de ces jours, et on espère en V.O, car la V.F s'avère totalement lamentable, comme pour la plupart des films de cette époque)...Libellés : Aldrich, Drame, Eastwood
LE MONDE PERDU (SPIELBERG)
Un grand classique de Steven Spielberg, LE MONDE PERDU (autrement dit JURASSIC PARK II), certain critiques ont eu beau traiter ce film par le mépris, c'est tout de même grandiose à tout point de vue : scénario, lumière, montage, musique (John Williams), effets spéciaux, acteurs, etc... Bref, rien à dire. C'est du 200% Hollywood, mais ça marche du feu de Dieu, et quoi qu'il en soit, ça sera toujours supérieur au plus grand film de Godard ou de Leconte, c'est mon humble avis et je le partage !

Encore une illustration supplémentaire de mon désormais célèbre axiome Bach-Fauré, bien connu sous la forme : "Quel que soit le plus grand chef-d'oeuvre de Fauré (le REQUIEM selon certains, lol, j'en ris encore...), il ne souffrira pas la comparaison avec la plus petite merde de Bach écrite "à la va vite" sur un petit bout de papier". Normalement, je n'ai pas pour habitude de m'étendre outre mesure sur les détails techniques, mais il y a quand même dans ce film un raccord son qui me "bluffe" à chaque fois, très précisément entre le tout premier plan (le cri de la mère voyant sa fille à demi dévorée par les bébés dinosaures) :
...et le second, avec Jeff Goldblum que l'on croit tout d'abord sur le même genre d'île paradisiaque, qui s'avère en réalité être une simple affiche publicitaire (admirez déjà le raccord image : rose pâle sur la complémentaire bleu foncé, inversion des postures, inversion des arrière-plans, ouverture de la bouche similaire, etc... ça n'a l'air de rien, mais cela témoigne d'un souci du détail quasi maniaque, dont bien des réalisateurs de chez nous feraient bien de s'inspirer, avant de "cracher dans la soupe", comme c'est malheureusement trop souvent le cas). 
Faites bien attention à ce passage, et vous pourrez admirer le travail des ingénieurs du son, qui ont réussi à faire un mixage absolument parfait entre le cri et le crissement des roues du métro... Brillantissime ! À noter d'ailleurs que l'on s'extasie en permanence sur la perfection des effets spéciaux au niveau graphique (ça, on n'y peut rien, on est des prédateurs, et l'oeil parle avant l'oreille, qui est plutôt le premier sens des "proies"), et pratiquement jamais sur les effets sonores, alors que ceux-ci demandent pratiquement autant d'inventivité, de recherches et de travail (pour vous en convaincre, regardez les bonus très édifiants de LA MENACE FANTÔME de G. Lucas). Dites-vous bien que recréer un cri crédible de T-Rex ou de Velociraptor, c'est sans doute aussi difficile que de les matérialiser à l'écran ! Voilà. C'est rien. C'était juste ma petite crise de musicien... No fuckin' problem !
Libellés : Action, S.F, Spielberg
APPARITIONS (SHADYAC)
NDE : un mot qui ne vous dit sans doute pas grand chose, mais qui est très important pour moi (vu que ça m'est arrivé une fois et que je ne parviens pas - fort heureusement - à l'oublier) : Near Death Experience... autrement dit, les visions absolument géniales et ultra réelles que l'on a de l'au-delà quand on se trouve plongé dans le coma, et qui, je dois dire, sont plutôt extrêmement apaisantes et rassurantes. Même si c'est une illusion et que l'on ne survive pas à sa mort physique (peu probable), au moins on se barre "cool de chez cool", c'est déjà ça de bon à savoir...
De là mon dédain, depuis toujours, envers ces discours formatés des pontes de la médecine répétant toujours la même chose : "faire ceci ou cela signifie la maladie, la souffrance, et en fin de compte la mort" (voir à ce sujet l'article précédent, ou suivant, je ne sais plus bien)...
Et alors ? Quand bien même... Eux-aussi vont y passer, malgré une hygiène de vie bien plus spartiate que la mienne, LOOOOL ! Quand c'est l'heure, c'est l'heure ! Ce sont ces mêmes mots de l'Écclésiaste que j'ai recopié sur l'une des portes de ma maison : Nescit homo finem suum, sicut pisces capiuntur hamo, autrement dit : "l'homme ne connaît pas plus l'heure de sa fin que les poissons capturés au filet".
Alors loin de moi l'idée de tenter de vous prouver la réalité d'une vie post mortem ou de l'existence de Dieu (qui soit dit en passant non seulement ne serait pas une "personne", mais plutôt une sorte de source d'énergie universelle (hors temps, et ça, c'est presque le côté le plus génial de la NDE !), disons pour simplifier, mais en outre s'avèrerait le (la) même pour tout le monde), et d'ailleurs, point besoin d'une NDE, toute la musique de Bach, des plus petites Inventions aux plus grandes Passions, y pourvoit largement. Comme le disait Cioran, croyant faire (à tort) parole de mécréant : "S'il y a quelqu'un qui doit tout à Bach, c'est bien Dieu" !
Bref. Je ne voudrais surtout pas passer pour un prêcheur de plus... N'empêche que j'aimerais profiter de l'occasion pour vous conseiller un film relativement décrié par la critique, mais adoré des spectateurs, APPARITIONS de Tom Shadyac, que je viens récemment d'acquérir en DVD : Avec, notons-le, un Kevin Costner tout à fait inspiré : À l'époque de sa sortie, les producteurs avaient quelque peu tenté de surfer sur la vague SIXIÈME SENS, mais il ne s'agit pas du tout de la même chose. Et d'ailleurs, le nom du réalisateur ne m'étant pas totalement inconnu, je me suis pris à consulter mon dictionnaire du cinéma pour constater avec effarement que le bonhomme en question s'avérait avoir commis non seulement ACE VENTURA, mais également LE PROFESSEUR FOLDINGUE et MENTEUR, MENTEUR...Et immédiatement, je me suis dit (conformément d'ailleurs à ma première impression en regardant le film sans a priori) : "Quelqu'un qui fait un tel film sur un tel sujet doit avoir une très bonne raison de le faire", et de fait : jetez un coup d'oeil à sa biographie sur Allociné par exemple, ou tout autre site dédié "Cinéma", ce type a vécu une expérience (de même que Gloria Estefan, la fameuse diva "latino") qui a complètement bouleversé sa vie... au point de l'inciter à faire des films moins cons et moins commerciaux, pour dire la puissance de la chose, lol ! Seul et unique film comparable sur le même sujet : L'ÉCHELLE DE JACOB (JACOB'S LADDER) d'Adrian Lyne, à ne pas mettre entre toutes les mains cependant... spectateurs sensibles s'abstenir, cela peut se révéler (malgré un final très mystique et plein d'espoir) extrêmement traumatisant ! Si cela vous interroge ou vous intrigue, un seul bouquin à recommander : LA SOURCE NOIRE (là, j'ai la flemme de chercher l'auteur, mais c'est en livre de poche et ça se trouve partout), ou encore sur leur site, légèrement plus touffu Source noire. Libellés : Drame, Shadyac
CASABLANCA (CURTIZ)
Je vous l'avais chaudement recommandé il y a quinze jours (sur la base d'un très lointain souvenir), mais je viens de le revoir à Noël... Y a pas à dire, quelle classe, ces vieux films américains des années 40-50 (et d'ailleurs, nous aussi, on faisait de bonnes choses à l'époque) ! Les amours tragiques et contrariées du charismatique Humphrey Bogart envers la belle Ingrid Bergman, sur fond d'occupation nazie... avec cette lumière propre au Noir & Blanc qui ne survit d'ailleurs jamais à la honteuse "colorisation" devenue à la mode ces derniers temps.
Et quelques répliques mythiques, le fameux "Play it again, Sam !", lorsqu'Ingrid Bergman implore le pianiste de rejouer l'air qui fut leur favori autrefois, et bien sûr la réplique finale :
"Louis, I think it is the beginning of a beautiful friendship", que le vieux Gurga se repasse en boucle dans le non moins génial Chat Noir, Chat Blanc d'Emir Kusturica. Hélas, il paraît que la ménagère de moins de cinquante ans (la cible favorite de tous les annonceurs, et par voie de conséquence des programmateurs) ne supporte ni les films en Noir & Blanc, ni les films en sous-titrage...
Si elles savaient de quoi elles sont privées, les pauvres... Libellés : Curtiz, Drame
COLLATERAL (MANN)
Je ne sais pas si c'est la tendance actuelle, mais on trouve en ce moment chez les "soldeurs" des DVD cultissimes à moins de 10 Euros, c'est toujours bon à savoir... Autant dire qu'à ce prix, je me suis un peu "lâché", d'une part pour voir enfin en anglais et avec une bonne qualité d'image des films que j'avais depuis longtemps en VHS, comme À LA POURSUITE D'OCTOBRE ROUGE, FORREST GUMP, ou encore SAVING PRIVATE RYAN, mais aussi tester d'autres films inconnus, et notamment COLLATERAL de Michael Mann, qui avait bénéficié à l'époque de sa sortie d'un extraordinaire accueil critique. C'est - à proprement parler - absolument génial, et je ne vous saurais trop vous le conseiller, si vous avez dans votre portefeuille neuf Euros qui ne savent guère où aller ! Dans la digne lignée du grandiose HEAT du même auteur, l'un de ces thrillers crépusculaires et quasi mystiques, où finalement le "gentil" (Jamie Foxx) et le "méchant" (Tom Cruise) se révèlent en fin de compte comme les deux facettes d'un unique personnage "virtuel", avec en toile de fond un univers tout de ruine et de déliquescence qui finit par rendre finalement omniprésente l'interrogation, digne de l'Écclésiaste : "Quoi qu'on fasse, à quoi bon ?".
Le tout filmé dans une ambiance nocturne magistralement orchestrée par le directeur photo, Dion Beebe, presque entièrement à base de verts sombres et d'oranges très saturés, une pure splendeur :


Sans parler de cette très étrange apparition, presque surréaliste (peut-être un hommage à WOLFEN, autre très grand film relativement méconnu) :
En bref : je recommande vivement !!!
Libellés : Drame, Mann, Thriller
LOST HIGHWAY (LYNCH)
À l’heure qu’il est, je viens tout juste de recevoir le DVD de Lost Highway de David Lynch, l’un des films probablement les plus géniaux et les plus innovants de ces dernières années. Et ça attaque sans vous laisser le temps de souffler, dès le générique à cent à l'heure accompagné par le bien choisi titre de David Bowie : "I'm deranged" !
Tout comme Fight Club, cet opus nous propose une magistrale réflexion et démonstration sur la schizophrénie, sinon que contrairement à David Fincher, David Lynch ne met jamais, comme on dit, les points sur les "i", et laisse le spectateur à la dérive, le rend, en quelque sorte, "schizophrène" lui-même à la vision de cette oeuvre magistrale... La sombre histoire d'un saxophoniste de jazz, Fred Madison, dont les soupçons paranoïaques finissent par le mener au coeur même de la folie, et nous avec :


Photo sublime, bande son exceptionnelle (bien sûr supervisée par le maître lui-même, de sorte qu’en contrepartie, les V.F. sont presque toujours immondes !), acteurs impeccables : bref, que du bonheur (même s'il s'agit d'un film "difficile" à la première lecture) !!!
Un must entre tous, pour situer le souci de perfection de "Monsieur" Lynch : le gros plan dans le jardin au beau milieu du film, juste après la "transformation" du personnage principal, où la bande son elle-même semble nous révéler exactement la dissociation mentale de l'individu, par l'usage d'une image stéréo bien plus spatialisée qu'à l'accoutumée. Hallucinant, non ? À noter la présence du trop rare Robert Loggia, engagé par Lynch en raison de "son immense capacité à se mettre en colère (sic)", comme le cinéaste l'avait expérimenté à ses dépends quelques années plus tôt lors d'un casting houleux :
Bref, un film magique, envoûtant et dérangeant, avec comme toujours chez le maître son lot d'images fascinantes et sublimes :


Et pour finir (ne boudons pas notre plaisir, même si ce détail serait mieux à sa place sur mon autre Blog SNEAKERS & BUFFALOS), un grand merci à l'habilleuse qui durant tout le film fait déambuler la superbe Patricia Arquette en non moins superbes plateformes, LOL ! 

J’ai reçu ce génial DVD via le fameux site que je ne saurais trop vous recommander, Musicandfilm.fr (normalement, ils font presque toujours leur pub en dernière page des canards TV, genre : trois DVD pour 15 Euros). La seule obligation étant d’acheter 6 CD ou DVD dans les deux ans qui suivent, à des prix, c’est important de le noter, généralement très inférieurs à ceux de la FNAC (les 3 DVD d’accueil étant déjà compris dans ce calcul), autant dire que c’est extrêmement peu contraignant, et très avantageux...
Sans compter qu’au bout d’un certain nombre de DVD achetés, une dizaine, je crois, vous ne payez même plus les frais de port (gratuits), et bénéficiez en outre d’une réduction de 5% sur leurs tarifs (et probablement plus, par la suite). Donc, une seule adresse : Musicandfilm.fr !!! Libellés : Drame, Inclassable, Lynch, Thriller
STAR WARS (LUCAS)
TROP FORT, le dernier Star Wars, Revenge of the Siths, on s’est regardé ça à fond les manettes avec un ami hier soir, c’est toujours aussi grand !

 Et pourtant, et pourtant... On reste malgré tout sur sa faim, frustré de ne pas avoir assisté à de véritables événements, mais plutôt à un brassage et recyclage (certes virtuose, mais moins imaginatif) des éléments des deux derniers Opus. Souvenez-vous de la "course de pods" de La Menace Fantôme, jamais, au grand jamais, on n’avait vu quoi que ce soit de ce genre au cinéma, on en sortait littéralement époustouflé, de même que la grande scène de l’arène (entre autres) dans l’Attaque des Clones ! Là, rien de vraiment nouveau, même si ça reste toujours de très haut niveau... mais après tout, le cahier des charges s’avérait particulièrement contraignant, et le fait de devoir raccorder parfaitement avec le tout premier Star Wars historique (le quatrième, en réalité, comme chacun sait) ne laissait sans doute guère de marge à Georges Lucas. Quoiqu’il en soit, si vous avez aimé ces illustrations, vous pourrez trouver environ 300 Wallpapers en HD (2,5 mégas la photo !) du même genre sur le site (légal ?) : WALLPAPERS STAR WARS. Libellés : Action, Lucas, S.F
CUBE (NATALI)
Le premier film totalement génial d'un jeune réalisateur canadien de 26 ans, Vincenzo Natali (comme Cronenberg ou Glenn Gould, ils sont tous fous ces canadiens !), et en relisant ma chronique d'il y a quelques jours (N.B : référence au désormais célèbre Blog MOVIES, MONTAGNES, MUSIQUES (& BUFFALOS !), d'où proviennent la plupart de ces articles), je pense ne pas suffisament vous avoir alléché sur ce film qui n'est pas un film, mais une vraie "expérience" comme il ne s'en produit que trois ou quatre par siècle...
Première chose : ne pas se laisser impressionner par la scène d'ouverture, qui de fait est particulièrement "gore" (mais ce n'est pas le propos du film, pas du tout).
Cinq personnes se réveillent dans un cube, qui s'avère être une concaténation de milliers de cubes en mouvement, sans même savoir le pourquoi du comment elles sont arrivées là. Il y a une étudiante, un flic, une psy, un ingénieur, un militaire, etc... bref, cinq approches du monde différentes. Et ce méga cube se révèle peu à peu truffé de pièges (comme la vie elle-même), c'est une véritable métaphore de l'existence. Et bien sûr, tout le monde cherche, comme nous tous, à y trouver un sens... ce qui commence par les nombres "premiers", peut-être une clef pour comprendre l'enchaînement des différents cubes :
Mais petit à petit, le doute et le découragement s'insinuent :

Il y a sûrement un plan, mais quel est-il ? Comme toujours, croyants d'un côté et sceptiques de l'autre se disputent l'ultime "Vérité" :
Tout le monde y va de sa propre théorie, de la perfection des nombres premiers (pour l'étudiante) à la théorie du complot (pour le flic). Mais le plus réaliste, celui qui a conçu la "coque", pense qu'il n'y a aucun plan, et que c'est l'unique hypothèse :
Bref... Un film profondément mystique & philosophique, très noir, il faut bien l'avouer, dans sa conclusion (je ne vous dis rien), mais absolument époustouflant, surtout pour un premier film. La minceur des budgets n'est en outre absolument pas visible à l'écran, en partie grâce au sponsoring de pratiquement tous les effets numériques, mais surtout grâce au génie propre du réalisateur, qui jamais ne nous laisse supposer que le film entier a en réalité été tourné dans un seul cube !!! Libellés : First Movie, Inclassable, Natali, S.F
CRONENBERG
Soyons clairs : malgré le titre de ce Blog, je n'aime pas vraiment le cinéma (je parle du "lieu" cinéma). D'une part, on y est entouré de gens que l'on ne connaît ni d'Ève ni d'Adam, qui n'ont pas toujours une odeur très agréable, d'autre part on ne peut (plus) y fumer, et tertio, on ne peut pas activer la touche "pause" pour aller satisfaire un besoin naturel ou boire un café... de sorte que j'arrive à voir presque tout ce qui sort, par curiosité naturelle, mais avec six mois de décalage pour profiter de l'incomparable confort du DVD.
Mais, mais, mais... Je sais qu'il y a de "vrais" aficionados du grand écran, à commencer par ma propre soeur, c'est d'ailleurs elle qui m'a filé le tuyau suivant : du 2 au 27 novembre à la Cinémathèque Française, on projette l'intégrale des films de David Cronenberg, qui en plus d'être un vrai cinéaste et un vrai auteur, se révèle en outre un créateur omnubilé comme l'on n'en voit pas deux par siècle, dont toute l'oeuvre tourne autour de l'exploration d'un unique thème : la chair humaine et ses multiples et possibles avatars.

Alors bien sûr, avant de gagner ses lettres de noblesse (notamment grâce à son plus ardent défenseur français, Serge Grünberg), il a longtemps été catalogué dans la catégorie "Série B", comme le prouvent les couvertures DVD de films comme CHROMOSOME 3, SCANNERS ou VIDEODROME.
Mais à dater de DEAD ZONE et de LA MOUCHE, sa réputation tant Hollywoodienne que mondiale lui a permis de continuer son parcours sans le moindre faux pas, avec entre autres ces chefs-d'oeuvres (trop) méconnus que sont, par exemple, le FESTIN NU, adaptation très réussie de l'inadaptable roman de Burroughs, ou encore MONSIEUR BUTTERFLY, film si inclassable qu'on ne le trouve toujours pas en DVD !
Amateurs du grand écran, rendez-vous, donc, à la nouvelle cinémathèque française, toutes les infos sont sur le lien (direct) suivant : Libellés : Cronenberg
NEWSLETTER
Je vous rappelle que ce Blog, LE CINÉMA DE VINCENT, n'étant pas si souvent actualisé, il vous est toujours possible de vous inscrire à la Newsletter en m'envoyant un petit mot à l'adresse buffaddict@orange.fr (ou encore à la "vraie" adresse, pour ceux qui me connaissent personnellement). Vous serez alors intégrés à une mailing liste spéciale, grâce à laquelle vous serez prévenus par email de chaque nouvelle publication (film). Je précise que cette liste sera envoyée en "copie cachée" à tous les membres. De la sorte, les adresses resteront invisibles, et donc confidentielles et non susceptibles d'être piratées. Vincenttheone. Libellés : Newsletter
Serge Grünberg
Un beau livre que je ne saurais trop vous recommander, tellement il est intelligent et génial, les entretiens de David Cronenberg avec Serge Grünberg, aux éditions des Cahiers du Cinéma :

Juste pour vous allécher, je vous mets un petit "scan" de l'article sur eXistenZ : "Cronenberg s'est toujours défini lui-même comme un cinéaste "existentialiste". Avec eXistenZ, on s'approche sans doute un peu mieux de ce que ce concept recouvre. Le film pourrait sembler presque théorique tant il se déploie dans l'épure, mais il n'en reste pas moins merveilleusement moderne, ne serait-ce que parce qu'il avance en nous proposant sans cesse des hypothèses qu'il détruit à mesure. Allegra Geller (la magnifique J.J. Leigh que Cronenberg s'est battu pour avoir dans son film) incarne ici le stade suprême de l'artiste : celle qui, littéralement, crée d'autres mondes. Dans le futur improbable que Cronenberg brosse (une civilisation hyper technologique qui serait revenue à la campagne), elle est même une figure mystique, une "déesse" est-il dit, qui bâtit des univers alternatifs grâce à une empathie avec sa "console" organique, dans une relation auto-érotique qui n'est pas sans rappeler certaines pages de Burroughs. Elle va devoir lutter contre une organisation terroriste, les "réalistes", qui pensent pouvoir interdire à l'esprit de ratiociner, de divaguer, pour revenir définitivement à la réalité. Mais où sommes-nous vraiment ? Dans la tête de qui, exactement, le déroulement de l'intrigue est-il perçu ? Sous des airs de modeste conteur de science-fiction, Cronenberg se livre à un délitement à peu près total de toute narrativité rationnelle, si bien que la créatrice, en chemin, ne sera plus qu'un personnage et que nous découvrirons, ébahis, que si cette histoire n'a pas de fin, elle n'a - et c'est beaucoup plus rare - pas de début ! Tout comme la phrase "Be afraid, be very afraid !" a due être citée cent fois depuis qu'on l'a entendue dans The Fly, "Are we still in the game ?" risque de devenir une réplique "culte". Le cinéaste a souvent dit que l'idée centrale du film lui était venue en interviewant Salman Rushdie (l'écrivain ne vivrait pas dans le même espace-temps que les mollahs qui l'ont condamné à mort), lequel lui rendit la politesse dans une tribune où il voyait dans la mort de Lady Diana une sorte de remake de Crash ! Nous sommes déjà, sans le savoir toujours, des personnages d'eXistenZ, tout comme nous découvrions, il y a vingt ans, que nous vivions dans Videodrome. Bien qu'il s'en défende, Cronenberg sait bien, au fond, que tout artiste véritable est un prophète (c'est d'ailleurs ce que dit lan Holm (Frost) dans Naked Lunch, à propos de Bill Lee, ce William Burroughs imaginaire mais plus "vrai" que le vrai), et qu'imperceptiblement la réalité commence à ressembler à ses films. Mais eXistenZ est aussi, comme toute l'œuvre de Cronenberg, une réflexion profonde et fine sur ce qu'est le cinéma, où chaque plan, même le plus apparemment banal, peut nous saisir, à l'improviste, par son intelligence et sa beauté (je pense à la fuite d'Allegra et de Pikul dans la Land Rover, sur fond de forêt nocturne (qui fait penser à North by Northwest d'Hitchcock), ou à la file des ouvriers à la démarche machinale qui vont de l'atelier de la Trout Farm au Restaurant Chinois (qui évoque Metropolis de Fritz Lang)). La présence de Cronenberg dans la "banlieue" d'Hollywood pose en fait la question "Le cinéma est-il un art populaire ?" Si c'est le cas, peut-on espérer que d'authentiques artistes en transgressent les normes et en ignorent la répétitive médiocrité ? Ce pari qu'il a fait, depuis presque trente ans, semble nous donner quelque espoir. Même si elle est toujours le fruit d'un malentendu, la notoriété, sans être une garantie, l'a jusqu'à présent préservé. Sa vitalité, son ironie mordante mais jamais condescendante et sa fantastique imagination permettent à Cronenberg de gagner, à chaque génération, de nouveaux admirateurs, tout étonnés de "découvrir" lors d'une séance de nuit à la télévision, chez un loueur de vidéo et, quand ils le peuvent, dans une salle de cinéma, des films si modernes et si déviants qu'ils semblent venir d'autre part. Comme Max Renn apprenant que l'émission Videodrome ne vient pas d'Extrême-Orient, mais de Pittsburgh... la porte à côté !". Bon. C'est grand, quand même, comme analyse... en tout cas bien mieux que mes tout petits minables commentaires, non ? Dans le même ordre d'idée, je vous conseille également très vivement la lecture de cet autre chef-d'oeuvre, DAVID LYNCH (Entretiens avec Chris Rodley) : 
Ont-ils publié l'équivalent avec Kubrick, ou Eastwood, entre autres ??? Dites-moi, si vous savez, please... Libellés : Cronenberg, Inclassable, Lynch, S.F
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