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  • lundi, janvier 12, 2009

    MULHOLLAND DRIVE (LYNCH)

    Enfin, enfin, enfin...
    Depuis le temps que je vous promets que je vais m'y mettre, me voici enfin résolu à vous parler un tout petit peu de cet OVNI total, dans lequel je n'ai commencé à me repérer qu'à partir du quatrième ou cinquième visionnage, et auprès duquel Lost Highway pourrait presque passer pour le parangon d'un classicisme absolument échevelé, lol !
    Alors bon. Loin de moi l'idée d'en livrer la moindre analyse, non seulement parce que Lynch, tout comme Kubrick, déteste ça par principe, mais surtout parce que quelqu'un l'a déjà fait bien avant moi, beaucoup mieux, et plan par plan, en plus (attention, site à ne pas consulter si vous n'aimez pas les Spoilers) !
    Je vais donc plutôt me borner à relever certains aspects, certains "tics" de l'auteur (car tous les "grands" en ont, de Beethoven à Bacon en passant par Cronenberg), certaines images "chocs" telle que celle-ci, l'exemple type de ce que les amateurs nomment à juste titre la "magie" Lynch, autrement dit un simple plan sur un panneau nocturne qui chez n'importe qui d'autre serait totalement anodin, et qui de sa part (notamment grâce au mixage son, qu'il tient toujours à superviser) suffit à glacer le sang, tout autant que les fameux plans fugitifs sur les forêts de Twin Peaks :

    Certes, de "mixer les sons" à "brouiller les pistes", il n'y avait qu'un pas, que Lynch s'est bien sûr allégrement empressé de franchir dans la jaquette du DVD, où je serais prêt à parier que les trois quarts des soi-disants "pistes" qu'il est censé nous offrir, sont en réalité des leurres :

    Sinon, peut-être, les deux premières, où de fait, avant même le générique début, ce jeu d'ombres et lumières de part et d'autre de l'écran, ainsi que la vision complètement fantasmatique de l'héroïne principale au travers de ses parents / oncles / tantes (?), laisse déjà augurer du thème central des trois derniers films du maître, la schizophrénie :

    Alors certes, je pourrais tenter de vous résumer la toile globale du film (tâche quasi impossible, sauf pour le courageux auteur du site que j'ai mentionné plus haut), en commençant par le monstrueux accident fondateur - qui à lui tout seul est déjà une sorte de mise en abîme de la collusion de personnalités que suppose la schizophrénie :

    Mais comme tout ceci a déjà été fait bien avant et bien mieux que moi, je préfère me concentrer sur certaines scènes parallèles, telles que celle-ci :

    Un exemple parmi d'autres du talent de Lynch en tant que directeur d'acteurs (et pourtant, il est réputé pour ne pas leur mettre la pression, justement) : deux simples petits rictus, et l'on sent déjà que tout le monde est mort de trouille (y compris le spectateur) !

    À juste titre, du reste, outre l'importance symbolique du circuit flèché (que j'ai retrouvé très récemment dans l'ultime scène du sublime Collatéral de Michael Mann, avec les mêmes implications) :

    Autre trait récurrent chez Lynch : ces personnages amorphes, infirmes ou sans visage, qui de leurs improbables appartements semblent tirer toutes les ficelles d'une façon parfaitement glaciale et énigmatique. On pense bien sûr d'emblée à Sailor et Lula, où cet aspect est très présent, mais peut-être encore plus aux fameuses "Blackroom" et "Redroom" de Twin Peaks :

    Bien évidemment, l'une des histoires (et des problématiques) principales du film, c'est que de même qu'en politique, tout le monde ne vise bien sûr qu'une seule chose, mettre son cul au meilleur endroit possible du monde :

    Avec toutes les compromissions que cela implique (à noter, pour la petite histoire, que l'acteur de gauche, Angelo Badalamenti - le musicien attitré de Lynch depuis les tous débuts - était paraît-il "excité comme une puce" à la simple idée de jouer un "vrai" rôle dans l'un de ses films, XD !) :

    "This is the girl" !

    Mais quelle clef faut-il posséder pour, justement, être "THE girl" ???

    Là, je suis gentil avec vous (je trouve)... Car l'une de ces clefs, c'est justement : "Je ne sais pas qui je suis" (et pour cause)...

    Petit interlude (de même que dans Twin Peaks ou Sailor et Lula) : Lynch sait tout de même nous détendre cinq minutes avec certaines scènes à pisser de rire, comme celle où le réalisateur surprend sa femme avec le nettoyeur de piscine, et ne trouve rien de mieux pour se venger qu'à barbouiller tous ses bijoux en rose, géantissime !!!

    Mais bien sûr (on connaît le Monsieur, lol !), c'est reculer pour mieux sauter, avec cette scène nocturne dans le "Coral" à vous glacer les sangs, malgré les apparences :

    NO WAY OUT : "This is THE girl" !

    Et je ne suis pas le seul à le dire :

    "This is THE girl" ! ... Ou bien "This was THE girl", ou "This will be THE girl" !... Allez savoir ?

    Mine de rien, il s'agit de l'une des scènes clefs du film : lorsque la brune adopte la perruque de la blonde, dans une sorte d'acte mi-homosexuel mi-narcissique totalement fantasmatique, mais très lourd de sens... Et là, je dois bien avouer à ma grande honte que c'est le moment pile et précis où j'ai complètement "décroché" à la toute première vision du film, lancé bien malgré moi sur une optique somme toute très discursive et même - disons-le - partiellement Hollywoodienne, qui au bout d'une petite heure bifurque d'un seul coup sur un truc totalement "barré (il faut bien dire les choses comme elles sont) ! Ce n'était pourtant pas faute, de la part de Lynch, d'avoir mis les points sur les "I" à ce moment précis :

    Et voilà... C'était l'une des clefs. Si maintenant vous n'avez pas encore vu le film, et désirez vous garder intact tout le mystère de la chose, arrêtez-vous tout de suite de me lire, car tout ce qui va suivre va être un gros Spoiler (conseil d'ami) !

    Il n'y a pas d'histoire, et pourtant, on en comprend une...

    Il n'y a pas d'auteur, et pourtant, il y en a un...

    Il n'y a pas d'actrice, et pourtant, il y en a une...

    Etc, etc... Notamment lors de cette séquence de champs/contrechamps particulièrement éprouvante, où grâce à la seule magie du cinéma, l'on se rend compte que cette pauvre fille totalement perdue, tant sa quête de gloire hollywoodienne est immense, ne fait finalement que se parler à elle-même, dans un désespoir absolument sans borne (sublime et très émouvante Naomi Watts) :

    Sans même parler de cette scène encore plus hallucinante (attention, le contrôle parental n'est pas activé sur ce Blog, adoncques, prenez vos responsabilités) : celle où Naomi Watts se fantasme en train de faire l'amour avec son "double" :

    Et qui s'avère en réalité être une scène de "branlette" particulièrement douloureuse et traumatisante (une fois de plus, à ne pas mettre devant tous les yeux !) :

    Durant laquelle se révèlent d'un seul coup (et sans doute, pour Lynch, d'une façon assez cathartique) une bonne part part des énigmes du film :

    - Qui est qui ?

    - Qui est vivant, qui est mort ?

    - Qui préfère le suicide à une vie de merde, et surtout à une vie sans gloire ?

    "Très souvent, au cours de notre existence, nous voyons nos rêves déçus et nos désirs frustrés, mais il faut continuer à rêver, sinon notre âme meurt" (Paolo Coelho). Mais là, il faut bien admettre que c'est tout de même très mal barré pour cette pauvre petite, quoi...

    Bref ! Un chef-d'oeuvre, certes, mais un chef-d'oeuvre très ardu, du moins à la première vision... Mais après tout, ce n'est pas un scoop, il en va exactement de même avec l'Ulysse de Joyce, les Diabelli de Beethoven, ou l'Art de la Fugue de Jean Sébastien Bach... Des créations "monstrueuses" qui défient presque toute intelligence "terrestre", et qui sont tellement vastes qu'elles peuvent largement suffire à nourrir notre esprit non seulement toute une vie, mais même une seconde ou une troisième (à supposer que nous en ayons une)...

    Comme je pense l'avoir déjà dit en ces pages, s'il y a (un seul) avantage au vieillissement, je crois que c'est celui-ci, l'unique : pouvoir, à force de pratique et d'expérience, pouvoir pénétrer - je ne dirais pas "de plus en plus facilement", mais disons "de moins en moins difficilement" - des énigmes telles que celles-ci...

    Et petit P.S pour la route : J'ai beau être persévérant, j'ai encore "du pain sur la planche", comme on le dit, car pour l'instant, je n'ai vu qu'une seule fois Inland Empire (le dernier de ce même David Lynch), et pour dire les choses franchement : je n'ai toujours ABSOLUMENT rien compris... Et quand je dis rien, c'est vraiment "rien de chez rien", quoi !

    Mais bon. je ne l'ai vu qu'une seule fois (qui m'a découragé), mais il faut absolument que je réessaye, quoi (3h, tout de même)...

    Je vous tiendrai au courant...

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    9 Comments:

    Blogger Fremalo said...

    bonjour Vincent

    je reviendrai lire à tête reposée ton billet sur ce film et surtout ce réalisateur que j'adore car là pas trop le temps de trainer ...boulot m'attend

    donc je te laisse pour l instant mais compte sur moi je reviendrai

    bonne journée

    jeudi, 15 janvier, 2009  
    Blogger Vincenttheone said...

    Pas grave, pas grave... Pour tout dire, il y a près d'un an que j'avais archivé tous ces "snapshots" du film, et que je n'avais pas encore osé m'y frotter, lol !
    Mais bon, voilà, ce soir, c'était le "BON" soir, où j'avais envie de parler de ce film trop barré, quoi...
    Et bien sûr, ceci n'est encore qu'une probable ébauche, cela sera vraisemblablement mieux dans les jours suivants !

    jeudi, 15 janvier, 2009  
    Blogger startine said...

    Hello Vincent,

    ma fille m'a offert le VHS de Mulholland pour mon anniversaire voici 3 ou 4 ans… et je ne l'ai toujours pas regardé (je l'avais loupé au cinéma et en fait je ne regarde jamais de DVD parce que je n'ai pas le courage de lire le mode d'emploi de l'appareil).

    En lisant ton billet, je me dis qu'il y a intérêt à être en forme au niveau neuronal, le jour où je me lancerai dans ce film labyrinthesque !!!

    vendredi, 16 janvier, 2009  
    Blogger Vincenttheone said...

    Pas forcément... On peut aussi se laisser emporter par l'oeuvre sans trop chercher à l'analyser. Grâce à la beauté des images et la perfection de la bande-son, ça marche tout seul !
    Sinon (je m'amuse avec ton lapsus, là), effectivement, il vaut mieux ne pas essayer d'introduire une VHS dans un lecteur de DVD, il risque de ne pas apprécier, lol !
    Je ne sais pas de quel appareil tu disposes, mais chez moi, le mode d'emploi est le suivant : 1) mettre de DVD 2) appuyer sur "Play". Et ça marche !

    vendredi, 16 janvier, 2009  
    Anonymous Zoun said...

    "Autre trait récurrent chez Lynch : ces personnages amorphes, infirmes ou sans visage... "

    comme le génialissime Elephant man!

    "Très souvent, au cours de notre existence, nous voyons nos rêves déçus et nos désirs frustrés, mais il faut continuer à rêver, sinon notre âme meurt"

    Et Dieu sait que c'est pas toujours facile!

    "Un chef-d'oeuvre, certes, mais un chef-d'oeuvre très ardu, du moins à la première vision..."

    Tout à fait d'accord. D'ailleurs, comme à ton habitude, tu mas donné envie de le revoir!

    mercredi, 21 janvier, 2009  
    Anonymous twain81 said...

    Salut Vincent,
    j'ai mis le temps mais j'ai enfin fini par déménager mes liens.
    Par ailleurs, très intéressante ta lecture de "Mulholland Drive", un film qui ne cesse de me fasciner à chaque revisionnage.
    Bravo et bonne continuation à toi ;o)

    dimanche, 01 février, 2009  
    Blogger Vincenttheone said...

    @Zoun et @Twain81 (le rédacteur du Blog "La Lanterne", lien à droite) : Merci à vous deux, bien content de voir que vous aimez ce film complètement barré, je n'en attendais pas moins, d'ailleurs...
    Il ne me reste plus maintenant qu'à retenter "Inland Empire" (dur, dur)...

    dimanche, 01 février, 2009  
    Anonymous coming soonn said...

    voila l'article qui me fait dire que trop en dire tue le film. Après c'est de ma faute mais j'ai lu il y a plusieurs mois cet artcile et j'ai vu ce matin le film sans aucune découverte puisque j'avais lu cet article.
    Cependant car oui il y a un cependant j'ai une interprétation qui n'est pas forcement la même que toi: je dois revoir le film mais moi j'ai perçu le film totalement différemment. Même si ton interprétation n'est pas dénuée de sens.

    Dieu merci je résiste pour l'instant à la lecture et la vision des image de la mort aux trousses que tu as publié plus dernièrement!

    mercredi, 03 février, 2010  
    Blogger Vincenttheone said...

    Dans l'ensemble, je suis plutôt assez d'accord avec toi (c'est d'ailleurs pour ça que désormais, j'annonce dès le début d'un article si celui-ci va - ou non - se révéler un "spoiler")...
    Ce que je ne pourrai sûrement jamais faire, par contre, c'est voir des films le matin (où comme de nombreux musiciens, je préfère dormir, lol !), surtout des films nocturnes complètement allumés comme celui-ci, qu'il a fallu que je vois 4-5 fois avant de commencer à m'y repérer... Ceci dit, il y a quelqu'un qui a fait un encore plus énorme "spoiler" que chez moi, en analysant le film "plan par plan", c'est Mulholland Drive Fan Page, et c'est extrêmement passionnant (cela a d'ailleurs dû lui prendre un temps fou) !

    mercredi, 03 février, 2010  

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