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  • jeudi, avril 30, 2026

    QUATRE FILMS IRANIENS

    Histoire de vous parler de ce pays au centre de l'actualité, je ne peux guère me fier à l'Iran, ni aux informations, ni aux habitants en permanence censurés... Comme le fait justement ARTE, nous allons donc nous en remettre aux quatre films tournés récemment dans ce pays, par des réalisateurs soit interdits de passer la frontière pour en sortir, soit vivants déjà à l'étranger depuis un moment. Tous ces Opus ont remportés l'Ours d'or à Berlin, ou encore à Venise - ce qui n'est pas rien, n'est-ce pas ?
    1) TAXI TEHERAN
    Ce film-documentaire est dû à Jafar Panahi en 2015, et c'est sans hésitation mon préféré des quatre. Il s'agit en fait d'un faux documentaire sur la ville de Téhéran, filmé à l'aide d'une poignée de caméras fixée à l'intérier du taxi - que conduit Jafar Panahi lui-même :
    Après avoir démarré sur un dialogue plutôt tendu avec un adepte de la peine de mort, nous tombons sur Omid, un vendeur de DVD non autorisés - un personnage bien sympathique, qui semble avoir reconnu Panahi, et l'interroge sur sa volonté cachée de faire un film :
    Panahi a hélas l'interdiction de quitter l'Iran et d'exercer sa profession de réalisater depuis 2011... Nous assistons alors à sa troisième rencontre, la plus dramatique, liée à un accident de moto où le mari semble très blessé, et se prépare à tout léguer à son épouse - annonce qui va visiblement aux encontres de la tradition :
    Vient ensuite le quatrième entretien, plus détendu, où nous voyons deux femmes agées superstitieuses, pressées de relâcher deux poissons rouges dans une source sacrée... Cela témoigne d'une croyance locale, et aussi des caractéristiques d'une certaine classe d'âge :
    Après toutes ces rencontres variées, Panahi vient prendre sa nièce Hana Saeidi, une jeune fille qui veut réaliser un court métrage à la demande de sa maîtresse... Avec entre autres les conditions suivantes :  respecter le port du voile, garder une distance acceptable entre hommes et femmes, ne pas évoquer de sujets politiques, et ne pas noircir la réalité. C'est assez éprouvant, non ?
    Ceci apparaît nettement sur cette vidéo, qui est assez longue, mais n'est hélas traduite qu'en anglais :
    Pour finir, on rencontre la seule personne à qui Panahi ait donné son nom, l'avocate Nasrin Sotoudeh, elle aussi sanctionnée par le gouvernement pour une raison inconnue... Très souriante, elle explique tout cela à Panahi, qui a l'air de bien la comprendre :
    Dernier plan : le vol de la caméra principale - que vous pouvez conclure grâce au trailer de cet Opus... Il a la grande bénédiction d'être assez court (1h22'), et la plupart du temps plutôt drôle :
    Comme vous le savez, ce film a remporté l'Ours d'or de Berlin en 2015... Mais comme Panahi n'avait pas le droit de quitter le pays, sa nièce s'y rendit à sa place. Il a juste exprimé ceci : "A mon grand regret, ce film n'a pas de générique. J'exprime me gratitude à tous ceux qui m'ont soutenu. Sans leur précieuse collaboration, ce film n'aurait pas vu le jour".
    2) WOMEN WITHOUT MEN (FEMMES SANS HOMMES)
    Film tourné en 2009 par la réalisatrice Shirin Neshat, qui a la chance de vivre à New York, et d'avoir remporté le Lion d'argent au Festival de Venise la même année. Je l'ai moins bien compris que les trois autres, non parce qu'il met en scène quatre femmes avides de liberté, mais surtout car l'action se déroule en 1953, période que je n'ai pas connue, et qui fut nettement marquée par l'opération secrète Ajax, menée à la fois par la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, visant à renverser le Premier ministre Mohammad Mossadegh :
    Scène du tout début : celle où Munis est en train de se suicider, sautant du toit d'une mosquée... L'on revient subitement avant cet acte, lors d'un échange tyrannique avec son frère Amir Khan, où il lui ordonne de bien préparer la visite d'un futur prétendant. Non seulement elle refuse, mais reçoit sa menace de lui briser les jambes, si jamais elle quittait la maison :
    L'on découvre alors la seconde femme, Faezeh, très pratiquante, mais visant néanmoins à rencontrer Munis, pour une raison que l'on ignore... Contrairement à sa volonté, elle cherche surtout à se marier avec le frère de Munis - laquelle lui avoue cependant qu'il épousera probablement quelqu'un d'autre :
    Beaucoup moins drôle, nous sommes alors face à Zarin, une prostituée professionnelle, qui se fait à nouveau appeler par la tenancière du bordel... Visiblement, elle n'en peut plus, et se recroqueville dans un coin, pour commencer à sangloter :
    Enfin vient la dernière, Fakhri, une riche femme de 50 ans, qui assiste à un événement militaire où son mari, général Sadr, est très honoré... Malheureusement, celle-ci est vue par ce dernier en train de bavarder avec un ancien amant, Abbas, et Sadr la prévient froidement que si elle ne parvient pas à le satisfaire sexuellement, il se trouvera sans hésiter une autre épouse :
    Toujours est-il qu'un certain nombre d'entre elles se retrouvent au sein de la manifestation au pouvoir de Mohammadh Mossadeghr, contrairement à la volonté de l'USA... Cette fois, Munis,  toujours portant un chador noir, soutient "qu'elle est là, non seulement pour regarder, mais pour voir. Non seulement être, mais agir" :
    Vers la fin, deux femmes décident de marcher face à un horizon sans fin... Je pense qu'il s'agit de Faezeh et de Fakhri, les seules à rester en vie :
    Vous pouvez découvrir le film sur ce court trailer :
    Le seul problème, outre la date de l'action (1953), c'est que Munis, qui s'est suicidée dès le début, réapparait plusieurs fois bien vivante... Peut-être est-ce une volonté de Shirin Neshat, de prouver la détemination des femmes face aux hommes ? Je ne sais pas, mais j'ai néanmoins beaucoup aimé ce film, inspiré d'un roman de Shahrnush Parsipur, et entièrement réalisé à Casablaca au Maroc !
    3) LE DIABLE N'EXISTE PAS
    Tourné clandestinement en 2020 par Mohammad Rasoulof, il remporta lui aussi l'Ours d'or de Berlin - auquel il ne put hélas assister, vu l'interdiction de sortir de son propre pays.
    C'est de loin le film le plus long de la série (2h30'), et il se répartit en quatre sections :
    A) LE DIABLE N'EXISTE PAS
    Le premier épisode est l'un des plus déroutants : on y rencontre un bon père de famille, Heshmat, qui va chercher à l'école sa femme enseignante, puis sa petite fille... Quel que soit sa soumission, il est prêt à tout pour leur rendre service, y compris à sa mère âgée, en gardant en tête le mariage auquel ils sont conviés :
    Le soir même, vers trois heures du matin, il se rend à son lieu de travail en pleine nuit :
    Là, on ne sait pas trop ce qu'il doit faire - et probablement lui non plus... Mais il appuie cependant sur ces boutons verts et rouges, ceci étant sa seule tâche de la soirée :
    Que se passe-t-il alors ? Le pire que l'on puisse imaginer... Cinq ou six hommes se retrouvent pendus d'un seul coup, la trappe sous leur pieds ayant été entrouverte :
    B) ELLE A DIT : TU PEUX LE FAIRE
    La seconde section est particulièrement efficace, avec Pouya faisant son service militaire obligatoire, et contraint de prendre part à l'exécution d'un condamné à mort... Il passe une nuit blanche à essayer de trouver un moyen d'éviter cela avec ses nombreux camarades de dortoir, mais on dirait qu'ils n'y parviennent pas :
    Hélas, je n'ai trouvé aucun extrait de cette discussion, qui est pourtant la plus tendue et la plus passionnante du film... Toujours est-il que ne sachant que faire, Pouya passe plusieurs coups de fil à son amie Tamineh, avec laquelle il rêve de quitter l'Iran :
    Venue l'heure de l'exécution, il décide finalement de se rebeller, vole l'arme d'un des geôlier, et parvient à s'évader de la prison, avec difficulté... Fort heureusement, Tamineh l'attendait en voiture, il finissent par quitter la ville (et le pays ?), tout en écoutant sur l'autoradio la célèbre chanson Bella Ciao !
    C) ANNIVERSAIRE
    Trosième épisode, qui commence plutôt bien, Javad ayant obtenu une permission du service militaire, et se rend voir Nara, une jeune fille dont il est éperdument amoureux... C'est son anniversaire, et il décide de lui offrir une bague, avant de la demander en mariage :
    Tout se passe bien, a priori... Nara fait semblant de s'occuper soigneusement de ses fleurs, et a l'air très heureuse. Hélas, il n'en va pas du tout de même pour ses parents, qui viennent d'apprendre l'exécution d'un ami qu'ils hébergeaient depuis dix ans - apparement pour raisons politiques :
    Nara ne le sait pas encore, mais c'est son ami Javad qui a participé à cette mise à mort, dans le but de bien obtenir sa permission... Bouleversé en contemplant la photo du disparu, il s'enfuit dans la forêt, puis tente de se suicider :
    En réumé : une fois que Nara sait tout ce qu'il s'est passé, ils n'ont plus le coeur à fêter son anniversaire... Désespéré, il suit le conseil de Nara, qui souhaite rompre définitivement avec lui :
    D) EMBRASSE-MOI
    Pour finir, la vie de Bahram et de sa femme Zaman, habitant dans une campagne reculée de l'Iran, où il tient l'apiculture... Tout se passe bien, jusqu'au jour où arrive en avion Darya, qui vient d'Allemagne, et a été élevée par son prétendu père médecin, Mansour :
    Darya a du mal à comprendre pourquoi Mansour et Bahram ne font pas du tout les mêmes métiers, ce dernier s'occupant juste des abeilles :
    C'est alors qu'elle apprend que ce dernier dispose réellement du diplôme de médecine, et en outre est son véritable père, chose qu'elle prend au début très mal... Bahram lui annonce alors qu'il y a vingt ans, il a refusé de collaborer à l'exécution d'un condamné à mort, de sorte qu'il a confié Darya à Mansour, afin qu'il l'élève correctement en Europe :
    Peu à peu, Darya ne le prend finalement pas si mal, mais elle souhaite finalement repartir dans son pays... Ce qui vous pourrez peut-être entrevoir sur ce court trailer, qui reprend les quatre éléments du film :
    Rasoulof ne pouvant pas assister à la remise de l'Ours d'or de Berlin, il s'en remit à de simples cérémonies :
    4) LEERE NETZE (LES FILETS VIDES)
    Premier film du germano-iranien Behrooz Karamizade (2023), c'est un Opus assez répétitif, mais nul ne doute que ceci soit relié au thème, particulièrement obsédant :
    Ceci ne se voit pas au tout début, où le jeune garçon Amir est amoureux comme un fou de la belle Narges... Je n'ai hélas trouvé qu'un seul trailer pour ce film - de plus seulement traduit en anglais :
    Ils passent du temps sur la plage :
    Et s'éclatent sur la moto d'Amir pour rentrer :
    Bref, tout a l'air de très bien aller :
    Seul problème : Narges vient d'une riche famille, raison qui les empêche de révéler leur amour... Cela rend encore plus paranoïaque Amir, qui finalement s'engage dans une pêcherie à deux heures de route, où il partage la même chambre avec Omid, et réussit même à gagner une compétition consacrée aux nombre de minutes que l'on peut passer sous l'eau :
    Il s'entretient avec sa mère, très intelligente, mais qui ne sait trop quels conseils lui donner à ce sujet :
    Désolé de gagner trop peu d'argent ainsi, Amir rejoint donc rapidement un groupe de braconniers - abattant les esturgeons en danger la nuit, pour en extraire illégalement du caviar :
    Ceci semble bien être rentable, du moins à ses yeux... Mais il en va tout différement pour Narges, qui méprise de plus en plus ces manigances illégales. Après avoir été témoin de la façon dont Amir a traité l'un des ses collègues, laissé inconscient dans la rue, elle décide finalement de l'abandonner, lui disant cete phrase : "Si tu m'aimes, tu me laisseras partir" :
    Désespéré, Amir décide au bout du compte de prendre un petit bateau, sous la nuit et la tempête... On ne le sait pas encore, mais vu toute l'essence qu'il apporte, il veut sans doute se rendre en Azerbaïdjan :
    Voilà, la vue de ces quatre films est terminée, et bien que cela m'ait pris beaucoup de temps, j'en suis finalement assez content... Pas seulement parce qu'il s'agit d'un pays que l'on connait très mal ici, mais surtout car la chaîne ARTE y a beaucoup contribué, en ce mois d'avril 2026. Merci, si vous en avez le temps et le courage, de laisser un petit commentaire ici !

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    vendredi, avril 10, 2026

    KOIBUMI (KINUYO TANAKA)

    Il y a bien longtemps que je ne vous avais pas parlé d'un film japonais - surtout aussi remarquable que celui-ci, Lettre d'Amour en notre langue. C'est sans doute assez ancien (1953), mais c'est l'oeuvre de départ de cette femme incroyable, Kinuyo Tanaka, qui fut la toute première à oser passer de son métier bien rempli d'actrice à celui de réalisatrice. Elle en tournera six entre 1953 et 1962, sur des thèmes assez différents, mais souvent liés au féminisme s'imposant peu à peu au Japon :

    Après avoir vu son portrait, accompagné de l'intégralité de ses films, nous en venons à l'affiche d'époque du tout premier d'entre eux, Koibumi. C'était le début de la couleur, mais celui-ci est encore en N&B, mettant en scène les deux acteurs principaux, Reikichi Mayumi (Masayuki Mori) et Michiko Kubota (Yoshiko Kuga) :
    Il y a peu de vidéos disponibles, mais j'ai tout de même trouvé ce trailer - hélas uniquement en japonais :
    Et surtout celui-ci, doublé en français, et qui nous résume en plus de plans l'intégralité de l'Opus :
    En fait, l'intrigue a l'air relativement simple, au départ : il s'agit juste de deux frères vivant ensemble, l'un plutôt plein de vie et d'énergie, Hiroshi Mayumi (Jûzo Dôsan), l'autre au contraire taciturne et marqué par la guerre, Reikichi Mayumi... Sa véritable envie est de retrouver la femme qu'il aime depuis son enfance, Michiko Kubota, dont il conserve seulement une photo :
    Ainsi qu'une lettre fatidique, où celle-ci lui confesse son amour réciproque, mais lui révèle en même temps la volonté de ses parents de la voir épouser au plus vite un américain - lequel va en outre lui donner un enfant :
    Il n'en sait guère plus, mais il rencontre peu de temps après Naoto Yamaji (Jûkichi Uno), un ancien camarade de la marine de guerre, qui l'invite immédiatement à venir travailler avec lui... Que fait-il ? Il est écrivain public, et son travail consiste à traduire en anglais - destiné au GI américains - des textes de jeunes japonaises, qui cherchent à leur soutirer un peu d'argent :
    Vu d'un côté intérieur, ceci marche plutôt bien pour les deux frères Mayumi... Mais d'un autre point de vue, les choses se dégradent petit à petit, car Reikichi reconnaît dans son demi-sommeil la voix de Michiko. qui évoque tout à la fois la mort de son enfant, le divorce de son mari, et sa grande misère depuis :
    Ne l'ayant pas vu depuis 5 ans, il peine beaucoup à la retrouver, mais y parvient finalement - sur la rame de métro de Tôkyô, Shibuya (渋谷区) :
    Au départ, tout a l'air de bien se passer :
    Cependant, ceci ne dure guère, et vire peu de temps après au cauchemar absolu. Michiko est certes prête à avouer tous ses péchés, mais Reikichi ne digère pas le fait qu'elle n'ait pas cherché à le revoir après la mort de son mari américain, et surtout ses aveux de pauvreté - le tout se terminant par une vaste colère, qui les fait se quitter définitivement sur des paroles acerbes :
    Fort heureusement, son jeune frère Hiroshi reste persuadé du contraire, de même que son employeur Naoto, le plus efficace des deux... Michiko se révèle alors prête à retrouver une nouvelle fois Reikichi, mais celui-ci ne va pas au rendez-vous.
    Furieux, Naoto le rabroue par ses paroles, se montrant même un tantinet violent, et décide de le guider une dernière fois vers Michiko. Malheureusement, celle-ci désespérée se jette sous une voiture, et Reikichi et Naoto n'ont plus qu'à se rendre à l'hôpital pour la retrouver :
    Celle-ci se trouve recouverte d'un masque, mais pas pour bien longtemps - d'après les dites du docteur... Résultat : le film se termine finalement bien, offrant une nouvelle base à tout le monde, et faisant à nouveau repartir Reikichi et Michiko sur de bons projets pour le futur, une fois cette absurde guerre terminée.
    Je suis désolé d'avoir trouvé aussi peu d'images, mais il y a peu de temps que Kinuyo Tanaka est réellement reconnue en France - un grand merci, donc, à ARTE, qui diffuse pour la première fois ses six films !
    Une seule chose que je voulais bien rappeler, et que l'on voit plusieurs fois dans le film : celle au pied de la statue du chien Hachikô, située devant la gare de Shibuya... Il était réputé pour attendre son maître à cet endroit durant de longues années - ce qui est bien sûr une façon subtile de décrire la passion de Reikichi et de Michiko :
    En guise de conclusion, un court texte (en français) vous révélera la carrière splendide de Kinuyo Tanaka :
    De ces six films, les deux que je préfère sont celui-ci, et La Nuit des Femmes (Onna bakari no yoru) - parlant de l'interdiction de la prostitution à la fin des années 1950. A part ça, les plus anciens dont j'ai parlé ici sont La Dame de Shangai d'Orson Welles (1947), En Quatrième Vitesse de Robert Aldrich (1955), et Les Désaxés de John Huston (1961). 
    Mais vous avez bien sûr six choix possibles vis-à-vis de Kinuyo Tanaka - y compris un autre, celui de laisser ici un commentaire, ce qui se fait hélas de plus en plus rare !

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